La Baule+
20 // Avril 2021 La Baule + : Vous rappe- lez que la colonisation est une création de la gauche : alors, pourquoi celle-ci rejette-t-elle ce passé avec autant de violence ? Bernard Lugan : Parmi les racines de l’idéologie décolo- niale, il y a un élément im- portant : c’est l’universalisme colonial de la gauche colo- niale. Vers 1880, c’est la gauche qui a lancé l’entre- prise coloniale dont la France est sortie, soixante ans plus tard, épuisée, ruinée, et divi- sée avec aujourd’hui une conséquence beaucoup plus grave : la colonisation à re- bours par ses anciens coloni- sés. La gauche a une respon- sabilité abyssale dans cette entreprise coloniale. Le para- doxe, c’est qu’après 1945, su- bitement, la gauche est pas- sée d’un universalisme colonial à un universalisme anticolonial. À partir de 1960, elle est passée à un autre universalisme, celui de l’antiracisme et de l’immigra- tion. Cette gauche a toujours été prégnante dans l’idéolo- gie universaliste qui a au- jourd’hui des conséquences dramatiques sur notre pays. À l’époque, la droite, dans les années 1880, était opposée au mouvement colonial. D’abord, parce qu’elle consi- dérait que c’était une perte de temps et d’énergie, et que le seul combat qui valait la peine d’être mené était celui de la récupération des pro- vinces perdues d’Alsace et de Lorraine. Ensuite, la droite contre-révolutionnaire et monarchiste, qui était quand même majoritaire en France, avait compris que la coloni- sation était le moyen, pour la gauche, héritière de la Révo- lution de 1789, d’élargir les idées des Lumières. La droite va finalement se rallier au mouvement colonial très tar- divement, sous l’impulsion du cardinal Lavigerie, qui porte une responsabilité abyssale dans le ralliement des monarchistes à la Répu- blique et dans le mouvement colonial. C’était un ami d’Adolphe Crémieux qui va prendre les décrets qui vont détruire les affaires indigènes et l’emprise militaire sur l’Al- gérie, permettant ainsi de remplacer l’administration Opinions ➤ Le célèbre historien et africaniste répond aux « décoloniaux » et aux « islamo- gauchistes » Bernard Lugan : « C’est la fabrique du crétin, c’est le métro à six heures du soir qui rentre à l’université. » B ernard Lugan est incontes- tablement, dans le monde, l’historien qui connaît le mieux l’Afrique. Il rappelle que les « décoloniaux » ont entrepris de déconstruire la France au moyen d’un terrorisme médiatique et in- tellectuel sans précédent : « Le but des « décoloniaux » est d’invertir la France pour ensuite la soumettre en lui imposant des normes raciales, philosophiques, culturelles, sociales, politiques, historiques, alimentaires, vestimentaires, artistiques, sexuelles et religieuses qui, toutes, vont à l’encontre de sa nature profonde. » Bernard Lugan publie sa réponse sans langue de bois dans un livre choc qu’il nous présente. Le livre de Bernard Lugan, « Pour répondre aux « décoloniaux », aux islamo-gauchistes et aux terroristes de la repentance » est vendu direc- tement par Bernard Lugan (32 eu- ros frais de port compris) à commander en ligne via son site. militaire de l’Algérie par une administration civile, à l’image de ce qui se faisait en France. Donc, il va tuer l’Al- gérie française. Quand on nous dit que la colonisation était au départ un moyen économique et quand Jules Ferry disait que l’empire se- rait une bonne affaire, c’était un vœu pieux. En 1880, la France n’avait pas besoin de colonies. La France n’avait pas besoin d’esclaves, puisque l’abolition avait été décidée depuis longtemps. La France n’avait pas besoin de sucre, puisqu’elle avait remplacé la canne à sucre par la betterave sucrière. Elle n’avait pas besoin d’épices, parce que les épices abon- daient sur le marché et il était beaucoup plus intéressant de les acheter aux Hollandais, que d’envisager de les pro- duire dans des colonies à conquérir, à pacifier, à admi- nistrer, à organiser, à peu- pler, à équiper et à défendre. Quant aux matières pre- mières, elles n’avaient pas été découvertes. L’industrie française n’avait pas besoin de domaine réservé, puisque les débouchés européens étaient largement suffisants. Ce n’est pas l’économie qui a fait que la France s’est lancée dans la conquête coloniale, mais c’est par la dimension idéologique et morale, la no- tion de colonisation émanci- patrice : la colonisation est légitime, puisqu’elle est por- teuse du message des an- cêtres de 1789. Ces gens sont pris dans une impasse et, pour se défendre, il ne leur reste plus que les Droits de l’homme et l’universalisme, que rejettent précisément les décoloniaux Cette instrumentalisa- tion s’est infiltrée pro- gressivement dans l’uni- versité. Maintenant, c’est à Sciences Po que les étudiants appren- nent cette idéologie comme une vérité : n’y a-t-il pas un risque que les professeurs et les journalistes de demain annoncent comme vrai ce qui est faux ? Je consacre un chapitre en- tier à la responsabilité des universitaires. J’ai quitté l’université il y a dix ans, parce que c’était absolument insupportable dans le do- maine des études africaines. Le reste des sciences hu- maines n’était pas encore touché. Dans mon domaine, j’ai eu contre moi la totalité de mes collègues qui, au- jourd’hui, se sont divisés en deux camps, avec certains qui ne comprennent pas ce qui leur arrive. Mais ils ont sapé complètement les fon- dements de l’histoire de la colonisation ou de l’histoire africaine. Ce sont ces mem- bres du CNRS qui, depuis les années 1960, ont colonisé les départements d’histoire afri- caine. Je suis entré dans l’en- seignement supérieur en 1973 en Afrique et, lorsque je suis rentré en France en 1983, j’ai été nommé à Lyon. Dans toutes les universités, les départements d’histoire africaine étaient tenus par ces marxistes. Je disais que la colonisation avait coûté plus cher à la France que ce qu’elle lui avait rapporté, c’était une horreur. Je disais que les problèmes africains étaient avant tout des pro- blèmes ethniques, c’était une horreur, parce que l’ethnie n’existe pas et parler d’ethnie signifierait que les Africains sont à un stade pré-évolutif. Tout ce qui était en référence à l’ethnie était considéré comme du racisme. L’idée qui dominait était que les ethnies étaient créées par la colonisation et je disais à mes collègues : Vous dites que l’ethnie était créée par la co- lonisation, cela veut donc dire qu’il n’y avait pas d’in- dividualisation culturelle en Afrique avant l’arrivée des SARL PAIN 02 40 23 94 98 www.painpaysage.com Un SAVOIR « VERT » (conception, réalisation, entretien) depuis plus de 40 ans Depuis 1977 Suivez nous sur
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