La Baule+
12 // Mars 2021 Santé ➤ Le chirurgien et cancérologue nous invite à booster nos défenses immunitaires pour faire face à la Covid-19 Henri Joyeux : « Le paracétamol réduit l’immunité. » P our le professeur Henri Joyeux, notre système immunitaire est une merveilleuse machine de dé- fense et de réparation, une puissante source d’auto-guérison, et donc notre premier vaccin ! En effet, le corps humain abrite des milliards de milliards de cel- lules, de bactéries et de virus. Certes, la majorité sont nos alliés, mais dans d’autres cas ils deviennent nos adver- saires et des sources de maladies auto- immunes, jusqu’au cancer. Henri Joyeux, ancien chirurgien cancé- rologue et chirurgien des hôpitaux, a aussi enseigné à la Faculté de médecine de Montpellier. Il a publié de nombreux ouvrages sur l’alimentation comme «Changez d’alimentation » et « Manger mieux et meilleur ». « Face aux virus, bactéries… Boostez votre immunité. Le système immuni- taire est le premier vaccin » du profes- seur Henri Joyeux est publié aux Édi- tions du Rocher. plus, le stress, qui est extrê- mement présent dans la so- ciété, est un réducteur d’im- munité. Les médias contribuent à angoisser les gens. Ensuite, les ministres nous expliquent que, quand on a mal à la tête, il faut prendre du Doliprane… Ils ne savent même pas qu’il y a une magnifique publication, datant de trois ou quatre ans, démontrant que le paracéta- mol réduit l’immunité ! Alors, est-ce astucieux de dire qu’il faut prendre du paracétamol quand on a mal à la tête et puis appeler le 15 quand on a des troubles res- piratoires ? Avec cette Covid 19, et maintenant Covid 20, ce qui est important, c’est de l’accueillir. J’aime beaucoup ce mot. Quand vous accueil- lez quelqu’un chez vous, vous préparez la maison, vous pré- parez un bon repas... C'est la même chose avec ce virus, que nous devons savoir ac- cueillir pour qu’il nous fasse le moins de mal possible. Pour cela, le premier vaccin, c’est l’état immunitaire. Quelqu’un qui a le sida a le syndrome d’immuno déficit acquis. Cela veut dire qu’il a des défenses immunitaires dans les chaussettes et nous savons qu’il ne faut jamais vacciner quelqu’un qui est dans cet état, parce que l’on va lui balancer la maladie. Cela veut dire que cet état immunitaire personnel est essentiel et, pour cela, il faut avoir une bonne alimenta- tion, une bonne respiration et un bon sommeil répara- teur, ce qui implique une ac- tivité physique importante et des comportements de vie qui soient des comporte- ments de santé. Pendant la grippe espagnole, on a gavé des jeunes et des soldats d’aspirine et l'on a abîmé leurs défenses immunitaires Vous utilisez beaucoup la métaphore militaire dans votre livre… Mon grand-père est mort à la guerre de 14, je ne l’ai pas connu, mais cette métaphore militaire est importante dans notre monde présent. Il y a du respect dans la société pour les militaires, c’est une bonne chose. Nous devons nous rendre compte que nous avons une armée en nous, qui nous est donnée par l’architecte de la vie, et nous devons la respecter. On parle beaucoup de la grippe espagnole, mais on a oublié que beaucoup de jeunes sont morts de la grippe espagnole parce que l’on venait de dé- couvrir l’aspirine. Effective- ment, l’aspirine fait dispa- raître le mal à la tête mais, pendant la grippe espagnole, on a gavé des jeunes et des soldats d’aspirine et l'on a abîmé leurs défenses immu- nitaires. Or, certains sont morts d’une hyper dose de ce médicament. C’est très inté- ressant parce que cela dé- montre combien la chimie peut être formidable, mais aussi dangereuse. Nous devons nous demander si nos modes de vie ne favorisent pas des virus ou des bactéries Vous évoquez le virus Ebola en expliquant que plus le virus est dange- reux et meurtrier, moins il a de risques de se pro- pager, alors que la Co- vid, très faiblement meurtrière, ne