La Baule+

la baule+ Novembre 2022 // 7 pour leurs familles et leurs enfants. Si vous mettez en permanence des bâtons dans les roues des entrepreneurs, ils vont quand même essayer de se débrouiller pour améliorer leurs conditions matérielles. C’est la raison pour laquelle le discours décroissant ne peut pas marcher. Vous pouvez très bien aller voir des gens très riches en leur demandant de diminuer leurs revenus, mais vous ne pouvez pas dire cela à ceux qui ont des difficultés et qui veulent s’en sortir. C’est en cela que l’écologie politique est une écologie plutôt pour les riches, alors que ce que je défends est plutôt pour les gens modestes. C’est donc l’inverse de la caricature que l’on entend en permanence. J’ai eu quelques problèmes ces derniers mois avec JeanLuc Mélenchon et Les Insoumis, et l’on me présente souvent comme l’économiste proche des puissants. Ce sont des bêtises : c’est l’inverse ! Ces gens revendiquent le monopole du peuple, alors qu’ils ne l’ont pas. Je rencontre des commerçants et des chauffeurs de taxi, ils sont tous d’accord avec moi. Ils veulent travailler et gagner plus d’argent. Il y a des revendications importantes sur les salaires en France. Je n’ai jamais rencontré quelqu’un qui ne voulait pas travailler et qui ne voulait rien transmettre à ses enfants. Ce n’est pas l’aspiration populaire. Vous évoquez ce qui s’est passé avec JeanLuc Mélenchon, mais en France on n’a plus le droit de débattre. Dès que l’on est catalogué dans le mauvais camp, c’est que l’on est extrémiste ou à abattre… Je vais prendre l’exemple de l’époque de Michel Polac, où un journaliste de Minute et un journaliste de L’Humanité pouvaient s’insulter. Ils pouvaient même s’injurier par colonnes interposées. Mais personne ne finissait l’article en demandant l’interdiction de l’autre. Aujourd’hui, on ne débat plus, mais on réclame toujours l’interdiction de l’autre dès lors que l’on n’est pas d’accord… Il ne faut pas se laisser trop impressionner par tout cela. Il faut prendre du recul. Ce qui est très important, c’est de se dire que ce ne sont pas ceux qui parlent le plus fort, ou ceux qui prétendent parler au nom du peuple, qui représentent ce peuple et qui retranscrivent correctement les aspirations de la plus grande partie de nos concitoyens. Nos concitoyens veulent travailler, bien gagner leur vie, des services publics qui fonctionnent, ce qui n’est pas toujours le cas... Ce n’est pas très compliqué. Il n’y a rien de révolutionnaire là-dedans. C’est pour cette raison que les révolutionnaires se prennent assez régulièrement des râteaux électoraux, parce que les gens ne veulent pas la révolution, mais que le travail soit justement rétribué et que nos impôts soient bien utilisés. Il faut que les services publics correspondent aux montants financiers que l’on place dans ces services publics. En France, ce n’est pas le cas… Il y a un vrai malaise français Évoquons les sanctions contre la Russie. On observe qu’il y a dans la population 20 à 30 % - les chiffres divergent - de gens que vous qualifiez de poutinolâtres… Quand on les interroge, on obtient toujours la même réponse : « Je suis malheureux parce qu’on nous a confinés, parce qu’on nous a vaccinés de force, parce que l’État est incompétent… » Bref, on entend tout. Comment expliquez-vous un telmalaise chez nos compatriotes, au point qu’ils préfèrent soutenir ce régime alors qu’ils savent pertinemment qu’ils seraient très malheureux en Russie ? Comment analysez-vous cela sur le plan psychologique ? Je ne veux pas anticiper sur mon prochain livre ! Je m’interroge beaucoup sur ce que vous dites. Vous avez mille fois raison. Il y a un vrai malaise français et je pourrais multiplier les exemples. Il y a des manifestations et des grèves, alors que nous sommes le pays qui a le plus protégé financièrement ses concitoyens. Il me semble qu’il y a une divergence entre les aspirations des Français et les moyens que nous nous donnons collectivement. Ils demandent le mieux pour leur pays et ils ont tout à fait raison : donc, une meilleure école, une meilleure université, de meilleurs hôpitaux, des politiques de meilleur niveau... Mais la France n’est pas un pays qui se donne les moyens de l’excellence. Nous sommes dans un pays où l’on ne travaille pas assez, pas assez longtemps, la saine autorité tend à disparaître et les services publics ne fonctionnent pas bien. Donc, il y a un écart avec les aspirations des gens. Cela crée une espèce demalaise et d’angoisse, donc un vent de fronde permanent. Je sais que c’est un point de désaccord entre nous : j’ai été moins sévère que vous sur les mesures de restrictions pendant la période de la Covid... Mais il y a un point sur lequel on peut se mettre d’accord, c’est que les restrictions qui sont encore en œuvre en Chine n’ont rien à voir avec ce que l’on a connu en France. Pourtant, de nombreux amis libéraux m’ont dit que je soutenais des restrictions équivalentes à la dictature chinoise. C’est faux : à Shanghai, alors que c’est une ville libérée des contraintes, selon le gouvernement, chaque citoyen doit faire un test PCR obligatoire chaque jour. Je n’ai pas très envie d’y aller... D’ailleurs, tous les expatriés s’en vont. C’est terrible. Même à La Baule, au pire moment du premier confinement, ce n’était quand même pas cela... Propos recueillis par Yannick Urrien.

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