la baule+ 8 | Mars 2025 Je suis d’accord. On peut remercier le général de Gaulle qui nous a débarrassés des projets de mise sous tutelle de la France par l’administration américaine, notamment le plan Marshall et l’OTAN. L’OTAN est une création face au danger de l’Union soviétique de l’époque, mais l’OTAN est restée le bras armé des intérêts américains. On voit maintenant l’OTAN sortir de sa zone d’Atlantique Nord pour aller jusqu’en Afghanistan ou en région Indo-Pacifique, ce qui est étonnant. Cela va bouger avec cette révolution incroyable qui est en train de se passer aux États-Unis. Tout ne sera pas parfait et profitable pour nous, Européens, mais cela va permettre de libérer un certain nombre de vérités qui étaient demeurées enfouies. François Hollande et Angéla Merkel ont reconnu publiquement que les accords de Minsk étaient une sorte de leurre Revenons au conflit qui nous occupe. Lors de la rencontre entre Emmanuel Macron et Donald Trump à la Maison Blanche le 24 février dernier, le président de la République a dit qu’il était temps de le résoudre, en rappelant que les accords de Minsk n’ont pas été respectés. N’est-ce pas une phrase très importante, qui contredit le discours général sur le fait que tout cela aurait été déclenché un beau matin sans raison ? Certes, la Russie est l’agresseur, le président Macron continue de le souligner, contrairement au président Trump, mais, pour la première fois, Emmanuel Macron est aussi revenu sur le fond de ce conflit… Emmanuel Macron progresse. C’est certain, évidemment, il le savait. Je rappelle que François Hollande et Angéla Merkel ont reconnu publiquement que les accords de Minsk étaient une sorte de leurre pour gagner du temps et permettre la montée en puissance de l’armée ukrainienne pour régler la question du Donbass. Il s’agit de cette partie Est de l’Ukraine où, pendant pratiquement une dizaine d’années, l’aviation ukrainienne a bombardé des Ukrainiens qui avaient le tort d’être russophones et orthodoxes. Monsieur Macron sait aussi très bien que tous les dirigeants russes, depuis Gorbatchev, ont cru à un moment donné l’ouverture possible à l’Ouest. Ils ont tous demandé leur rattachement à la maison commune, c’est-àdire l’Union européenne, et Vladimir Poutine a même demandé l’ouverture de l’OTAN à la Russie. Tout cela a été repoussé avec mépris. Finalement, après de nombreux épisodes, Poutine s’est dit qu’il n’avait rien à faire avec les Occidentaux qui ne veulent plus des Russes. Donc, il s’est occupé de protéger ses ressortissants russophones et orthodoxes de l’Est de l’Ukraine, qui était martyrisés et humiliés, tout en protégeant ses propres intérêts, car l’OTAN se rapprochait très près de ses frontières. Tout cela est parfaitement connu. J’ai beaucoup de famille dans l’armée française, à des postes de responsabilités élevées, et j’ai beaucoup d’informations qui ne datent pas d’hier. À l’Ouest, les politiques ont fermé les yeux, il fallait que les accords de Minsk échouent. Cela faisait déjà une semaine que l’artillerie ukrainienne montait en puissance en bombardant le Donbass Quand la guerre a démarré, le 24 février 2022, cela faisait déjà une semaine que l’artillerie ukrainienne montait en puissance en bombardant le Donbass. Tout cela se tient. Il y avait une volonté ancienne de déclarer la guerre à la Russie. Il faut aussi rappeler qu’en mars 2022, un mois après le début de la guerre, les accords d’Istanbul ont abouti à un projet de paix. Le patron de la délégation ukrainienne à Istanbul, un très proche collaborateur de Zelinski, est rentré très content à Kiev en disant que la paix était signée. C’est Boris Johnson, Premier ministre du Royaume-Uni, qui a torpillé cet accord de paix en se rendant spécialement à Kiev pour dire à Zelenski qu’il ne devait pas signer cet accord et que le RoyaumeUni et les États-Unis soutiendraient l’Ukraine jusqu’à la victoire finale. Cela ne me fait pas plaisir, parce que je suis Français et j’aime mon pays, mais je dois bien reconnaître que la responsabilité des Occidentaux est écrasante. On a aussi précipité la Russie dans les bras de la Chine et de ses alliés comme la Corée du Nord ou l’Iran Pourtant, pendant toute cette période, la Russie s’est rapprochée de gens peu fréquentables, notamment l’Iran et la Corée du Nord… Il faut bien avoir des alliés