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la baule + 6 // Août 2021 Société ► Un point de vue sur le Pass sanitaire et l’obligation vaccinale Olivier Babeau : « Quand on a connu les rouages du pouvoir, on sait que la situation est bordélique, avec plein d’incompétents et de décisions contradictoires. » O livier Babeau est président de l’Institut Sapiens, maître de conférence, ancien conseiller de François Fillon à Matignon, et chro- niqueur à L’Opinion et aux Échos. Il commente l’actualité en expliquant pourquoi il est favorable à l’obligation vaccinale. Il réagit également à cette nouvelle tendance chez certains jeunes qui, pour éviter la vaccination, orga- nisent des soirées leur permettant d’at- traper exprès la Covid 19 afin d’être ain- si immunisés et de bénéficier du Pass sanitaire. C’est aussi ce qui expliquerait la multiplication des cas cet été dans les stations balnéaires. La Baule + : Vous vous êtes prononcé pour le Pass sanitaire il y a déjà plusieurs mois : êtes- vous également favo- rable à l’obligation de vaccination ? Olivier Babeau : Personne n’est plus attaché quemoi aux libertés ! Je passe mon temps à m’inquiéter de la société de surveillance et du système de notation sociale à la chinoise, dont je pense qu’il finira par être adapté en France et dans les pays démocratiques sous une version plus soft. Cela étant, ce problème particu- lier de la crise sanitaire me semble devoir rappeler à une forme de soumission à une contrainte collective qui n’est pas sans exemples, puisque nous passons notre temps à nous soumettre à des obli- gations collectives, comme payer des impôts, mettre sa ceinture de sécurité ou vacci- ner nos enfants. On sait qu’il n’y a pas plusieurs façons de se sortir de cette crise. La seule façon de retrouver une vie normale, c’est d’avoir un taux d’immunité suffisam- ment élevé et cela passe par la vaccination d’une très grande partie de la popu- lation. On sait que les gens qui font encore des formes graves en réanimation sont à 99 % des gens qui ne sont pas vaccinés. Donc, il s’agit de protéger les gens contre eux- mêmes et protéger la société tout entière. Ensuite, il y a la différence entre le Pass sani- taire et l’obligation de vacci- nation. Le Pass sanitaire est une sorte d’encouragement. C’est une incitation très forte à l’adoption d’un compor- tement vertueux, donc c’est limiter l’usage des rassem- blements, des restaurants et des boîtes de nuit aux gens qui n’ont pas été vaccinés. La deuxième idée, qui revient de façon forte, c’est l’obliga- tion vaccinale. Si l’on a éradi- qué la polio, c’est parce que nous avons tous été obligés de nous vacciner. D’ailleurs, aujourd’hui, on aurait peut- être du mal à imposer cette obligation. On assiste à une recrudescence de polio en Afrique, parce que l’on n’a pas pu vacciner aussi bien qu’auparavant depuis le dé- but de la pandémie. Le rap- port est direct. Donc, pour retrouver nos libertés, il faut régler ce problème sanitaire. Si l’on ne vaccine pas, on sait qu’un pourcentage de la population va mourir Doit-on régler ce pro- blème sanitaire par la force ? On trouve quand même, parmi ceux que l’onqualifie de « complo- tistes », des gens sérieux, avec de beaux CV, qui expliquent que la vacci- nation favorise la mul- tiplication des variants et que les non-vaccinés doivent éviter de fré- quenter des vaccinés… Comment avoir un débat apaisé, sans insultes, pour peut-être même ar- river au but que vous re- cherchez ? Le problème de notre époque, c’est que les réseaux sociaux permettent de faire un coup de projecteur extraordinaire sur des opinions isolées, ex- trêmes et parfois délirantes. Donc, vous avez des sites qui vous expliquent que l’ail est plus efficace que les antibio- tiques... Si l’on ne vaccine pas, on sait qu’un pourcentage de la population va mourir et que l’apparition de nouveaux variants est proportionnelle au nombre de gens non vacci- nés, à la circulation du virus, donc à sa reproduction. Le