La Baule+

la baule+ 18 | Décembre 2025 HUMEUR > Le billet de Dominique Labarrière Encore raté ? Si nous nous prenions à espérer qu’une éventuelle restauration d’un quelconque Service national pourrait avoir pour finalité de fédérer les sensibilités multiples de notre société et singulièrement de sa jeunesse autour des grands principes et des rites qui sont le ferment de notre Nation, nous en sommes pour nos frais. Le Service national est effectivement appelé à renaître de ses cendres, mais - parole de Chef d’État et accessoirement Chef des armées - celui-ci sera « purement militaire ». En clair, il s’agirait de doter le pays d’une forme d’armée capable de défendre la patrie face à l’Attila moscovite qui, après avoir pataugé trois grandes années aux marches de l’Ukraine et s’y être positivement embourbé, fondrait tel l’aigle royal en trois ou quatre coups d’aile sur les plaines de Beauce et les riants reliefs du Bas Quercy. On tremble. Il y a de quoi, puisque, dixit le galonné en chef des chefs militaires, il ne serait pas totalement inopportun de nous préparer à devoir porter en terre certains de nos enfants, tombés dans un champ d’honneur dont, au demeurant, le périmètre reste à déterminer. Voilà le genre de propos d’une gravité qui aurait mérité qu’ils fussent prononcés dans le cadre solennel du parlement et non lors d’une animation du congrès des maires, manifestation certes estimable, mais dont la légitimité institutionnelle doit se situer à peu près à mi-chemin entre celles du comice agricole et des regrettés banquets républicains de la IIIème République. Le genre de propos, ajouterai-je, bien de nature, en ces temps de grisaille morale et mentale, à stimuler les énergies, doper les optimismes, revigorer l’esprit d’entreprise, donner envie d’avoir envie, comme chantait notre bon vieux Johnny. J’ai entendu dire pour la défense de l’intéressé qu’il fallait inscrire sa mise en garde dans la lignée de la courageuse lucidité d’un Churchill ne promettant au peuple anglais que de la sueur, du sang et des larmes. À quoi je me permettrai d’objecter deux choses : la première est que, pour un Anglais, tant qu’on n’envisage pas de saborder la cérémonie du thé de cinq heures, rien ne saurait le troubler. Ensuite, lorsque sir Winston s’exprime ainsi, c’est devant le Parlement de sa gracieuse majesté qu’il le fait, en mai 1940, alors que l’ogre nazi a déjà croqué quelque chose comme la moitié de l’Europe, notre hexagone compris. Ce qui ne me semble pas être notre situation, du moins à l’heure où ces lignes sont écrites. Mais, après tout, il se pourrait que la menace poutinienne soit non seulement bien réelle mais imminente, ce qui, du moins dans la conception élyséenne des choses, justifierait la mâle initiative évoquée ici. Un service national d’une durée de dix mois, ouvert sur la base du volontariat aux jeunes gens des deux sexes de 18 à 25 ans, restons-en à deux sexes afin de ne pas trop compliquer l’affaire. Service donc « purement militaire », redisons-le, et rémunéré environ 800 euros par mois. Début des opérations, dès le printemps prochain. Coût estimé : quelque chose comme deux milliards trois cents millions. Pourquoi pas? Ce n’est pas comme si nous croulions sous le poids, non point du paquetage du fantassin en fin de marche de nuit, mais de la dette. Allons-y gaiement. À terme, horizon 2030, cinquante mille recrues. On ne s’arrêtera pas aux broutilles logistiques du logement, de l’encadrement, du détail du programme, de l’armement mis à la disposition de cette belle et ardente jeunesse, de la prise en compte des tabous alimentaires, confessionnels ou autres à l’heure du rata, etc, etc. Laissons-cela. Ce n’est manifestement pas la préoccupation du moment du côté de l’Élysée. Il est vrai que le chef des chefs étant quant à lui à quelques mois de la quille, il a plutôt beau jeu de laisser à d’autres le soin de se débrouiller avec ces bagatelles. Désireux, en bon citoyen que je suis, d’apporter ma contribution, je me permettrai de suggérer un aménagement tout bête. Puisque ce service est ouvert aux deux sexes, veillons donc à ce que les chambrées soient mixtes. Il se trouve, en effet, que le pays aurait à faire face à une dénatalité préoccupante. Le service trouverait donc là une forme d’utilité patriotique. Au moins, pourrait-on compter sur celle-là. Car sur le plan de l’efficacité opérationnelle, il n’est pas exclu que le dispositif ne s’avère guère plus performant que, en son temps, notre ligne Maginot de si désopilante mémoire. Nous avions, paraît-il, en la concevant et en la bâtissant, une bonne guerre de retard. Or, à l’heure où (le conflit russo-ukrainien nous en administre la preuve chaque jour davantage) le drone et autres drôleries du même tonneau remplacent si avantageusement le fantassin sus-évoqué, il n’est pas interdit de se demander si nous ne risquons pas de nous trouver exposés une nouvelle fois, tôt ou tard, au syndrome si comique du train raté. Encore raté. L’Assoc iat ion du patrimoine de La Baule, présidée par Caroline Glon, organise un concert du Trio Pêr-Vari Kervarec le 26 décembre à 17 h, à l’église de Batz-surMer. Participation Le Trio Pêr-Vari Kervarec en concert à Batz-sur-Mer le 26 décembre au chapeau. Scène montante de la musique traditionnelle bretonne, le trio attire désormais un large public et remplit régulièrement églises et cathédrales. Il vient tout juste d’enregistrer son nouvel album, PELLGENT, un opus inspiré des traditions et croyances populaires autour de Noël. Le groupe y explore cette ambiance particulière des veillées d’autrefois, lorsque les paysans se retrouvaient pour la messe de minuit. Formé de Pêr-Vari Kervarec, Brieuc Colléter et Tony Dudognon, le trio s’est imposé en quelques années par une musique à la fois profonde et lumineuse. Après deux albums remarqués consacrés à la spiritualité populaire et aux chemins bretons, PELLGENT marque un retour à l’essentiel, mêlant mémoire, émotion et atmosphère sacrée. Un rendez-vous musical rare, porté par une acoustique qui promet de révéler toute la richesse de ce trio exceptionnel.

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