La Baule+

la baule+ Août 2023 // 17 des guerres, chacun estimant se situer dans le camp du bien… C’est ce qui fait la particularité des interactions entre humains. Il y a des codes imaginaires que nous mettons en place. Je parle souvent des conventions humaines en fonction du bien que l’on a déterminé ou du mal que l’on a déterminé. Je donne l’exemple du code de la route. Hier, si quelqu’un roulait à 60 km/h en ville, c’était quelqu’un de bien, mais aujourd’hui ce n’est plus quelqu’un de bien. Cela montre comment le bien et le mal se disposent différemment en fonction du temps et de l’espace. Votre exemple sur l’avortement est excellent, mais on vous répondra que la société a progressé, donc on appelle cela le progrès. Cela signifie qu’il y a 40 ans, nous n’étions pas des gens bien, alors qu’aujourd’hui nous sommes des gens bien. Il y a aussi la question du suicide, qui est une grande question philosophique. Certains diront qu’il faut du courage pour se suicider, tandis que d’autres diront que c’est une lâcheté. En Occident, quelqu’un qui serait pro suicide serait à enfermer. À l’inverse, au Japon, pendant des centaines d’années, c’était un honneur que de mourir en se suicidant lorsque l’on avait manqué d’honneur vis-à-vis de soi-même ou de la société. Aujourd’hui, on prend très au sérieux cette idée de la vulnérabilité, comme étant le grand bien aujourd’hui. J’espère que l’on va comprendre la nécessité de se comporter avec bienveillance quand on est avec quelqu’un, puisque nous créons une équipe, mais, si demain nous devions être ennemis, il serait normal d’agir avec ardeur, voire avec violence, l’un vis-à-vis de l’autre. Dans notre société, on doit toujours se comporter avec calme et bienveillance, alors que ce n’est pas ce que nous avons au fond du cœur les uns et les autres. Aujourd’hui, être un homme blanc de plus de 50 ans, ce n’est pas tendance En France, on n’aime pas les riches et vous faites allusion à l’influence de la religion catholique. Traversons la Méditerranée : lorsque l’on discute avec des pauvres marocains au fond d’un bled, le discours est totalement inverse, car ils considèrent le riche comme une personne récompensée par Dieu… Les petits Marocains des rues ne rayent pas les belles voitures… C’est vrai, on parle de la richesse, mais on pourrait aussi parler des symboles de pouvoir. Aujourd’hui, être un homme blanc de plus de 50 ans, ce n’est pas tendance et avoir une Porsche, ce n’est pas tendance non plus… D’ailleurs, vous entendrez toujours les hommes politiques évoquer leurs origines quand ils peuvent justifier une origine humble. Autrefois, il fallait plutôt descendre d’une grande famille. C’est une nouvelle forme de snobisme que de montrer que l’on est quelqu’un qui n’a pas le pouvoir. On va condamner la prostitution, parce que l’on suppose qu’il y a la domination d’un homme sur une femme. Mais quand il s’agit d’être actrice de films pornographiques, c’est assez tendance, parce que l’on dira que c’est une femme qui s’assume. Dès lors que l’on imagine qu’il y a une relation de supériorité, on va taper sur celui qui est détenteur du pouvoir. Selon moi, la phrase la plus importante de votre livre, c’est : « La majorité choisira toujours la paix au détriment du sentiment de liberté, d’intensité, de grandeur et de sens». Le confinement en constitue le meilleur exemple et l’on a préféré avoir la paix plutôt que la liberté… Exactement. Et le président de la République nous a dit que chaque vie comptait. Comme chaque vie comptait à égalité - la vie d’une personne âgée, par rapport à la vie d’une jeune femme de 20 ans - alors on a choisi collectivement de se mettre sous cloche pour ne prendre aucun risque. Donc, le risque c’est mal. C’est pour cette raison que l’on ne peut plus être en état d’intelligence. Je travaille pour l’intelligence et la performance, et je pense que dans notre société nos ailes sont coupées. On ne peut pas être en état d’intelligence, c’est-à-dire tirer le meilleur de la vie, de soi-même, pour montrer le meilleur de ses capacités. Aujourd’hui, on est complètement bridé avant de faire quoi que ce soit, parce que c’est la sécurité avant tout, la vulnérabilité avant tout. Donc, aujourd’hui, on ne peut pas être quelqu’un de bien si l’on veut être quelqu’un de grand. Propos recueillis par Yannick Urrien.

RkJQdWJsaXNoZXIy MTEyOTQ2