variant apparaît quand le virus circule, puisqu’il se re- produit, avec des reproduc- tions encore plus létales et pas seulement pour les per- sonnes âgées et les personnes à risques. Maintenant, c’est vrai, c’est comme pour les an- tibiotiques, comme on se pro- tège de plus en plus, il y a des formes de résistance. C’est ce que l’on dit sur les OGM aus- si. Dans un premier temps, on n’a pas le choix. Que pensez-vous de cette riposte de certains jeunes qui refusent de se faire vacciner et qui organisent des soirées pour se contaminer, at- traper volontairement la Covid et ensuite pro- fiter du Pass sanitaire ? Que penser de cette sorte de roulette russe qui se multiplie dans les sta- tions balnéaires en cette saison estivale ? On peut être très bien por- tant et jeune et mourir ! D’abord, s’ils attrapent la Covid, ce sera l’équivalent d’une première dose de vac- cination. Cela va créer une forme d’immunité. Donc, on y arrive quand même... Cela rappelle cette époque où l’on disait qu’il faut laisser le virus circuler. Le fait qu’il y ait une résistance chez les jeunes, ce n’est pas nouveau et, si l’on n’est pas résistant quand on est jeune, on ne le sera pas plus tard… Mais ce n’est pas cette forme de résistance qui me choque le plus, d’autant plus que cela crée une immu- nité collective entre les vacci- nés et les gens qui ont eu la Covid. En fait, cela revient à la même chose. Derrière, il y a une grande méfiance vis-à- vis de l’industrie pharmaceu- tique, on dit beaucoup que cela enrichit les labos. Cela existe depuis longtemps… S’agit-il d’une méfiance vis-à-vis des labora- toires ou vis-à-vis de l’État ? Certains, que l’on qualifie de « com- plotistes » - le terme est compréhensible de tous - ne veulent pas ce qu’Oli- vier Véran entend leur imposer, toutefois ils sont prêts à se faire vac- ciner par le Sputnik… Oui, c’est proprement in- croyable. Je veux bien com- prendre que l’on se méfie de l’État, mais les gens sont très éloignés des rouages du pouvoir. De l’extérieur, on a toujours l’impression que les choses sont machiavélique- ment ordonnées mais, quand on a connu les rouages du pouvoir, on sait que la situa- tion est bordélique, avec plein d’incompétents et de déci- sions contradictoires. Si vous choisissez entre l’interpréta- tion du plan diabolique ou la conséquence du bordel, pré- férez la conférence du bordel, vous serez plus près de la réa- lité ! Surtout quand on parle de la France... Ce n’est peut- être pas aussi vrai pour la Chine et la Russie, mais c’est le cas pour la France. Fina- lement, cela me rassure. J’ai écrit des livres entiers contre le pouvoir et l’État, je n’ai pas de problème là-dessus. Je crois qu’ils sont face à un vrai problème sanitaire. Ils ont sur-réagi en fermant l’éco- nomie beaucoup plus qu’on ne l’aurait dû, ce qui va nous poser des problèmes du point de vue de l’endettement et du déséquilibre de nos comptes publics, avec de nombreuses réformes que l’on ne peut plus faire. Tout cela va se payer très cher. Mais il faut sortir de cette situation le plus vite pos- sible, parce que l’économie se portait assez bien avant la Co- vid. Il y avait les Gilets jaunes, mais cela se passait quand même bien sur le plan écono- mique, avec le chômage qui retrouvait des planchers que l’on n’avait pas vus depuis très longtemps. On a perdu deux ans de réforme et l’on se retrouve avec des comptes plombés. Dans Le Figaro, vous écrivez que c’est la sou- tenabilité de notre mo- dèle social qui est en jeu. Je fais le rapprochement avec la déclaration d’un homme politique d’op- position qui a proposé que les non-vaccinés qui se retrouveraient aux urgences pour une forme grave de la Co- vid devraient assumer de payer leurs soins. Cette réflexion est inté- ressante puisqu’on peut lui répondre : « Chiche, dans ces conditions on supprime la Sécurité so- ciale obligatoire et tout le monde passe aux as- surances privées… »

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