la baule+ 12 // Août 2023 La Baule+ : Quel est votre lien avec La Baule ? Solène Saint-Gilles : La Baule, c’est une histoire de famille qui remonte à plusieurs générations puisque ma grand-mère venait à La Baule, ainsi que mon arrièregrand-mère. Il se dit même que ma grandmère aurait fait des claquettes avec Fred Astaire sur la jetée qui existait à l’époque en face du casino de La Baule ! Je vais à La Baule depuis que je suis toute petite. Qu’est-ce qui vous a amenée à la direction des émissions culturelles de France Télévisions ? J’ai toujours baigné dans un univers culturel grâce à mes parents. Cela me tient vraiment à cœur d’éduquer le plus grand nombre au monde artistique, notamment les enfants, parce que cela ouvre des perspectives réjouissantes. J’ai intégré France Télévisions il y a vingt ans. C’est une grande maison, on ne s’y ennuie jamais. Vous êtes à l’origine du renouveau de l’émission « Le Grand Échiquier». Jacques Chancel est irremplaçable… Je crois que c’était le plus grand intervieweur. Souvent, on utilise des archives de Jacques Chancel pour illustrer des émissions d’aujourd’hui, car il avait une réelle empathie à l’égard des personnes. Il s’intéressait vraiment aux gens. Nous voulions relancer un grand rendez-vous culturel sur France 2. Or « Le Grand Échiquier » est vraiment une émission qui est restée dans l’inconscient collectif. Il est très difficile d’imposer une marque à la télévision et il était donc plus facile d’imposer une marque existante, en la modernisant, notamment en intégrant une femme à l’animation. Nous avons maintenu l’idée de rencontres entre les artistes, qui était la base de cette émission. Évoquons maintenant la renaissance de Culture Box… J’ai deux grands projets qui ont marqué ma vie professionnelle : le lancement de «Ce soir ou jamais » en 2006, avec Frédéric Taddeï, et la création de Culture Box, qui est une chaîne 100 % culturelle née pendant le confinement. C’est une chaîne qui avait vocation à être éphémère, mais qui a perduré. C’est une chaîne qui accueille des genres culturels plus pointus, que l’on ne peut pas forcément traiter sur France 2 ou France 3. Nous avons appris le maintien de cette chaîne par un tweet du président Emmanuel Macron et nous étions vraiment tous très heureux, parce que nous rêvions que cette chaîne perdure. Le fait d’avoir une chaîne thématique peut aussi constituer une excuse, pour les chaînes généralistes, de ne plus proposer de programmes culturels… C’est là-dessus que nous sommes très vigilants avec Michel Field, directeur de la culture de France Télévisions, pour que cela ne devienne pas un prétexte pour déshabiller les autres chaînes de leurs programmes culturels. Nous avons énormément de grandes émissions culturelles sur France 2 et France 3, notamment la nouvelle émission de cinéma avec Pierre Lescure, qui rencontre un beau succès. Il y a quelques décennies, on distinguait la culture et le divertissement: par exemple, dans les années 70, on ne recevait pas Claude François dans des émissions culturelles, mais dans des émissions de variétés. Aujourd’hui, tout se mélange… Nous sommes dans une approche de la culture qui n’est pas élitiste. Nous ne traitons pas l’opéra en majesté et les cultures urbaines de façon anecdotique. Nous essayons de traiter tous les genres culturels au même niveau. Cela permet des rencontres entre un chanteur lyrique et un chanteur urbain, cela marche sur tous les genres. Cela permet d’élargir le cercle et de toucher tous les publics. Comment ramener les jeunes à la culture, notamment la culture générale, alors qu’elle est abandonnée en milieu scolaire ? Je ne sais pas si le tableau est aussi noir. Effectivement, il est très important d’amener les jeunes à la culture. Déjà, il y a une question de prix, et c’est pour cette raison que j’estime que le Pass culture est une bonne opération, puisque cela permet aux jeunes de consommer de la culture. Il y a aussi une question d’éducation. L’accès à la culture par la famille peut être quelque chose d’assez inégalitaire, donc il faut passer par l’éducation, donc l’école, mais aussi par la télévision. Le jeune public qui va découvrir une émission culturelle à la télévision, ou en replay, peut avoir un coup de cœur pour un artiste et ensuite aller voir son spectacle. Dans un programme de flux, on est conduit à découvrir des choses que l’on ne connaît pas, alors que la consommation en replay nous entraîne plutôt vers ce que l’on connaît déjà… C’est vrai, on va chercher ce que l’on souhaite regarder en replay. Maintenant, les gens ne sont plus devant leur télévision pour avaler ce qu’on leur propose. Partant de là, il faut avoir des algorithmes différents. Netflix va analyser ce que vous aimez, pour vous proposer la même chose. Nous devons proposer des choses différentes en jouant un rôle de conseil. Nous devons proposer un univers de programmes qui puisse intéresser les téléspectateurs. J’aime beaucoup cette phrase de Jacques Chancel : « En télévision, il ne faut pas donner au public ce qu’il aime, mais ce qu’il pourrait aimer ». Que pensez-vous du débat sur le fait que l’on ne fabrique plus de grands standards qui vont traverser les décennies, que ce soit dans la musique ou dans le cinéma ? Je vous donne rendez-vous dans vingt ou trente ans et l’on verra ce qui reste d’aujourd’hui. Je suis certaine qu’il y a des chansons, comme « La Grenade », de Clara Luciani. C’est un gold féministe qui existera toujours dans vingt ans. Maintenant, il est vrai que tout va plus vite et que l’offre est foisonnante. Prenez l’exemple du Boléro de Ravel : il n’aimait pas du tout cette œuvre, mais c’est devenu son tube qui a traversé le temps. Enfin, quels sont vos coups de cœur du moment ? En musique, c’est un groupe qui n’a pas encore été produit, il s’appelle Do not Do. Ils n’ont pas encore été signés et ils recherchent un producteur. J’aime beaucoup Lujipeka, un jeune artiste urbain que j’ai été voir à plusieurs reprises en concert. Enfin, je viens de terminer le livre de Marc Dugain, « Tsunami » qui est vraiment réussi. TV ► Rencontre avec la responsable des programmes culturels de France Télévisions Solène Saint-Gilles : « Nous essayons de traiter tous les genres culturels au même niveau. » Solène Saint-Gilles, responsable des programmes culturels de France Télévisions, est une habituée de La Baule où elle vient passer ses vacances depuis son enfance. Elle évoque pour nous la stratégie des chaînes publiques dans ce domaine.
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