La Baule+

la baule+ 20 // Mai 2022 Dans votre livre, vous faites beaucoup référence au groupe Wagner. Les Russes se sont inspirés de ce que les Américains ont fait au Moyen-Orient et ils n’envoient pas leur armée, mais des sociétés privées de sécurité… On a connu cela en Irak. Finalement Wagner, c’est le Blackwater russe. Il y a eu de nombreuses exactions en Irak, à commencer par le discours politique sur les armes chimiques. Au Bénin, il y a la porte du non-retour, Wagner a repris le flambeau des sociétés militaires privées. Mais si ces sociétés militaires privées faisaient simplement de la sécurité, ce serait propre. J’ai fait de la sécurité pour des entreprises du CAC 40 en Afrique. Nous étions là pour employer des gens du cru, les former à la sécurité et les former à quelque chose d’extrêmement clean. La sécurité commence toujours par le renseignement, pour éviter d’aller au contact. On a pu arriver à sécuriser de très grands groupes en prenant de l’avance grâce au renseignement, du chauffeur de taxi à la prostituée. Il faut être à l’écoute du pays. C’est pour cette raison que les Américains se sont plantés partout… Nous avons toujours été proches de ce monde, que ce soit le monde arabe ou l’Afrique, parce que nous avons une culture orale depuis la nuit des temps. On travaille avec eux depuis des siècles. Pour revenir à Wagner, on m’a rapporté des exactions invraisemblables, avec des gens attachés dans le dos, brûlés dans des villages, parce que ces gens refusaient de laisser leurs terres. Parce qu’ils descendent d’Attila, ils se comportent de la même façon sur tous les théâtres d’opérations… On est bien d’accord, c’est un problème. Si l’on parle de l’efficacité russe, c’est efficace, mais il n’y a aucune humanité. Les responsables de cette situation ne sontils pas les Américains, qui ont tout fait pour chasser la France au cours de ces dernières décennies ? Ils ont effectivement pratiqué la politique de la terre Bien évidemment. Maintenant, c’est le patron de Wagner qui fait de la communication et du financement en Afrique. Dans le même temps, lorsque Vincent Bolloré se renforce dans la communication en Afrique, on essaye de le déstabiliser… On joue toujours contre notre propre camp ! Bolloré a eu des réussites exceptionnelles en Afrique. Il a fait beaucoup enmatière sociale et il n’a pas organisé des armées pour aller tuer des milliers de gens pour prendre leurs terres. C’est du business, mais sans tuer personne, contrairement à des puissances qui avancent à coups de canon pour prendre les terres. Tout cela vous a valu beaucoup d’inimitiés chez les Russes… Il n’est jamais bon d’avoir raison trop tôt, j’ai beaucoup d’amis, on m’a quand même mis trois meurtres sur le dos ! Mais vous avez été blanchi… J’ai été blanchi sur l’église de Fatima, mais je suis toujours en instruction sur le meurtre des trois journalistes russes en Centrafrique. On sait que l’instruction ne finira pas, parce que c’est un moyen de vous tenir, mais tous les États font cela… J’ai rencontré les familles des journalistes que j’avais prétendument tués. J’ai eu trois heures d’entretien. Elles étaient certaines que je n’avais pas tué leur fils ou leur mari et que c’était Wagner qui avait fait cela, parce que c’étaient des opposants au régime de Vladimir Poutine. Je n’ai jamais été contre un rapprochement entre l’Europe et la Russie, mais je ne fais que dépeindre ce qui se passe en Afrique et c’est inadmissible. Je me suis renseigné avant de vous recevoir. À Moscou, tout le monde sait que votre affaire est floue, la justice russe conserve ce dossier sous le coude pour vous accuser de meurtre si vous deviez revenir embêter les Russes sur leur nouveau territoire. Mais maintenant, puisque le cordon est coupé, même si la justice russe venait décréter votre culpabilité, elle n’aurait plus la capacité d’envoyer votre dossier à Interpol… Je suis d’accord avec vous: on sait que c’est politique. J’ai passé sept jours en garde à vue à Madagascar. Les Russes avaient demandé aux Centrafricains de venir me chercher pour m’entendre à Bangui, mais la France a décidé de me sauver au bout de sept jours. Les Russes étaient déjà dans l’aéroport pour attendre ma sortie, comme une proie, mais j’ai pu repartir grâce à l’intervention de quelques journalistes, de quelques diplomates et, surtout, de Brigitte Macron, car la France du président Macron n’avait pas beaucoup bougé sur ce dossier avant son intervention. Comment vivez-vous maintenant ? J’ai mes activités normales. Je continue de conseiller un certain nombre d’entreprises en matière de géopolitique, mais aussi des personnalités politiques. En attendant, la Russie continue de pousser ses pions… C’est un rouleau compresseur néocolonialiste. Vous évoquiez le Maroc au début de l’entretien, ce serait plutôt sympathique que le Maroc prenne la tête du panafricanisme. Cela explique aussi pourquoi le Maroc ne veut pas se chauffer avec l’ours en ne votant pas les sanctions à son encontre… Ils ont été nombreux à faire la même chose en Afrique. Entre ne pas voter pour, ne pas voter contre et s’abstenir, c’est aussi avoir peur de ce qui peut arriver. Poutine est un enfant de chœur à côté de Narishkin ! Maintenant, il n’y a qu’en Occident que l’on pense que si Poutine tombait, on hériterait d’un bon social-démocrate. Or, quand on voit le profil de Sergey Narishkin, son potentiel successeur, force est de constater que Poutine est un démocrate-chrétien à côté de lui… Je pense que Poutine est un enfant de chœur à côté de Narishkin ! C’est problématique. En Russie, j’ai entendu une très bonne analyse. Mon interlocuteur se souvenait des images de Boris Eltsine en état d’ébriété à côté de Bill Clinton qui se moquait de lui. Les Russes m’ont dit que ce jour-là, on leur a imposé une perestroïka qu’ils n’avaient pas forcément demandée, qu’ils ont été humiliés - ce sont des Slaves, avec une fierté - et que nous allions le payer un jour. Aujourd’hui, après cette humiliation du démantèlement de l’Union soviétique, ils veulent reformer ce qu’était l’Union soviétique dans une économie néo-capitaliste pour redonner la fierté à leur peuple. Maintenant, vous habitez à La Baule… C’est ma région d’accueil depuis plus d’un an. Ce n’est pas tout à fait la même chose que l’Afrique, mais c’est une région très chaleureuse où je me plais vraiment bien. Propos recueillis par Yannick Urrien. Christophe Raineteau : « On m’a quand même mis trois meurtres sur le dos ! » brûlée envers la France, en ayant la ferme envie de mettre la main sur l’autoroute du pétrole, notamment à Brazzaville et Kinshasa. Les Russes sont venus au Bénin dans les années 70, mais les Américains, avec leur politique à la McDonald’s, ont voulu montrer que tout leur appartenait quand ils étaient en Afrique. Le continent africain n’a pas nécessairement les ressources du ProcheOrient. Nous avons toujours été vilipendés parce que nous sommes là depuis des siècles et il est toujours plus facile de tirer sur celui qui était là avant. Comme nous sommes un pays où la culture de la culpabilisation est omniprésente, ils savent très bien, à Washington ou à Moscou, que c’est une corde sensible. Il est très facile de mettre des Français dans la rue au nom de bonnes œuvres humanitaires pour lutter contre l’ingérence en Afrique. Il y a des O.N.G. financées par George Soros qui, au nom de l’écologie ou des droits de l’homme, font descendre des milliers de crétins dans les rues de Paris pour manifester contre les intérêts des entreprises françaises…

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