La Baule+

la baule+ 16 // Janvier 2022 Ces gens se sont approprié le service public avec la complicité du gouvernement qui n’intervient pas. La télévision publique doit être pour tout le monde. Effectivement, quand ils ont dit qu’il fallait virer les hommes blancs de plus de 50 ans, j’ai compris et je me suis dit qu’ils voulaient plus de noirs. Finalement, j’aimerais bien qu’il y ait un noir à ma place le samedi. Mais ce n’est même pas le cas, ils ont mis leurs amis... Parlons maintenant de ton actualité musicale, avec un album qui s’appelle « Le président de la fête »… En préparant cet album, il y avait deux ou trois chansons très corrosives, dont une qui s’appelait « Ça suffit », mais je l’ai enlevée. Je dénonce à la fois les nationalistes fachos, les ayatollahs écolos, les pompiers qui sont caillassés... C’est un ras-le-bol de ceux qui en ont marre que l’on prenne la France pour une carpette : « Si je t’invite à dormir chez moi, ce n’est pas pour que tu me chies dans les draps, je veux bien que tu me parles de respect, mais il faudrait commencer… » Après, je me suis dit que je devais rester dans la fête et j’ai une chanson où l’on doit faire des doigts d’honneur en levant les pouces, j’ai une chanson qui s’appelle l’embuscade, qui raconte l’histoire d’un mec qui rentre chez lui, sa femme l’attend, il raconte qu’il est tombé dans une embuscade... On connaît ça par cœur… C’est joyeux, c’est festif et c’est léger, à contresens de ce que l’on voit partout. Tu allumes ta télévision, il n’y a que des gens qui exposent leurs idées politiques, je m’en tape, car cela ne changera pas ma vie. Par contre, mes chansons peuvent apporter un peu de bonheur à ceux qui ne sont pas bien, ce n’est que de l’instantané, on n’est pas dans les promesses. La dernière chanson de cet album est très particulière. Cela fait des années que je voulais la faire, mes enfants ne veulent pas l’écouter... Je vais publier le texte dans mon magazine. Je suis dans mon cercueil et le texte dit : « Dites-moi s’il pleut, d’où je suis je ne vois rien… Est-ce qu’il y a des guirlandes et des gens déguisés ? J’avoue que j’aimerais plutôt un temps de chien pour ne pas regretter le tout dernier soleil, la chaleur de l’été, la chanson des abeilles et puis surtout pour démasquer tous ceux qui m’ont trahi, qui seront là pour les paparazzis, de l’eau sur la figure en dernier bras d’honneur, sans parapluie bien sûr pour vous faire croire qu’ils pleurent… » À la fin, en pensant à mon fils, je dis: «Rentrez chez vous, le spectacle est fini, n’oubliez surtout pas de jouir de la vie, de semer de la joie pour ne rien regretter, c’est parce que j’ai fait ça que je m’en vais en paix. Allez boire du champagne, allez faire la fiesta, honorez vos compagnes en souvenir de moi, aujourd’hui je suis bien et plein d’espoir sur tout. Ce n’est pas une fin, c’est le début de tout, parce que derrière la porte je sais que l’on m’attend, mes disparus, mes autres, ceux qui me manquaient tant, la plus belle lumière est au bout du chemin, parce que ce soir Patrick va revoir Sébastien.» Tu connaîtras sans doute ce moment si tu crois qu’il y a une vie après la mort… J’espère ! Cela fait longtemps que je voulais écrire cela. Ce n’est pas triste, c’est plein d’espoir. Tout cela ne peut pas fonctionner par le hasard. Les choses que l’on ressent, il y a forcément quelque chose au-dessus. Je crois au destin, je crois que c’est écrit. Si je dois mourir dans cinq minutes, je vais mourir dans cinq minutes. Je me souviens du roman où l’on prédisait à quelqu’un qu’il allait mourir à minuit à Samarcande : il fait tout pour ne pas y être, mais il va y être quand même, malgré lui. Lorsque cela doit arri- « Quand ils ont dit qu’il fallait virer les hommes blancs de plus de 50 ans, j’ai compris et je me suis dit qu’ils voulaient plus de noirs. Finalement, j’aimerais bien qu’il y ait un noir à ma place le samedi. Mais ce n’est même pas le cas, ils ont mis leurs amis...» Patrick Sébastien : « J’ai tellement vécu de belles choses que tout ce que je vois aujourd’hui n’a pas de goût. » ver, cela arrive. Cela permet de relativiser les choses. Ce n’est pas la peine de se battre. Cela ne m’effraie pas plus que ça et cela m’effraie d’autant moins aujourd’hui. J’ai 68 ans et je suis lucide. Je ne suis pas fâché, mais franchement cette époque ne me plaît pas. Je me suis tellement éclaté avant ! J’en ai parlé avec Alain Delon, d’ailleurs. La seule chose qui nous console, c’est notre mémoire, ce sont nos souvenirs. Le pire qui pourrait m’arriver, c’est Alzheimer, parce que, si je devais oublier tout cela, ce serait dramatique. J’ai tellement vécu de belles choses que tout ce que je vois aujourd’hui n’a pas de goût. Pourquoi les gens de ta génération n’ont-ils rien fait ? Les jeunes peuvent vous reprocher d’avoir laissé les