La Baule+

la baule + 8 // Mai 2021 La Baule + : Le champ de compétences des Chambres de Commerce et d’Industrie est par- fois mal identifié. Quel est le rôle d’une CCI ? Yann Trichard : La CCI est mal connue. C’est une très vieille maison, créée en 1502 à Marseille, pour gérer l’acti- vité des ports de commerce. Au fur et à mesure, elles se Économie ► Le président de la CCI Nantes- Saint-Nazaire plaide pour la création d’un concurrent français contre les GAFA avec la collaboration des commerçants locaux Yann Trichard : « Si chaque ménage dépensait un euro de plus par semaine en achetant français, immédiatement on créerait 3 500 emplois nets ! » Y ann Trichard, président de la CCI Nantes – Saint-Nazaire, est venu dans le studio de Kernews pour évoquer l’actualité économique dans le maga- zine de Yannick Urrien. Il souhaite que les commerçants se fédèrent au sein d’une place de marché susceptible de concurrencer les GAFA (Google, Apple, Facebook, Ama- zon) et il milite pour que les consommateurs privilégient lesmarques françaises. sont déployées dans toute la France. La CCI de Nantes - Saint-Nazaire a 200 ans. Nous avons commencé, il y a un siècle, à créer des écoles de commerce pour favori- ser le commerce internatio- nal. C’était toujours dans le cadre de la gestion des ports de commerce, il fallait des cadres pour animer et faire vivre le commerce interna- tional qui commençait à se structurer. À Nantes, il y a Audencia, qui est l’une des écoles du groupe Chambres de commerce. Aujourd’hui, nous gérons différentes in- frastructures, notamment des petits ports. Nous avons continué à faire de la for- mation. Il faut savoir que nous gérons l’une des pre- mières écoles de design dans le monde, qui est aussi à Nantes, ainsi que des centres de formation d’apprentis. Nous ouvrons une section di- gitale à Saint-Nazaire. Nous sommes donc vraiment dans l’accompagnement des en- treprises, dans les métiers d’aujourd’hui, comme de de- main. Il y a une importante partie qui porte sur l’appui aux entreprises, de la créa- tion à l’accompagnement, et nous répondons à toutes les questions des chefs d’en- treprise au quotidien. Nous recevons en moyenne 300 appels par jour, avec des questions très diverses. Nous représentons la vision des chefs d’entreprise vis-à-vis des institutions publiques, comme sur les PLU, et nous apportons notre expertise sur la manière de gérer les centres-villes ou les zones d’activité. Nous faisons aussi de l’intermédiation lorsque des chefs d’entreprise ont une problématique de rela- tion avec une institution. Cela vous permet d’avoir une vision glo- bale de l’économie du territoire : quelles sont les problématiques qui se posent ? Nous avons la chance d’avoir un territoire très résilient. Nous avons une grosse partie industrielle, qui représente un quart de notre économie territoriale, une grosse force agro-alimentaire et des in- dustries qui se développent. Beaucoup de choses se dé- veloppent autour de l’aéro- nautique. Il y a des fonds qui viennent restructurer, la filière navale est très impor- tante avec les Chantiers de l’Atlantique, qui ont un carnet de commandes très impor- tant, et il y a toute une nou- velle filière autour de l’éolien et des énergies renouvelables. Il faut aussi savoir que nous sommes le deuxième dépar- tement en attractivité sur le digital. Les signes écono- miques sont plutôt bons. J’ai évidemment une pensée pour tous ceux qui sont dans une situation difficile, notamment les secteurs de l’hôtellerie, de la restauration et de l’événe- mentiel. Dans le cadre du digi- tal, vous accompagnez les entrepreneurs à travers des séances de formation, mais aussi via le lancement de la plate-forme « Ma ville mon shopping » pour aider les commerçants à vendre en ligne… C’est un piliermajeur de notre action. Il fallait accompa- gner les 9 000 commerçants de Loire-Atlantique et nous avons une équipe qui est là pour accompagner la digita- lisation