la baule+ 10 | Mars 2024 Jean Boyé : « Que vienne quelqu’un et un parti qui puissent remettre les choses sur pied, sinon nous irons à la catastrophe ou au chaos. » Le nom des Boyé est connu de tous les Baulois. Jean Boyé a été professeur de français et de latin au ycée Grand Air. Il a formé plusieurs générations de Baulois. Anne Boyé, professeur de mathématiques, a également été très appréciée et respectée. Ce couple a même suscité l’admiration des élèves. Par ailleurs, le nom des Boyé est aussi celui qui bat des records de présence au Conseil municipal depuis Olivier Guichard. Jean a longtemps été le responsable de l’opposition socialiste et c’est aujourd’hui Anne qui incarne l’opposition à la majorité municipale. Les Baulois disent à son sujet : « C’est une opposante écoutée et respectée. » Jean Boyé nous a reçus, à son domicile, pour évoquer quelques souvenirs et aussi nous livrer son opinion sur l’actualité. Histoire ► Militant de gauche et respecté à La Baule La Baule+ : Vous avez été longtemps le chef de l’opposition municipale à La Baule... Jean Boyé : Je n’aime pas le mot chef ! C’est collectif, les décisions se prennent collectivement. Alors, tête de liste ? Soit ! Le nom des Boyé, avec Anne et vous, détient un record de présence au Conseil municipal de La Baule... Pratiquement, j’ai fait quatre mandats et ma femme en est à son troisième : donc, cela fait au moins 36 ans. Comment êtes-vous arrivé à La Baule ? Tout à fait par hasard ! J’ai effectué mon service militaire à Libreville au Gabon. À la fin de celui-ci, j’ai postulé pour revenir en France. Mais comme mes parents étaient descendus dans le Midi, j’ai demandé les académies situées sur la Loire. J’ai été nommé à La Baule, j’avais alors 26 ans. Étiez-vous déjà en couple avec Anne ? Non, nous nous sommes rencontrés au Lycée de La Baule. Je croyais que c’était une ville réservée à la haute société La Baule a donc changé votre vie... Totalement. J’étais venu avec l’intention de repartir aussi vite que j’étais arrivé et j’avais une image largement fausse de La Baule. Je croyais que c’était une ville réservée à la haute société. À mon premier passage, un passage éclair au Lycée vers la mi-août, je suis passé par Escoublac, et je suis reparti par le cimetière direction Guérande. J’ai manqué le bord de mer et j’ai vu en nombre des maisons ordinaires, le contraire de mon idée toute faite sur La Baule. Et, dès ma prise de poste, j’ai vite constaté que j’avais aussi des élèves des milieux populaires, donc des élèves de tous les milieux. C’était une chance inouïe. Le rôle de l’enseignant est de permettre à chacun de grandir dans la société, c’est le mérite républicain... Absolument, c’était mon idéal. Comment avez-vous rencontré Anne ? Elle est arrivée un an après moi au Lycée et elle non plus ne voulait pas rester à La Baule. Nous nous sommes plu et nous nous sommes mariés à la fin de l’année scolaire, début juillet. Hasard inattendu, mais heureux ! Étiez-vous déjà politisé ? Oui ! J’ai adhéré à 16 ans à la SFIO, donc en 1960, et j’ai fait Mai 68. Mais vous n’étiez pas dans le camp des jeunes bourgeois libéraux qui ont fait Mai 68 ! La chose est bienplus compliquée. Nous étions de tous les milieux. À Lille, il n’y a eu ni barricades ni affrontements, et ce pour une raison bien précise. À la fac, nous étions plusieurs à être membres de la SFIO. Nous sommes allés voir les caciques du parti à Lille et ils nous ont dit : « Faites comme vous le sentez, nous ne vous connaissons plus.» Avec d’autres étudiants, membres de partis ou non, mais sans trotskistes ou maos, nous avons bloqué la fac de lettres, ni entrées ni sorties, et ainsi nous avons vite obtenu que la fac soit gérée en cogestion par des représentants élus des enseignants et par des représentants élus des étudiants. Cela a fonctionné quelques mois et puis tout est rentré dans l’ordre ancien, ou presque... J’évoquais les jeunes bourgeois de la rue Gay-Lussac... Lille était une ville où la richesse ne s’étalait pas. Quels sont les fondements de votre engagement politique ? La République, un régime politique où tous les gens puissent vivre dignement, et donc être heureux. Évidemment, la démocratie, où le vote de chacun doit compter, est une chose capitale. Ce n’est pas une évidence partout. C’est encore une évidence chez nous, mais malheureusement il y a en France des gens qui souhaitent que ce ne soit plus une évidence. Mon attitude a beaucoup évolué avec le temps à l’égard du général de Gaulle Dans la politique menée par le général de Gaulle, il y avait aussi une volonté que les Français vivent heureux et dignement... Mon attitude a beaucoup évolué avec le temps à l’égard du général de Gaulle. Quand il était au pouvoir, j’étais assez contre. C’est moins le cas maintenant. Mais il incarnait aussi une France vraiment archaïque sur le plan moral : ni pilule, ni IVG, la femme minorée, les regards torves sur l’homosexualité, les filles-mères, etc. Bref, Tante Yvonne ! Comment est né votre engagement à La Baule ? Par hasard. Là aussi, nous étions quelques Baulois à la section de Saint-Nazaire, mais les réunions y étaient si
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