et c’est ce qui a fait émerger les BRICS, avec la Russie, la Chine, l’Iran, le Brésil et l’Afrique du Sud. Dans cette stratégie américaine visant à couper la Russie de l’Europe de l’Ouest, je constate que cette politique a permis de renvoyer la Russie dans ses buts, mais on a aussi Entretien exclusif avec le colonel Jacques Hogard : « Trump veut aussi réamarrer la Russie au clan occidental.» précipité la Russie dans les bras de la Chine et de ses alliés comme la Corée du Nord ou l’Iran. C’était parfaitement évitable, car Poutine ne demandait qu’une chose, intégrer l’Union européenne, voire l’OTAN. Et il a toujours été débouté avec mépris. Les Français doivent savoir cela. C’est écrit dans une multitude d’ouvrages, un certain nombre de gens savants le savent très bien et les politiques le savent, tout en faisant semblant de l’ignorer. Les grands médias sont amorphes face à ces questions et ils débitent un discours appris, mais faux. Trump veut aussi réamarrer la Russie au clan occidental. Les Chinois regardent cela avec inquiétude. Donald Trump vient de rappeler qu’il y a eu des élections en mars 2024 en Russie, mais qu’elles ont été annulées en Ukraine. À Moscou, ce qui est surprenant, en discutant avec des Russes, c’est de découvrir que certains commencent à penser que Poutine est trop mou… Donald Trump doit très bien savoir que le risque de durcissement de l’opinion publique russe n’est pas à écarter... Je connais bien la Russie, vous avez raison, vous touchez du doigt quelque chose de très important. Les gens ont l’impression d’un retournement d’alliance et que Trump devient l’ami de Poutine en ignorant l’Europe. Mais en faisant cela, il sait très bien ce qu’il fait. Son objectif est de faire la paix, en rétablissant tous les circuits commerciaux et industriels, mais il veut aussi réamarrer la Russie au clan occidental. Les Chinois regardent cela avec inquiétude. Cette alliance entre les Russes et les Chinois est plutôt étonnante, car ils n’ont jamais été amis dans l’histoire. Aujourd’hui, ils ont des intérêts communs exacerbés par la politique de Joe Biden, mais aussi de l’Union européenne. Je suis choqué par cette ignorance des opinions publiques Regardez l’entêtement de Madame von der Leyen visà-vis du problème ukrainien, dont je rappelle que c’est une fonctionnaire allemande non élue, qui s’arroge des responsabilités politiques qui ne sont pas les siennes. Elle veut donner 3,5 milliards à l’Ukraine. Pourquoi faire ? Il y a des centaines de milliers de morts et le pays est exsangue. Je suis choqué par cette ignorance des opinions publiques avec, à notre tête, des gens qui, soit manquent de culture générale, soit ont des intérêts plus particuliers qui mériteraient d’être mis sous la lumière. Il faut inciter les gens à faire du tourisme et ils reviennent généralement avec des idées un peu plus fines et différentes La culture générale naît souvent des voyages. Prenons l’exemple du Maroc, que les Français aiment et connaissent. Pourtant, il y a quarante ou cinquante ans, ils s’imaginaient que les Marocains vivaient sous des tentes, avec des dromadaires, dans un pays sous-développé, en ignorant que Casablanca était l’une des villes les plus modernes au monde entre les deux guerres. C’est en allant sur place qu’ils ont découvert la réalité. Pour revenir sur l’affaire de la Russie, ceux qui y ont voyagé ont une version différente de ceux qui n’y ont jamais mis les pieds. Finalement, ne faut-il pas encourager nos compatriotes à voyager davantage ? Vous avez raison, il faut encourager les gens à aller voir sur place. Je suis allé en Crimée en février 2020. La population est très accueillante et souriante, très heureuse d’avoir rejoint le giron russe, parce que tout le monde avait oublié, en Europe de l’Ouest, que la Crimée avait été donnée par Khrouchtchev à l’Ukraine en 1953, ce qui était une aberration historique, culturelle et politique. Des erreurs de ce type créent des instabilités profondes et des guerres quelques dizaines d’années plus tard. Il faut inciter les gens à faire du tourisme et ils reviennent généralement avec des idées un peu plus fines et différentes. Heureusement, les choses changent maintenant. Mais tout était écrit et documenté. Propos recueillis par Yannick Urrien.
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