la baule+ 18 // Mai 2022 Christophe Raineteau : « Aujourd’hui, les Russes deviennent les maîtres de l’Afrique francophone. » Services secrets ► Comment un expert en géopolitique et en sécurité s’est retrouvé au cœur des conflits entre barbouzes en Afrique… Christophe Rainetau habite maintenant à La Baule. Son nom est connu dans les milieux des services secrets. Il a passé 25 ans en Afrique. Expert en géopolitique et en sécurité, il a côtoyé les entreprises françaises du CAC 40 implantées sur ce continent et les coulisses du pouvoir de nombreux pays. Jusqu’à être accusé d’être derrière l’attentat de Bangui (Centrafrique) qui a tué une vingtaine de fidèles le 1er mai 2018. C’est le président lui-même, Faustin-Archange Touadéra, qui le visait en donnant son nom à la télévision : « J’ai compris que j’avais la mort en face de moi. Pourtant, je n’ai jamais cherché à déstabiliser le président. On a voulu me prêter différentes intentions aussi invraisemblables que déraisonnables… » Christophe Raineteau est-il la cible de Vladimir Poutine ? Dans l’émission de Cyril Hanouna sur la chaîne C8, il a indiqué figurer sur la liste des cinq premiers noms à abattre du Président russe. Il est vrai que Christophe Raineteau, par ses actions en Afrique, a tenté de mettre des grains de sable dans le rouleau compresseur russe. Un journal de Moscou a même publié sa photo en une, en l’accusant d’être à l’origine de l’assassinat de trois journalistes russes. Ces trois reporters avaient été mitraillés le 31 juillet 2018 en Centrafrique, alors qu’ils enquêtaient sur les activités du groupe Wagner, cette organisation de sécurité privée russe connue pour avoir envoyé des mercenaires combattre en Ukraine et en Syrie pour le compte du Kremlin. Lors d’un déplacement à Madagascar, Christophe Raineteau a été placé en garde à vue pendant une semaine par la police aux frontières, alors que les agents russes l’attendaient à la sortie. Il a pu revenir en France grâce à l’intervention du ministère des Affaires étrangères et de Brigitte Macron. Fait-il encore l’objet d’un mandat d’arrêt pour cette affaire de meurtre de journalistes russes ? Après enquête, il apparaît que le dossier serait en « instruction » ou en « attente », ce qui induit que Moscou n’aurait pas l’intention de s’attaquer à Christophe Raineteau, tant qu’il ne revient pas gêner les activités de la Fédération de Russie en Moscou. Le message est clair. Dans un livre de 250 pages, Christophe Raineteau revient sur son histoire et son métier qui consistait à sécuriser les industries françaises, dont celles du CAC 40, contre Daesh. Il témoigne en observant le déclin de l’influence française en Afrique, où l’islamisme gagne du terrain, mais aussi la présence de la Russie, qui devient un pays majeur en Afrique. « Barbouze ? » de Christophe Raineteau est publié aux Éditions L’Harmattan. La Baule + : Vous avez parcouru l’Afrique pendant 25 ans. Au départ, vous étiez chef d’entreprise dans la sécurité, puisque vous deviez protéger des installations industrielles et des dirigeants. Quelles raisons vous ont amené en Afrique ? Christophe Raineteau: Initialement, j’ai joué au rugby en Afrique du Sud, mais c’est une autre histoire. Après avoir fait mes études aux États-Unis, je me suis lancé dans la sécurité et le conseil géopolitique sur l’Afrique de l’Ouest, l’Afrique occidentale et l’Afrique centrale. C’est cette partie de l’Afrique où la France a longtemps eu une influence très forte. Depuis l’affaire de la Côte d’Ivoire, avec Laurent Gbagbo, la situation a bien changé… C’est effectivement cette Afrique de l’Ouest, avec la Côte d’Ivoire, le Sénégal, le Bénin, le Togo, le Burkina et la Guinée. En 1999, j’ai participé à la préparation de la visite de Jacques Chirac en Guinée. Il y a eu les problèmes dans les Balkans, la visite ne s’est pas faite et j’en ai fait les frais. Nous avons eu une grosse influence en Afrique de l’Ouest et, comme vous pointez le doigt sur l’affaire Gbagbo, les lignes commencent à bouger à partir de ce moment-là. Pourtant, les Français sont socialement des gens qui ont vraiment envie d’aider les Africains en travaillant avec eux. On a vu les Libanais qui sont arrivés très fortement, mais les choses se sont mal passées. Ensuite, il y a eu les Chinois, mais les mentalités sont très différentes. Il y amaintenant les Marocains, puisque le roi du Maroc veut que sonpays soit lapremière puissance régionale. Et il y a aussi la Russie, qui fait une entrée en force sur le continent… C’est extrêmement intéressant. Effectivement, depuis une vingtaine d’années, la Chine est arrivée, notamment au Bénin, avec un historique assez particulier, puisqu’ils ont commencé par envoyer leurs prisonniers de droit commun. Ces gens ont été dans des camps, ou des bases vie, avec une année de vivres et ils ont vécu en vase clos. Personne ne savait ce qu’ils faisaient. La Chine a négocié des accords miniers avec les États africains en leur reversant une toute petite partie des sommes et, au bout de trois ans, les Chinois pouvaient récupérer un passeport africain. C’était une manière, pour les Chinois, de faire du déstockage. On a vu effectivement beaucoup de chiites libanais en Afrique francophone mettre la main sur toute l’économie de commerce, notamment les petites et moyennes surfaces. Cela s’est très mal passé, parce qu’il y a eu beaucoup d’affaires de racisme… On pourrait comparer cela à l’Afrique avant la fin de l’apartheid, ils se sont conduits comme certains Afrikaners. Précisons qu’il s’agit de l’Afrique anglophone, puisqu’il n’y a pas eu d’apartheid en Afrique francophone… Oui. Je fais cette comparaison avec l’Afrique du Sud, avant que le tandem Mandela – de Klerk apporte un souffle démocratique. Mais rien n’est simple dans un pays où il y a seize ethnies. Ce n’était pas nécessairement un combat entre les blancs et les noirs, c’était un combat ethnique comme on peut le voir dans d’autres pays africains. Les Libanais ont eu un gros problème de positionnement et de comportement en Afrique. Faire monter la xénophobie, en imposant des règles commerciales, avec un soupçon d’esclavagisme moderne, ce n’est pas passé. Alors qu’avec les blancs francophones, les choses se sont toujours bien déroulées… C’est clair. Nous avons une compatibilité avec l’Afrique. On se comprend, les gamins jouent ensemble... Maintenant, pour ce nouvel acteur qu’est la Russie, cela m’a valu quelques sueurs froides parce que la Russie est présente depuis sept ans en Afrique, très activement depuis cinq ans. Ils sont arrivés par la Centrafrique. J’avais un lien très particulier avec ce pays, puisque j’ai été le conseiller du président Bozizé pendant de nombreuses années. Les mauvaises langues disent que nous l’avons aidé à arriver au pouvoir en mars 2003. En 2018, les Russes sont arrivées en Centrafrique avec des modules de formation.
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