la baule+ 18 | Août 2024 Tomer Sisley : « J’ai beaucoup de points communs avec le rôle de Largo Winch. » Cinéma ► La saga Largo Winch se poursuit avec « Le Prix de l’argent » C’est le succès annoncé dans les salles cet été : le nouvel épisode « Largo Winch : Le Prix de l’argent », avec toujours Tomer Sisley dans le rôle d’un orphelin yougoslave qui hérite de son père adoptif un empire de 10 milliards de dollars. Tomer Sisley est venu présenter ce film à l’occasion du dernier Festival du cinéma et musique de film de La Baule. La Baule+ : À travers votre parcours, mais aussi votre histoire personnelle, vous avez une vision très large du monde puisque vous êtes issu de plusieurs cultures. Qu’est-ce que cela vous apporte dans votre métier ? Tomer Sisley : C’est vrai. Je suis né à Berlin, de parents israéliens, de grands-parents biélorusses, lituaniens et yéménites. Je suis arrivé en France à 9 ans et j’ai intégré une école américaine à 11 ans. Effectivement, quand on est enfant, on se demande à quelle communauté on appartient. Quelles sont mes racines ? On peut passer pas mal de temps à être déstabilisé par tout cela. Mais, avec le temps, j’ai fini par comprendre que mes racines, c’était finalement moi. C’est là où je passe ma vie. Il se trouve que je suis en France et ma patrie c’est cou ou Istanbul, c’est un peu déjà dans votre ADN… Effectivement, j’ai beaucoup de points communs avec le rôle de Largo Winch. C’est peut-être aussi pour cela que j’ai été choisi pour l’interpréter. Il y a cette notion de déracinement. Mais je suis un peu seul partout, parce que l’on est aussi un étranger un peu partout. Comment l’aventure Largo Winch est-elle née au cinéma ? Au tout début, il y avait les romans de Jean Van Hamme, qui ont ensuite été adaptés en bandes dessinées, et ils ont vraiment obtenu beaucoup de succès. Il y a eu ensuite une série franco-italienne. La productrice Nathalie Gastaldo a eu l’heureuse idée d’acheter les droits pour en faire un long-métrage. On a vraiment adoré faire cela en 2008. Puis on a décidé de partir sur un deuxième film en 2010. J’étais un jeune acteur à l’époque, avec un CV moins consistant, et j’avais peur d’être trop catalogué dans ce rôle : mon métier, c’est de jouer tous les rôles, ce n’est pas d’être cantonné dans le rôle de Largo. Toutefois, 10 ans plus tard, un journaliste m’a demandé s’il y aurait un éventuel Largo 3 et j’ai répondu que c’était une perspective qui me plairait. Les producteurs sont tombés sur cette interview et on a décidé de relancer la machine. Largo fait encore partie de ces héros qui nous font rêver : tout lui réussit, il est fortuné, il gagne tout le temps et, en plus, il a un bon fond… C’est un chouette gars. Il hérite de tout un empire malgré lui. À la base, il ne veut pas de cet argent. C’est un aventurier dans l’âme qui veut profiter de l’aventure, de la mer et de l’Amazonie. Mais il est régulièrement ramené dans sa réalité par ses devoirs de chef d’entreprise. Il se rend compte que chaque fois qu’il laisse la main à quelqu’un d’autre, il se retrouve avec des consortiums qui peuvent faire beaucoup de mal. Donc, il doit toujours être aux commandes de ses entreprises. Cela montre aussi que le cinéma français peut sortir des grands films qui rivalisent avec Hollywood… C’est vrai, on sait le faire. Nous n’avons absolument pas à rougir devant les grands succès américains. D’ailleurs, les Américains nous envient certains de nos films d’action. Ma vie est en France, mes enfants sont en France Envisagez-vous d’aller à Hollywood ? Non, ma vie est en France, mes enfants sont en France, je n’ai pas envie d’aller habiter là-bas. Évidemment, j’ai envie de travailler avec de grands artistes américains, mais j’ai besoin que le gros de ma vie reste en France. Du moins tant que mes enfants sont encore à l’école. Aimeriez-vous remonter sur scène ? Je ne sais pas. Cela fait quand même 16 ans maintenant que j’ai quitté la scène. J’ai vraiment eu beaucoup de plaisir à faire cela. Je pense qu’il ne faut pas dire « fontaine je ne boirai plus jamais de ton eau », mais ce ne sera pas dans un avenir proche. J’adore être là où l’on ne m’attend pas. J’adore relever des défis et, quand les choses sont trop simples, cela m’ennuie très rapidement. Donc, j’aime bien les prises de risque. Le oneman-show, c’est finalement un travail d’observation car j’ai toujours été quelqu’un de curieux. Je m’intéresse à tout, essentiellement aux êtres humains. Propos recueillis par Yannick Urrien. la France… Pensez-vous en français ? Je ne pense pas dans une langue. Jusqu’à mes 9 ans, la langue que je parlais le plus, c’était l’allemand. On parlait hébreu à la maison, ensuite c’était le français, puis à l’école c’était l’anglais… En fonction des langues que l’on parle, on réfléchit différemment, parce que les phrases ne sont pas construites de la même manière. C’est une gymnastique d’esprit que de réfléchir un peu différemment. Donc, je ne réfléchis pas dans une langue. En fait, lorsque vous interprétez ce rôle de fils de milliardaire qui voyage dans le monde entier, aussi à l’aise à Paris, New York, Mos-
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