La Baule+

la baule+ 14 // Novembre 2023 Antisémitisme ► Entretien sur l’actualité avec le scénariste et producteur Elie Chouraqui : « Il faut libérer la Palestine, mais il faut libérer la Palestine du Hamas ! » Elie Chouraqui est venu à La Baule à l’occasion du Festival de la fiction et du documentaire politique qui s’est déroulé du 5 au 9 octobre. C’est à la sortie d’une projection, samedi 7 octobre, qu’il a été informé des attentats terroristes perpétrés par le Hamas contre Israël. Avant de quitter La Baule, il est venu dans le studio de Kernews pour répondre aux questions de Yannick Urrien et commenter l’actualité. La Baule+ : On sait qu’il y a quelques années, vous avez quitté la France pour aller vivre en Israël. Toutefois, vos œuvres traduisent toujours un amour du bien vivre français... Elie Chouraqui : Je suis revenu en France et je vis maintenant en France. J’ai vécu effectivement six ans en Israël et j’ai la gorge serrée depuis ce qui s’est passé. Effectivement, j’ai voulu tenter l’expérience de Tel-Aviv, de Jérusalem, de ce pays de mes rêves. J’y ai passé beaucoup de temps, plus que je ne l’imaginais, puis il y a eu cette émission politique sur i24 qui a très bien marché. J’ai essayé de comprendre ce conflit israélo-palestinien qui est très compliqué. Mais mon pays, c’est quand même la France, je dois le dire. Je suis né ici. Le fait d’avoir vécu en Israël, mais également dans d’autres pays, m’a conforté dans le fait que mon pays c’est la France, ma ville c’est Paris, et mon quartier c’est Saint-Germain-des-Prés. Vos films ont un côté presque nostalgique... C’est cela. J’ai grandi Porte de Montreuil et je n’ai jamais pensé dans ma jeunesse qu’il y avait un autre pays que la France. Quand j’ai commencé à jouer au volley-ball, en étant dans l’équipe de France, j’ai commencé à faire le tour du monde. Je me suis rendu compte que le monde était vaste et qu’il fallait le découvrir. J’ai expliqué à mes enfants que nous avons des racines françaises très profondes et que nous avons éventuellement un autre pays, en l’occurrence Israël, comme cela peut être l’Italie pour d’autres, mais qu’il faut toujours être curieux et voir ce qui se passe ailleurs pour mieux comprendre ce qui se passe ici. Il y a six ans, vous aviez dénoncé le climat d’insécurité qui touchait la communauté juive en France… Il ne faut pas noircir le tableau, il y a toujours eu cette angoisse antisémite en France. C’est un vieux caractère français issu de l’extrême droite ou de l’extrême gauche. Mais ce n’est pas ce qui m’a fait quitter la France. Ce qui m’a fait quitter la France, c’est la curiosité et le désir de découvrir un autre pays. Je n’ai jamais dénigré la France. C’est ma terre. Elle a ses défauts, comme tout ce qui est organique, mais elle a beaucoup de qualités. L’antisémitisme d’extrême droite a été largement balayé par l’antisémitisme d’extrême gauche L’antisémitisme de droite, après la guerre, a surtout été intellectuel… Oui. L’antisémitisme des années 60 est lié énormément à la question arabe et palestinienne. Certains intellectuels français, de droite, ont trouvé un point d’appui dans ce conflit israélo-arabe pour faire accepter leur antisémitisme qu’ils ont appelé petit à petit antisionisme, puisque l’antisémitisme est devenu quelque chose de punissable. Or, l’antisémitisme d’extrême droite a été largement balayé par l’antisémitisme d’extrême gauche, qui est terrifiant. Regardez les déclarations de Mélenchon, de La France Insoumise et de tous ces abrutis, alors que nous sommes en train de vivre des choses terribles en Israël ! Il n’y a eu aucune condamnation. Ils mettent les terroristes et unÉtat de droit sur le même plan. Encore une fois, c’est largement minoritaire, mais il ne faut pas se tromper : le Hamas, le Hezbollah, l’État islamique, ce sont tous les mêmes. Ce sont ceux qui ont attaqué le Bataclan ou qui ont fait tomber les tours du 11 septembre. C’est une nébuleuse, avec des intérêts divergents, mais cela existe. Donc, il faut être contre cette façon d’envisager la vie. Les gens disent souvent qu’ils sont en guerre contre Israël et les juifs, mais ce n’est pas vrai, ils vont capturer des civils et tuer des gosses. Il y a les ténèbres d’un côté et la lumière de l’autre. Comment expliquer cet antisémitisme, alors que l’on pourrait rappeler que les trois religions abrahamiques ont la même source ? Vous savez que le grand mufti de Jérusalem a passé la guerre dans le nid d’aigle, il a rencontré Hitler, il y a des photos. Il y a eu des brigades SS musulmanes. Et le président Sadate, qui a ensuite changé d’avis, a dit que les ennemis de nos ennemis étaient nos amis. Un noyau est né, à travers les Frères musulmans, afin d’insuffler cette haine contre les juifs et contre Israël. C’est une opération qui a réussi et dont on voit aujourd’hui les résultats. Ces extrémistes islamistes ont bien compris qu’il fallait mettre cette graine de haine dans l’esprit des enfants. Cela a commencé dans les écoles. Il y a vingt ans, André Chouraqui, adjoint au maire de Jérusalem, grand traducteur de l’Ancien et du Nouveau Testament, comme du Coran, m’avait montré une vidéo avec Yasser Arafat qui prenait dans ses bras des petits enfants de quatre ans, avec le corps bardé d’explosifs factices, en chantant « à bas Israël ». Dans les livres d’école en Palestine, financés par l’Union européenne,

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