la baule+ 6 // Mars 2022 Les lecteurs de La Baule+ peuvent consulter le journal de mars 2017 et voici ce que nous déclarait Philippe Fabry, qui annonçait alors une guerre contre la Russie pour 2019. Il a simplement eu trois ans d’avance dans son analyse. Nous reproduisons, sans changer une virgule, certains de ses propos que nos lecteurs peuvent vérifier en retrouvant cette édition. Je compare la Russie de Vladimir Poutine à la France napoléonienne et à l’Allemagne hitlérienne « Je compare la Russie de Vladimir Poutine à la France napoléonienne et à l’Allemagne hitlérienne, et j’avais émis l’idée que, de la même manière que Napoléon était intervenu en Égypte et Hitler en Afrique du Nord, il devrait y avoir quelque chose venant de Poutine dans la même région. Ce n’est pas du tout par l’actualité et la réflexion stratégique que je suis arrivé à cette conclusion, mais uniquement par la comparaison historique. Cela me surprend moimême ! » Une guerre conventionnelle, dans laquelle personne n’osera utiliser les armes nucléaires « Dans ce cadre, il est tout à fait probable qu’il puisse déclencher une guerre conventionnelle, dans laquelle personne n’osera utiliser les armes nucléaires en raison des risques de destruction énormes que cela entraînerait, mais avec une montée très forte de la guerre conventionnelle comme on l’a vu durant la Seconde Guerre mondiale. » Si les alliés prennent une déculottée en Pologne, à ce moment-là, la route de Berlin sera ouverte « Il est peu probable que l’on arrive à empêcher les pays baltes d’être envahis par Poutine. La plupart des officiers de l’OTAN sont d’accord sur cette idée que les pays baltes sont actuellement indéfendables et, si les Russes veulent les envahir, ils les envahiront. À la limite, ce serait catastrophique et dramatique pour les pays baltes, mais, pour la prospérité de l’Europe, cela resterait quand même très limité. Mais si les alliés prennent une déculottée en Pologne, semblable à celle que nous avons subie à Dunkerque en 1940, à ce moment-là, la route de Berlin sera ouverte et Vladimir Poutine ne se gênera pas pour l’emprunter, parce que l’Allemagne reste la cible de l’impérialisme russe. Actuellement, ils essaient de gagner l’Allemagne et d’autres pays européens, en faisant triompher des partis politiques pro-russes. Mais s’ils n’y arrivent pas, ils seront au bord de la faillite et ils devront utiliser leur seul actif, à savoir l’armée… » L’islam est une question secondaire « L’islam est une question secondaire parce que je fais un parallèle entre l’islam et ce qu’a été le communisme au XXe siècle : c’est-à-dire une idéologie révolutionnaire, radicalement opposée au monde capitaliste, mais qui s’est pourtant alliée au monde capitalisme pendant la Seconde Guerre mondiale pour défaire le nazisme. Mon idée est que les États-Unis vont devoir se chercher des alliés. Ils ont déjà commencé à le faire, donc ils vont utiliser cette masse de manœuvre que constituent les foules sunnites salafistes contre l’expansion russo-iranienne. C’est ce qu’ils ont déjà fait en Afghanistan, c’est une habitude américaine. » D’ailleurs, on voit bien que la tension est forte entre le Maroc et l’Algérie, avec l’Occident qui soutient le Maroc, et la Russie, l’Algérie. N’est-il pas trop tard, puisque nous sommes encerclés en Afrique par la Russie, qui contrôle la Libye et qui est maintenant présente sur une grande partie du continent ? Malgré toutes les méfiances et tous les discours anti-russes que l’on peut entendre dans la bouche des hommes politiques, il y a eu une espèce de naïveté. On a laissé progresser la Russie partout. On le voit au Mali maintenant. Je n’explique pas cela. Ce sont des endroits où il y a des effets de balancier à long terme. Cela fait longtemps que nous y sommes, donc la Russie n’a fait que profiter d’un moment qui nous était défavorable. Effectivement, la Russie s’est positionnée sur ces conflits. Maintenant, on va laisser Poutine agir, puisque les États-Unis ne vont pas envoyer de troupes en Ukraine… En Ukraine non, mais autour de la Pologne. Il y aura une surprise quant à l’efficacité des troupes russes contre l’OTAN. Je crois que les Occidentaux penseront, après l’invasion de l’Ukraine, traiter le problème avec une guerre froide, comme la dernière