la baule+ 12 | Août 2024 La Baule+ : Tout commence par une éducation chez les jésuites… Yves Treguer : C’était une éducation très stricte, à Metz. C’était quelque chose de difficile à vivre pour un enfant. Mais on m’a appris la rigueur, le sens du travail, et le sens du devoir. Vous avez aussi vécu une expérience dans un kibboutz... C’était par faute d’argent. En 1966, avec quelques amis, nous avons décidé de faire tout le Moyen-Orient en stop, depuis Beyrouth, en traversant la Syrie et la Jordanie. Nous avions calculé notre budget et nous sommes passés de Jordanie en Israël. Nous avons dû travailler dans un kibboutz à Eilat. C’était tout à fait charmant à l’époque. Cela vous a donné aussi le sentiment d’un immense gâchis dans cette région du monde, par exemple lorsque vous avez vu comment les Israéliens ont su cultiver cette terre… Exactement. Quand on voit les images de la pisciculture à Eilat, ils en ont fait quelque chose de merveilleux. Au début, il n’y avait rien, c’était parfaitement délabré. On ne peut que déplorer cette guerre sans fin dont on ne voit pas l’issue. Parcours ► Le créateur de la thalasso de La Baule a notamment côtoyé le prince Rainier, Karl Lagerfeld et Donald Trump... Yves Treguer : « Si vous manquez d’iode, vous ne grandissez pas, vous pouvez même devenir un peu abruti. » Le docteur Yves Treguer est une personnalité bauloise. Il y a plus de quarante ans, il a participé à la création des centres de thalassothérapie de La Baule et de Monte Carlo. Il vient de publier ses mémoires dans un ouvrage intitulé « Il n’y a pas que les chats ». Pourquoi ce titre ? Yves Treguer explique: «J’ai eu plusieurs vies et l’on dit que les chats ont eu plusieurs vies. » « Il n’y a pas que les chats…» d’Yves Treguer est publié aux Éditions La Mouette. Ensuite, vous évoquez mai 68, tout en étant discret sur vos opinions politiques… Ce n’était pas réellement de la politique. En médecine, nous nous révoltions contre les mandarins qui dictaient les affaires. Actuellement, les étudiants en médecine sont aussi un peu révoltés de ce qui se passe, avec un très faible nombre de médecins qui sont formés, et les résultats aux examens sont difficiles. Je regrette que l’État soit un État comptable, et non pas un État responsable. On fait parler les chiffres, mais comme la santé est un bien primordial, il faut parfois savoir délier les bourses pour que les Français soient mieux soignés. En fait, vous arrivez à La Baule presque par hasard… J’avais fait le tour des propositions avec mon diplôme en poche. Mais comme j’étais un amoureux de la mer, je cherchais à m’installer près de l’océan. Un collègue me dit qu’une clinique venait de s’ouvrir et que l’on cherchait un cardiologue à La Baule. J’arrive en pleine canicule de 1976. C’était merveilleux. Les plages étaient vides, la mer était chaude, le soleil était au rendez-vous et la polyclinique de la forêt était flambant neuve. J’ai été déçu l’année suivante, car il y a eu beaucoup de pluie. Mais l’amour de la mer est plus fort que tout... Lucien Barrière opte pour l’orientation cardiologique du centre Vous rencontrez les dirigeants du groupe Lucien Barrière pour créer la thalassothérapie… Yves Le Naour, directeur général du groupe Barrière à l’époque, apprend que je suis en train de créer un centre de réadaptation cardiaque dans un centre de thalassothérapie à Bénodet. J’étais déjà président du Cardio club de l’Ouest et notre objectif était de développer des moyens de prévention. Le hasard a voulu que ce centre se fasse dans un centre de thalassothérapie qui avait fermé ses portes parce qu’il était mal géré. Un mois plus tard, je rencontre à Cannes Lucien Barrière, qui opte pour l’orientation cardiologique du centre et il m’en confie la responsabilité. Vous plaidez beaucoup pour les bienfaits de la thalassothérapie et de l’eau de mer… Tout à fait. Les eaux de mer sont une véritable richesse en oligoéléments et tous les scientifiques s’accordent à reconnaître la potentialité de ces eaux de mer de Guérande. J’ai d’ailleurs publié un recueil sur ce sujet. Si vous manquez d’iode, vous ne grandissez pas, vous pouvez même devenir un peu abruti. Un moment, on a étudié les débiles. Dans les Alpes, il y avait des vallées où il n’y avait pas un gramme d’iode, puisqu’à l’époque les fruits de mer n’arrivaient pas là-bas. C’était une carence mondiale. On s’est aperçu que c’était dû au manque d’iode qui est important pour faire fonctionner le cerveau et beaucoup d’hormones. Il y a ensuite votre rencontre avec le prince Rainier à La Baule… D’abord, la princesse Caroline est venue à La Baule. Elle a été ravie et elle est revenue l’année suivante avec son père. Ils étaient enchantés par les soins que nous proposions. La seconde année, il a fait un accident cardiaque, suffisamment grave pour qu’il doive rester sur place. Donc, le prince est resté à La Baule. En plus, il ne voulait pas retourner à Monaco, pour ne pas affoler la principauté. Mon job était de le maintenir en état : une responsabilité énorme pour moi, parce que s’il y avait eu un élément particulier, cela n’aurait pas été une bonne publicité… L’amitié s’est développée entre nous. Nous nous sommes écrit régulièrement et jamais cette amitié n’a été prise en défaut. C’est ce qui vous a amené à travailler à Monaco… Les thermes marins existaient depuis le début du siècle à Monaco et tous les princes se retrouvaient l’hiver à Monaco, mais ce centre a été détruit par un bombardement anglais. Le prince Rainier appréciait les soins de thalassothérapie et il souhaitait voir renaître les thermes marins. Il m’en a donc confié la responsabilité. Ainsi, j’ai alterné ma vie entre Monaco et La Baule. J’ai vraiment un attachement profond à La Baule Pourquoi avez-vous décidé de revenir vivre à La Baule cette année ? J’ai passé sept ans à l’île Maurice. C’est un paradis, mais je reviens à La Baule. Ce n’est peut-être pas le plus bel endroit au monde, mais
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