et aider les commer- çants à créer une boutique en ligne. Quand on crée une boutique virtuelle, c’est exac- tement la même chose qu’une boutique physique : simple- ment, c’est sur Internet. Nous accompagnons les gens dans leur digitalisation et nous en sommes à plus de 2 000 bou- tiques accompagnées et envi- ron 800 boutiques qui ont eu des rendez-vous d’accompa- gnement. Vous êtes un militant du made in France. Nous sommes tous d’accord pour le promouvoir. Toutefois, on a parfois l’impression de par- ler dans le vide car les consommateurs disent qu’ils veulent acheter français, or on les voit choisir des produits chinois parce qu’ils sont moins chers… On est tous dans nos pa- radoxes de vie. Ce qui est le plus important, c’est de rappeler que nous sommes attachés à un modèle social français, qui est formidable, dans lequel on a la possibi- lité d’être soigné et d’aller à l’hôpital sans que cela nous coûte. Pour que cela puisse se maintenir, dans une com- pétition mondiale, il faut que chacun soit militant. Si l’on est attaché à notre ser- vice de proximité, il faut y aller. Si l’on est touché par le fait que l’un de nos amis n’a plus de travail, il suffit de se dire que chaque euro que l’on dépense, en ache- tant des produits français, c’est de l’emploi qui se crée. Si chaque ménage dépen- sait un euro de plus par se- maine en achetant français, immédiatement on créerait 3 500 emplois nets ! Vous imaginez si c’est 10 €… Cela va très vite et nous devons être conscients et regarder les étiquetages. Il faut par- ticiper à l’effet papillon du produit en France. Certes, mais ces quelques euros de plus, c’est déjà trop pour ce- lui qui est à découvert dès le début du mois… C’est la raison pour laquelle on ne peut pas faire que des produits français : être mi- litant, cela ne veut pas dire pouvoir tout faire, mais faire des actions. En achetant une barquette de tomates fran- çaises, même si elle coûte légèrement plus cher qu’une barquette en provenance d’un autre pays, on favorise l’emploi local. Je milite pour une plate- forme nationale qui puisse concurrencer les grandes plates-formes internationales Revenons aux places de marché sur Inter- net: comment inciter les consommateurs à les fréquenter et à ne plus aller sur Amazon ? Il y a un effet taille critique. On est habitué à trouver ins- tantanément une réponse sur Internet et les très grandes plates-formes sont toujours les plus performantes en termes de rapidité. Les ini- tiatives locales sont sympa- thiques, mais cela reste tou- jours local. C’est pourquoi je milite pour une plate-forme nationale extrêmement forte qui puisse concurrencer les grandes plates-formes in- ternationales, mais avec une philosophie différente : celle des circuits courts. C’est-à- dire que lorsque le consom- mateur cherche quelque chose, on doit lui proposer le produit le plus proche de chez lui. Je parle souvent de « Ma ville mon shopping », qui est une filiale de La Poste et qui présente le double avantage de travailler sur du circuit court, tout en favorisant le maintien d’un service public de proximité qu’est La Poste. Le dernier service public de proximité, c’est souvent La Poste, dans les petites villes, et ils s’en vont lorsqu’il n’y a plus de trafic. Il faudrait une grande place de marché qui référence l’ensemble des commerces locaux et, lorsque l’on rechercherait un produit, l’entrée se ferait par le biais de la proximité, avant d’étendre progressivement la recherche beaucoup plus loin. On ne peut pas avoir des milliers de places de marché et il y aura toujours une place pour du spécifique, comme la place de « click and collect » à La Baule, mais c’est plus difficile lorsque l’on est à Paris. C’est le marketing qui pilote Dans la vente en ligne, on observe que les seuls sites indépendants qui s’en sortent sont ceux qui sont sur un marché de niche… Face à cela, vous préconi- sez une fédération. Tech-

RkJQdWJsaXNoZXIy MTEyOTQ2