la baule+ 26 // Octobre 2023 Les images font froid dans le dos. Marseille, une fin d’après-midi d’un début d’automne qui se prend pour un commencement d’été, au beau milieu d’une rue d’un quartier fréquenté, une limousine noire s’arrête, une portière s’ouvre, un type sort du véhicule. On peut croire qu’il se précipite au bar-tabac du coin pour, à l’arrache, se procurer ses clopes. En main, une kalachnikov. Ce n’est donc pas pour les clopes. Et le cagoulé, froidement, tranquille comme Baptiste, ouvre le feu, arrose comme on dit. On peut se croire sur le tournage d’un film sans budget. Mais non. Les morts sont de vrais morts, les blessés de vrais blessés, les vies détruites de vraies vies. Le cagoulé remonte en voiture et roule ma poule. Jusqu’au prochain carton. Hallucinant. Images sidérantes. Remake de la Chicago d’Eliot Ness et d’Al Capone. Mais nous sommes en France car, n’en déplaise à certains, Marseille est bel et bien en France. En France où nul désormais ne peut faire semblant d’ignorer que le cancer de la drogue gangrène tous les milieux, tous les étages de la société. La coke même, dont on se plaisait à nous donner à penser qu’elle aurait été un marqueur de réussite soHumeur ► Le billet de Dominique Labarrière Came à tous les étages ciale, d’appartenance à une sorte d’élite artistique, technocratique ou financière, irradie à présent jusqu’aux couches les plus populaires. Certains esprits très en pointe ne craignent pas d’employer le terme de « démocratisation » pour décrire ce phénomène, comme si l’affaire pouvait s’apparenter à une évolution « sociétale » inéluctable sinon remarquable. Certes, dans les propos officiels, on déplore. Mais combat-on vraiment ? Se donne-t-on les moyens de lutter, d’endiguer et de vaincre cet épouvantable fléau dont nos enfants, nos petits-enfants, sont, in fine, les premières victimes ? On ne cesse en effet de dénoncer une déferlante de came partout en France et en Europe. Le port du Havre - Marseille, ne pouvant nullement se glorifier d’une quelconque exclusivité en la matière, serait désormais sous emprise mafieuse, nous rapporte-t-on. Les trafiquants de haut vol y feraient régner leur loi, qui n’a rien à voir avec la nôtre, cela va de soi. Le fric et la terreur sont leurs armes de prédilection : « Tu marches dans la combine, je te bourre les poches. Tu renâcles, je te bourre la gueule de coups. La tienne de gueule, ou celle de ta femme, de tes gosses. » Si les coups ne suffisent pas, on sort le flingue et la messe est dite. Bref, à dire d’experts, nous serions devant une formidable invasion de toutes sortes de saloperies, car il en sort apparemment de nouvelles sur le marché à chaque nouvelle lune. Toujours plus pourries, toujours plus assassines. Dans ce domaine, l’industrie ne connaît pas la crise. Tous les gens sérieux en font le constat. Aussi, tous les gens sérieux devraient bien aller au bout de la logique. Ne serait-il pas grand temps de faire ce qu’il convient face à toute invasion d’une telle hostilité, à une hécatombe d’une telle ampleur : se déclarer en état de guerre ? C’est bien le moins. Qu’attend le pays pour reconnaître cette nécessité, cette urgence et entrer pour de bon en guerre ouverte - en guerre, oui - contre la came et la si puissante armée des mafias, l’engeance apatride des narco-trafiquants qui, assis sur leurs montagnes d’or, ricanent de nous et de nos gesticulations impuissantes ? Faire la guerre avec les moyens de la guerre. Des moyens d’exception : effectifs répressifs d’exception, lois d’exception, tribunaux d’exception, sanctions d’exception. Et en premier lieu, pour les criminels les plus puissants, les plus dangereux, ce qui devrait être appliqué aux fauteurs de crimes contre l’humanité (qu’attend-on, d’ailleurs, pour inscrire le trafic de drogue de haute intensité au catalogue de ces crimes ? ), la peine capitale. Ou, aumoins, la taule à perpétuité. La vraie de vraie. Quatre murs sans autre issue que quatre planches. Quand bien même serions-nous le seul pays au monde à oser ces dispositions extrêmes, ayons-en le courage. Allons-y justement parce que nous sommes le pays des Droits de l’Homme. Allons-y, oui, sous cet étendard-là, celui des Droits de l’Homme. Que l’homme libre et civilisé se dresse contre l’asservissement et la mort que recèle chaque gramme de came infiltré sur le territoire. Devant une agression d’une telle violence, devant le risque d’anéantissement de notre société qu’elle recèle, le choix est hélas des plus clairs : livrer une guerre avec les moyens de la guerre ou crever. Retrouvez Dominique Labarrière tous les matins à 7h40 et 9h10 sur Kernews Labarrière en Liberté
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