La Baule+

la baule+ Janvier 2025 | 15 Humeur ► Le billet de Dominique Labarrière Les ministres et leur pot de chambre Il existe un programme de divertissement télévisé dont le titre est « La France a un incroyable talent ». Cette émission est visible sur la chaîne M 6. On y voit toutes sortes de bizarreries, de performances parfois sidérantes, le plus souvent très inattendues, toujours impressionnantes. Cependant, à ces talents fort variés, il convient d’en porter un autre au crédit de notre beau pays de France. Il s’agit de quelque chose qui pourrait être la maîtrise presque parfaite de l’obsolescence gouvernementale programmée. En clair, un gouvernement à la rentrée scolaire, un autre au solstice d’hiver, et peutêtre un troisième au carillon de Pâques. En ne désespérant pas d’en voir éclore un nouveau au bel été, consécutivement à l’une de ces si divertissantes dissolutions de l’Assemblée nationale dont nous sommes à présent apparemment fort friands. Nouvelle équipe gouvernementale, donc, avec, à chaque fois, une bonne dose de recyclage de nombre d’abonnés du sérail ayant tellement bien réussi précédemment dans les mêmes fonctions qu’on ne peut manquer de se demander comment ils pourraient faire beaucoup mieux à présent. Le principe en soi est des plus intéressants : confier la bonne marche de la machine de préférence à ceux qui se sont particulièrement illustrés dans l’art de la mettre en panne. Il est vrai que, grâce à ce procédé, on épargne au bon peuple - nous autres en la circonstance - le traumatisme de la surprise, de l’innovation. Au moins on connaît leur bouille, parfois même leur nom et surtout on sait par cœur leur baratin, le blabla convenu, toujours le même, pontifiant et faussement rassurant. Là, on ne peut s’interdire de penser au mot plaisant de Chamfort : « De mille traits que j’ai entendu raconter, je conclurai que si les singes avaient le talent des perroquets, on en ferait volontiers des ministres. » Conséquence apaisante de ce ronron bien huilé, nous nous trouvons par le fait même mis à l’abri de toute confrontation avec quoi que ce soit de foudroyant, d’inédit. Car, contrairement à ceux de ce monde-là, parfois si éloigné du nôtre, nous connaissons nous autres quasiment d’instinct le fameux théorème pondu par le génial Albert Einstein : « La folie c’est de procéder de la même manière et de s’attendre à un résultat différent. » Apparemment, cette vérité d’évidence n’effleure pas les sommités élyséennes, descendues très bas, il est vrai ces temps-ci sur les pentes de l’Olympe. Je veux dire dans les sondages. Elles eurent leur soleil d’Austerlitz dans les heures fastes de 2017, elles se traînent cet hiver-ci dans les brumes de la morne plaine de Waterloo. Quant à nous, citoyens de France, il nous faut faire avec, semble-t-il. Jusqu’à quand ? Telle est la question. D’aucuns, tant sur le flanc gauche que sur le flanc droit piaffent d’impatience, rêvent d’un hallali avant terme, s’y voient déjà. Ambiance ! Au centre aussi, certains rongent leur frein. Prêts à beaucoup de choses pour se hisser au plus haut, trahir étant la moindre. Talleyrand, dont le cynisme lucide ne peut pas faire de mal en de telles circonstances, aimait à dire, esquissant probablement un grinçant sourire : « Si les gens savaient par quels petits hommes ils sont gouvernés, ils se révolteraient vite. » Or, le plus étrange est que, bien que nous ne nous fassions guère d’illusion sur la qualité de ceux qui sont aux commandes, nous ne nous révoltons pas. Mais là encore : la question n’estelle pas : Jusqu’à quand ? Sombre perspective. Il vaudrait mieux s’abstenir, me semble-t-il. La violence n’est d’aucun secours face à la médiocrité. Elle n’est qu’une médiocrité de plus. Alors, je pense qu’il serait préférable de s’inspirer de ce trait que nous rapporte le duc de Saint-Simon dans ses mémoires : « Le vieux maréchal de Villeroy, grand routier de cour, disait plaisamment qu’il fallait tenir le pot de chambre aux ministres tant qu’ils étaient en puissance et le leur renverser sur la tête sitôt qu’on s’apercevait que le pied commençait à leur glisser. » Lectrices, lecteurs, je laisse à chacun d’entre vous de choisir vos têtes. Sans oublier avant cela, bien sûr, de vous souhaiter une époustouflante année 2025.

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