fois, mais les Russes les surprendront en prenant les devants et en attaquant. Il y aura une défaite majeure de l’OTAN en Europe de l’Est et une incapacité à riposter, et c’est ce qui conduira à ce que j’appelle la vichysation de l’Allemagne. Nous ne sommes pas une cible pour les Russes. Ce qui les intéresse, c’est l’Allemagne : pour eux, c’est le coffrefort Quel avenir pour la France ? La France devrait rester relativement à l’écart, une fois que l’OTAN aura été battue. Nous sommes protégés, parce que nous avons l’arme nucléaire. Nous ne sommes peut-être pas prêts à nous en servir pour les autres, mais elle peut être utile pour nous. En plus, nous ne sommes pas une cible pour les Russes. Ce qui les intéresse, c’est l’Allemagne : pour eux, c’est le coffre-fort. De toute façon, j’ai d’autres systèmes de prévisions qui me font penser que nous sommes au bord d’un effondrement de régime en France. Donc, on aura d’autres soucis... Poutine risque de se retrouver prisonnier, comme les Allemands à la fin des années 30 Vous avez d’un côté les poutinophiles et, de l’autre, les va-t-enguerre qui veulent demander à nos soldats d’aller se battre contre la Russie… Cela n’a pas de sens, parce que ce n’est pas politiquement admissible. C’est comme lorsque l’on dit qu’il aurait fallu arrêter Hitler en 1937... Mais à l’époque, personne ne pensait qu’il y avait un danger tel qu’il fallait se battre. Tout le monde pensait que c’était encore gérable par d’autres moyens et que son ambition serait circonscrite. Ce n’est pas une question de caractère maléfique ou machiavélique de la personne que l’on a en face. Poutine lui-même est pris dans une dynamique qu’il ne maîtrise pas entièrement et qui va le pousser vers une fuite en avant. Il risque de se retrouver prisonnier, comme les Allemands à la fin des années 30. En ce qui nous concerne, si l’on arrive à avoir une direction correcte dans les années qui viennent, ce qu’il faudra, c’est préparer l’après, puisque l’Europe de l’Est souffrira, y compris l’Allemagne. Autant faire en sorte que nous soyons puissants et que nous puissions construire l’Europe d’après la Troisième guerre mondiale. À la fin, les Américains conservent une capacité stratégique, donc ils gagneront, mais ce sera très compliqué pour eux Enfin, évoquons la Chine et la Turquie… La Chine fera ce qu’a fait le Japon en 1940 : elle profitera de voir les États-Unis très embêtés en Europe pour pousser ses pions, probablement contre l’Inde, dans l’Himalaya, peut-être autour de Taïwan ensuite. C’est de cette manière que l’ordre mondial va se décomposer de plus en plus rapidement, parce que les crises se nourrissent entre elles. L’ordre mondial vacille à un endroit et cela va l’affaiblir à un autre endroit. Je pense que les Américains resteront sur les deux fronts, parce qu’ils ont un système d’alliance que n’ont pas les Russes et les Chinois qui se retrouveront relativement isolés. À la fin, les Américains conservent une capacité stratégique, donc ils gagneront, mais ce sera très compliqué pour eux. Pour la Turquie, après des atermoiements, ils vont d’abord essayer de profiter du fait que Poutine, l’OTAN et l’Union européenne se déchirent. Ils se retrouveront eux-mêmes confrontés à la Russie devenue trop puissante parce qu’ils sont en contradiction stratégique sur la plupart des fronts. Ils reprendront la lutte aux côtés des Américains et je pense que la Turquie sera l’un des grands vainqueurs, après avoir été très fortement soutenue par les États-Unis, et elle sortira de la guerre avec une capacité d’expansion en Asie centrale. Cela créera un empire en Asie centrale. Propos recueillis par Yannick Urrien. Cet entretien avec Philippe Fabry a été réalisé mardi 22 février avant l’invasion de l’Ukraine par la Russie. Philippe Fabry : « Il y aura une défaite majeure de l’OTAN en Europe de l’Est et une incapacité à riposter, et c’est ce qui conduira à ce que j’appelle la vichysation de l’Allemagne. » Les prévisions de Philippe Fabry dans le numéro de La Baule + de mars 2017 sur la Troisième guerre mondiale la baule+ Fabienne Brasseur au 06 08 80 39 55 ou fabienne@labauleplus.fr Marine de Montille au 07 65 72 44 44 ou marine@kernews.com Commerçants, artisans : vos contacts pour vos campagnes publicitaires
RkJQdWJsaXNoZXIy MTEyOTQ2