peut pas être arrêtée. Par exem- ple, comme onmeurt im- médiatement avec Ebola, les gens de l’OMS doivent se résoudre à brûler des cadavres en arrivant… C’est ce qui se passe. On évoque un retour d’Ebola en Guinée et cela veut dire qu’il faut immédiatement confiner tous ceux qui risquent de l’avoir. Les gens qui vont ra- masser les malades ou les dé- cédés sont en scaphandre. La protection doit être majeure, parce qu’il suffit de toucher la peau de la personne pour attraper Ebola. On n’enten- dait pas parler d’Ebola il y a quarante ans et nous devons nous demander si nos modes de vie ne favorisent pas des virus ou des bactéries plus pathologiques. Aujourd’hui, on nous explique que l’on a éradiqué la polio, mais ce n’est pas vrai. D'ailleurs, Bill Gates essaie de vacciner contre la polio dans des pays en difficultés et l'on voit que ceux qui sont vaccinés font des polios... Un prix Nobel, André Lwoff, a pu démontrer quelque chose de formidable: quand un enfant démarre une polio, sa température monte jusqu’à 40. Or, si sa maman lui donne du paracé- tamol pour réduire son hy- perthermie, elle risque de créer chez lui une vraie polio, alors que le 40 de tempéra- ture c’est justement une réac- tion immunologique qui tue le virus. Le gosse qui va mon- ter à 40 n’aura pas la polio et celui à qui vous allez donner un antipyrétique, pour bais- ser sa température, va per- mettre à la polio de se déve- lopper. Cet exemple est extraordinaire ! La Baule + : Vous nous rappelez que notre sys- tème immunitaire constitue notre premier vaccin : cela signifie que vous ne remettez pas en cause les vaccins, alors que certains vous accu- sent de contester leur utilité… Henri Joyeux : Vous êtes l’un des premiers à avoir compris le titre de ce livre. Effectivement, nos défenses immunitaires sont présentes dans notre corps, mais elles sont mouvantes. Cela veut dire que l’on peut les aug- menter ou les réduire. On peut faire beaucoup de bê- tises avec, tout simplement parce que l’on ne sait pas comment cela fonctionne. Ce temps de confinement m’a beaucoup fait réfléchir, quand j’ai vu la population terrorisée, avec des gens ex- trêmement inquiets à la moindre douleur, à la moin- dre toux ou au moindre trouble respiratoire. Le point positif, c’est l’évocation des comorbidités : il y a l’obésité, donc c’est le surpoids, en- suite l’hypertension arté- rielle, ce sont les cardio- logues, puis le diabète et enfin les gens atteints de can- cer qui sont en chimiothéra- pie. Tous ces gens ont compris qu’ils n’avaient pas une bonne immunité. Si cette crise sanitaire permet aux gens de faire attention à l’obésité, c’est déjà essentiel. Il est important de compren- dre ce qu’est notre système immunitaire qui se met en place dans le ventre de notre maman, car il y a un véritable état-major. L’état-major est dans la moelle osseuse. On sait qu’il y a des trous dans les os, ils ne servent pas à rien, ils travaillent du matin au soir pour fabriquer des globules rouges, des globules blancs, des plaquettes et des milliards de cellules. Quand vous n’avez pas suffisam- ment de globules rouges, vous êtes fatigué, vous avez peut-être une pathologie can- céreuse, vous allez voir le mé- decin qui va vous donner un stimulant. C’est un peu la même chose pour les glo- bules blancs : il y a sept ba- taillons de globules blancs qui ont des missions diffé- rentes ! C’est comme si le chef d’état-major de l’armée française ne connaissait pas ses troupes et n’était pas ca- pable de dire à quoi sert telle arme ou spécialité dans l’ar- mée. C’est vraiment dom- mage et ce sera peut-être le résultat positif de cette crise sanitaire, c’est-à-dire ap- prendre aux gens à se comporter de manière intel- ligente. Nous avons tous peur quand nous allons à l'hôpital pour recevoir des injections ou pour faire un scanner. En
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