la baule+ 6 | Octobre 2024 La Baule+ : Vous nous répétez depuis des années que la crise de la dette sera de plus en plus insurmontable. Beaucoup ont ricané, or maintenant tout le monde reconnaît que nous sommes à l’aube du chaos… Marc Touati : C’est ce qui m’attriste vraiment. J’ai prévenu, non pas pour faire peur, mais parce que je voyais bien tous ces dangers. Cela aurait dû exploser depuis bien longtemps. Mais il y a eu le coronavirus, puis la planche à billets de la Banque centrale européenne, et tout cela a contribué à masquer la réalité. Plus l’État s’endettait, plus les taux d’intérêt baissaient, puisque c’est la BCE qui achetait la dette. Tout cela est terminé, la dette est en train d’exploser et rien n’est fait pour la limiter. Le déficit est devenu incontrôlable. Bruno Le Maire a annoncé un dérapage des comptes publics, alors que c’est quand même lui qui est le gardien des comptes ! C’est un vrai problème. Cela fait huit mois que j’annonce qu’il y aura un déficit public cette année, de l’ordre de 6 %. Je ne suis pas devin, c’est de la logique et du bon sens. Ce qui est dramatique, c’est que l’on fait semblant de le découvrir, car on a été dans le déni de réalité pendant des années. Cela me fait penser à la Grèce. N’oubliez pas ce qui a déclenché la crise grecque. Papandréou avait dit que les caisses n’étaient pas vides et qu’il fallait continuer d’augmenter la dépense publique. C’est ce qui s’est produit dans notre pays en 2024. Ensuite, en quelques jours, le gouvernement a annoncé un creusement des déficits. Il parlait de 6 %, mais en réalité c’était 10 %. Pour 2026, en France, le gouvernement prévoit un déficit public de 3,9 % du PIB et, selon la direction du Trésor, nous serons à 6,7%. C’est complètement fou ! Pour l’instant, on résiste sur les marchés, on se dit que l’on va éviter le pire, on pense qu’il va y avoir un miracle et que l’Allemagne va accepter de faire encore fonctionner la planche à billets. Malheureusement, nous sommes à la veille d’une crise de la dette publique et même d’une crise de la zone euro. Mais peutêtre faut-il que cela nous arrive… Certes, mais il n’y aura pas de mobilisation pour seretrousser lesmanches, car les gens s’en moquent tant qu’ils ne sont pas impactés directement… Économie ► La situation économique de la France se rapproche de celle de la Grèce Marc Touati : « On va devoir passer par la case catastrophe. » Selon des documents budgétaires en provenance de Bercy, le déficit pourrait atteindre 5,6 % du PIB en 2024, contre les 5,1 % visés par l’ancien gouvernement. L’économiste Marc Touati, président du cabinet ACDEFI et auteur de plusieurs best-sellers économiques, analyse la situation. Les gens ne se rendent pas compte qu’ils sont déjà impactés ! Les taux d’intérêt ont augmenté et cela va continuer. Cela veut dire moins de crédits à la consommation et moins de crédits à l’investissement, avec une activité en berne et le chômage qui augmente. On a eu les JO, on a été un peu anesthésié, mais la situation économique est très difficile. Nous atteignons des records historiques de faillites et le chômage augmente. Il y a aussi l’enjeu des impôts. On nous avait promis une baisse de la fiscalité, or les impôts continuent d’augmenter. Donc, peu importe le gouvernement, il aura forcément envie de puiser un peu dans l’épargne en augmentant la taxation sur l’épargne et c’est extrêmement dangereux. Malheureusement, nous avons une culture économique très faible, politisée à l’excès, donc les Français ne sont pas préparés à ce qui est en train de se passer puisqu’ils ont été élevés dans le déni de réalité. On explique que l’État est là et que l’État payera : mais l’État c’est nous et nos impôts ! Si, demain, il y a une augmentation des impôts, avec un chômage qui augmente fortement, peutêtre que les Français comprendront la gravité de la situation. Un jour, on ne pourra plus payer les fonctionnaires et il faudra baisser les retraites Il y a quand même 60 % de nos concitoyens qui pensent ne pas payer d’impôts… C’est vrai, seulement 40 % des Français payent l’impôt sur le revenu, mais nous payons tous des impôts, notamment à travers la TVA et la CSG. Je rappelle que la CSG avait été créée en 1991 par Michel Rocard, qui avait dit que c’était une petite cotisation de 0,5 % pour combler le trou de la Sécurité sociale... Aujourd’hui, nous en sommes à 17 % de CSG, donc c’est du temporaire qui dure. Aujourd’hui, il faut réduire les impôts, réduire la CSG, réduire les impôts sur les entreprises, c’est inévitable pour relancer la croissance. Dans le même temps, il faut baisser la dépense publique et il y a une grande tromperie sur la marchandise. On nous explique que cela toucherait le social, mais le social représente 33 % de la dépense publique. Quand on voit le deuxième poste, ce sont les dépenses de fonctionnement qui représentent 32% des dépenses publiques. C’est l’État qui augmente le plus les dépenses de fonctionnement et nous sommes numéro un mondial dans ce domaine. Malheureusement, il n’y a aucun avantage à tout cela, puisque les services publics se dégradent. Il y a cette dépense qui augmente, cette dette qui augmente, et les services publics se dégradent. Il faut donc repenser complètement la dépense publique. Il faut avoir une vraie refonte du système public français si on veut le sauver. Sinon, un jour, on ne pourra plus payer les fonctionnaires et il faudra baisser les retraites. La France est un grand pays, elle redémarrera toujours D’abord, vous constatez que nous sommes dans un pays où les gens sont incultes, déresponsabilisés et biberonnés par l’État depuis des décennies. Ensuite, vous formulez l’espoir que l’on puisse redresser la barre avec des gens de bonne volonté, comme cela a pu se faire en Allemagne et dans d’autres pays. Ces deux aspects ne sont-ils pas contradictoires ? C’est vrai, jusqu’à présent j’avais un espoir. Mais, depuis quelques mois, je commence à m’inquiéter davantage en me disant que l’on n’y arrivera pas. Malheureusement, on va devoir passer par la case catastrophe, à savoir la case grecque, tout en sachant qu’ils ont énormément souffert. Aujourd’hui encore, la richesse des Grecs est inférieure de 22 % à celle de 2008. Il faudra des années pour s’en sortir. On arrive au bout du système, la corde ne tient plus qu’à un fil et, si le fil casse, cela va faire très mal. J’ai eu un déclic lors des dernières élections législatives, déjà, par la décision de dissolution. Mais ce qui m’a le plus choqué, c’est lorsque j’ai vu les députés de Renaissance, d’Édouard Philippe ou Xavier Bertrand appeler à voter pour l’extrême gauche ! Ces gens-là ont quand même appelé à voter pour des fichés S ! L’Assemblée nationale est tombée bien bas. Mais j’ai envie de dire à tous ces gens de Renaissance que ce sont eux qui ont élu ces députés LFI! Cette Assemblée nationale est dramatique et elle est le reflet des erreurs de nos dirigeants. Si j’avais été à la place d’Emmanuel Macron, j’aurais nommé l’extrême gauche au pouvoir pour que l’on se rende réellement compte de la catastrophe, avec des taux à 10 % et l’effondrement de la France. Aujourd’hui, les fausses idées continuent de passer, ce sont les idées de l’URSS, donc on a déjà essayé et
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