la baule+ 6 | Mars 2025 Géopolitique ► Comprendre les dessous de la guerre en Ukraine Jacques Hogard : « Le vrai responsable de la guerre, ce n’est pas celui qui la déclenche, mais celui qui l’a préparée, voulue et provoquée. » Le nouveau discours officiel n’est plus le même que celui qui était tenu depuis le début de la guerre en Ukraine. Ce revirement est-il lié à l’élection de Donald Trump ? Emmanuel Macron a reconnu le 24 février dernier à la Maison Blanche que les problèmes existaient bien avant le déclenchement du conflit et il a rappelé que les accords de Minsk n’ont pas été respectés. Ces propos ont évidemment dérouté ceux qui n’ont pas eu le temps ou la volonté de creuser ce dossier. Nous avons demandé au colonel Jacques Hogard de revenir sur cette affaire. Jacques Hogard est un ancien parachutiste de la Légion étrangère. Il est aujourd’hui président de sociétés de conseil pour le développement à l’international. Jacques Hogard est officier de la Légion d’honneur, titulaire de la croix de guerre des TOE et de la croix de la valeur militaire. Notons qu’il a toujours baigné dans l’univers de la défense et de la géopolitique. Il est le fils du général Jacques Hogard, officier d’infanterie de marine, combattant de la Seconde Guerre mondiale et des guerres d’Indochine et d’Algérie, lui-même fils du général ÉmileLouis Hogard (1894-1990), officier de l’armée d’Afrique, proche collaborateur du maréchal Lyautey au Maroc et commandant les goumiers marocains (1944-45). Il est aussi le neveu du général Pierre de Bénouville, héros de la Résistance et Compagnon de la Libération. Son frère, le général d’armée Jean-François Hogard, a été directeur de la DRSD entre 2014 et 2018. « La guerre en Ukraine : regard critique sur les causes d’une tragédie » de Jacques Hogard est publié chez Hugo Doc. La Baule+ : Vous avez une culture historique, géopolitique et militaire, ce qui est aussi lié à votre environnement familial. Cela vous confère-t-il une approche différente dans l’analyse des conflits ? Jacques Hogard : J’ai baigné dedans. Mes grands-parents ont beaucoup compté pour moi. Je n’ai pas connu mon grand-père maternel qui avait fait la Première Guerre, mais j’ai connu mes autres grands-parents. Ils m’ont beaucoup parlé de 1418, des campagnes au Maroc, et mon père m’a souvent parlé de la Deuxième Guerre mondiale, de l’Indochine et de l’Algérie, toujours avec un regard géopolitique. J’ai toujours été assez prudent dans les approches que je pouvais avoir des conflits en cours. Ma première révélation, c’était le Rwanda, en 1994, et la deuxième c’était le Kosovo en 1999. C’est ce qui a fait que je me suis intéressé au dessous des cartes. On voit toujours monter les velléités de guerre Cette introduction était importante car elle permet de comprendre, lorsque l’on s’intéresse à ces conflits, qu’il s’agit très rarement d’un fou qui se réveillerait un matin en décidant d’attaquer son voisin sans raison. C’est un peu comme le surveillant dans une cour de récréation devant deux élèves qui se battent : il y a souvent un historique et il est très compliqué de dérouler cette pelote de laine… Vous avez raison. Frédéric II de Prusse avait dit que le vrai responsable de la guerre, ce n’est pas celui qui la déclenche, mais celui qui l’a préparée, voulue et provoquée. Cette formule est très importante, parce qu’elle éclaire pratiquement tous les conflits de manière fine et précise. Vous savez, on voit toujours monter les velléités de guerre. Lors de la Première Guerre mondiale, il y avait un certain nombre de tensions, comme l’assassinat de l’Archiduc à Sarajevo par Gavrilo Princip. C’est dramatique, parce que c’est une civilisation qui a commencé à s’autodétruire. Les vieilles nations européennes de culture chrétienne ont commencé à se livrer une guerre atroce, qui s’est étendue au monde entier, et c’est la première raison du déclin du continent européen. Pour la Deuxième Guerre mondiale, quand le traité de Versailles a été signé en 1919, le Maréchal Foch avait dit que c’était une trêve de vingt ans. Il avait raison. En 1939, la guerre a éclaté, mais on la voyait venir depuis 1934. À chaque fois, des signaux nous permettent de dire qu’il va y avoir une situation de conflit. On peut parler de l’Ukraine, on voyait venir cette guerre depuis la fin de l’Union soviétique. Aujourd’hui, il y a de nombreuses révélations à la faveur du changement d’administration aux États-Unis. Ce n’est pas fini, mais on voit bien que dès la chute de l’Union soviétique, la puissance américaine, inspirée par Brzezinski, voulait détacher l’Europe de la Russie pour affaiblir les deux camps. Maïdan était un putsch contre le gouvernement élu de l’Ukraine En 2004, il y a eu une révolution orange qui n’a pas vraiment réussi en Ukraine. On sait maintenant qu’elle a été financée par l’USAID, que vient de démanteler Elon Musk aux États-Unis. Dix ans plus tard, on sait
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