choses pourrir… Parce que l’on ne peut rien faire ! Tu as vu une révolte de jeunes quelque part ? Ils sont sur leur iPhone ou sur Instagram, ils ne veulent pas se bouger le cul pour faire changer la société. Ce n’est pas à nous de changer la société, on est trop vieux. Les jeunes sont en train de se faire embrigader par des écolos à la con qui les baratinent et qui se servent d’eux. L’écologie, ce n’est pas un parti, c’est une manière de se conduire. Il n’y a pas besoin de parti, il n’y a pas besoin d’avoir un maire écologiste… Chez moi, dans le Lot, on respecte la nature et on fait plein d’efforts, nous sommes tous conscients de la nécessité de protéger la nature. Aujourd’hui, on est dans un truc de malades, les écolos peuvent se moquer des talibans… Ce monde ne me plaît pas ! Pourtant, beaucoup de jeunes regrettent cette époque sans l’avoir connue. En regardant des films avec Bernard Blier ou Lino Ventura, ils se disent qu’ils auraient aimé vivre à cette période… Parce que c’est vrai, cette époque était magique ! En ce moment, je suis stressé tout le temps. Je vais allumer ma cigarette et quelqu’un va me regarder pour que je ne l’allume pas ! Mais c’est ma vie et ce sont mes poumons. Il y a aussi l’automobile et la manière de penser d’une manière générale. Dans un restaurant, on est toujours obligé de faire attention à ce que l’on dit parce que, si quelqu’un me filme en cachette, je vais me retrouver avec des emmerdes. Dans deux siècles, je suis persuadé que l’on va se retourner en regardant cette époque et les gens vont se dire que nous étions vraiment des cons. Il y a les maladies, les accidents, les problèmes climatiques et, en plus, on se pourrit la gueule entre nous. Mais on est des malades ! Laissez-nous vivre ! Je connais des endroits libertins, comme le Cap d’Agde par exemple, c’est un milieu que j’adore, pas pour le cul mais parce qu’il n’y a pas de jugement. Il n’y a pas de riches, il n’y a pas de pauvres, il n’y a pas de laids, il n’y a pas de beaux, il n’y a que des gens qui se comprennent et qui ne se jugent pas. Avant, dans mon village, il y avait trois petits vieux assis sur un banc, deux vieilles aux fenêtres et quatre cents mecs qui bossaient. Maintenant, il y a quatre cents mecs assis sur le banc, trois cents aux fenêtres et seulement trois qui bossent ! J’aime les gens qui sont libres sexuellement, parce qu’ils ne sont pas tordus Ce que tu dis n’a rien de révolutionnaire, 80 % des Français pensent la même chose ! Oui, mais il y a 15 % des Français qui sont dans des réseaux, qui font la loi et qui sont intouchables. Peu importent les présidents, ces gens sont toujours là. Ils dirigent tout et ils imposent leur manière d’être. Ils ne sont pas bien dans leur slip, ils ont des problèmes sentimentaux, des problèmes de virilité... Donc, ils emmerdent tout le monde. C’est pour cela que j’aime les gens qui sont libres sexuellement, parce qu’ils ne sont pas tordus, alors que ceux qui sont frustrés sont capables de tout. Chez ceux qui sont anonymes sur Twitter, on a l’impression qu’il n’y a que des mecs, mais il y a plein de nanas aussi. Elles sont frustrées parce que personne ne veut les sauter et elles se vengent de leur frustration. C’est la même chose pour les mecs, on a encouragé la frustration et la méchanceté gratuite. En face, quand tu tiens un discours bienveillant, tu passes pour un con. Quand j’ai sorti mon discours sur la bienveillance, on m’a dit que ce n’était pas vendeur… Comme tu ne peux pas bouleverser ce monde, alors il faut se créer son propre monde. Passer une soirée devant un clair de lune en récitant des vers avec une copine ou un copain, c’est festif ! Dans un siècle, ils vont se dire que ces gens étaient fous et qu’ils se sont autoconfinés Pour terminer, évoquons la tournée du «Plus grand cabaret du monde » : les gens vontils retrouver le goût de sortir ? J’espère que ce n’est pas trop tard et que l’on n’a pas condamné les gens à devenir des êtres virtuels. Les addictions, cela existe, comme l’alcool ou le tabac et, aujourd’hui, il y a une addiction au virtuel. Je suis convaincu que les cinémas ne se relèveront pas face à la concurrence de Netflix, parce que c’est pratique, on reste à la maison et la qualité est exceptionnelle. Avec le Covid, on nous demande de travailler à la maison, de commander son dîner à la maison, de s’habiller à la maison... C’est complètement débile de ne plus sortir ! Dans un siècle, ils vont se dire que ces gens étaient fous et qu’ils se sont auto-confinés. C’est un paradoxe extraordinaire : on met les gens en prison pour les punir, en les privant de liberté, et nous, on veut se mettre en prison tout seul. Après, on se plaint d’être déprimé... Mais nous sommes des malades ! Propos recueillis par Yannick Urrien.

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