Février 2026

la baule+ 12 | Février 2026 Vous pardonnerez certainement mon arrogance. Je me permets en effet de corriger une erreur commune, une méprise à laquelle il convient de mettre fin une bonne fois pour toutes. Il est de coutume d’appeler lunettes de vue les bésicles transparentes aux verres correcteurs plus ou moins incolores, alors que les lunettes noires sont qualifiées, elles, de lunettes de soleil, lunettes solaires, que sais-je… Rien de plus faux ! Il est grand temps, disais-je, de changer cela. Ce sont bel et bien les lunettes noires qui sont de vue. Absolument. La raison en est que, fort souvent, de telles lunettes ne sont portées par les uns et les autres que pour être vus! Pour être remarqués, pour sortir du marais des sans lunettes, s’extirper de l’anonymat de la foule. Il me semble que Roland Barthes, en son temps, a écrit quelque chose là-dessus, du genre : les luHUMEUR > Le billet de Dominique Labarrière Lunette et solitude noires nettes noires de la star ne sont pas là, sur son nez, pour la faire passer inaperçue, mais au contraire pour bien afficher, affirmer son statut de star. Et il est vrai que de porter de telles lunettes, de cacher ses yeux, d’occulter son regard, du moins de l’extérieur, est encore ce qu’il y a de mieux pour, paradoxalement, les attirer, les regards. Voyez M. Le Président de La République, à Davos. On n’a parlé que de cela. On n’a vu que cela. Lui, dont la presse internationale traînait quelque peu les pieds depuis déjà un bon moment pour prendre la peine de relayer ses innombrables prises de paroles, voilà qu’elle lui a ouvert en grand ses pages, ses colonnes. Avec photo, bien évidemment. Avec polémique aussi, tout aussi évidemment. Sont-elles bien aussi françaises qu’on voudrait nous le faire croire, ces lunettes à 650 balles ? Il semblerait que si le prix, lui, est bien français tendance luxe, la fabrication le serait moins. Que nous importent ici ces mesquineries. Non, ce qu’il y a de tout à fait étonnant dans cette affaire, c’est le panurgisme de toute une catégorie sociale, ces gens, des mecs pour la plupart, probablement majoritairement cadres à costard cintré et souliers pointus, qui se sont précipités chez l’opticien pour avoir les leurs. Razzia à rendre fou Afflelou. Le cours de la bourse qui s’envole. Les ateliers qui tournent à plein régime. Au point que les industries du chapeau pointu et du nez de clown, plutôt en galère ces temps-ci, se sont fendues d’une supplique adressée à l’Élysée dans l’espoir que le président, lors de ses prochains sommets internationaux, arbore fièrement l’un et l’autre de ces accessoires. Si cela ne relance pas ces estimables productions, voilà qui, au moins, devrait faire rire les petits enfants… Vous avez vu comme moi les clichés de M. Macron enlunetté. Tout de suite, je me suis dit : Ah ça, bon sang ! Le cheveu un peu plus long, un bon gros havane dans le bec, et voilà notre Jacques Dutronc en invité vedette du forumde Davos, venu là pour chanter devant ces dames et messieurs trop gâtés par le sort : « Dans la vie, il y a qu’des cactus - Moi, je me pique de le savoir ». Ou encore, également assez bien trouvé: « Parce que je suis opportuniste, je ne fais qu’un seul geste, je retourne ma veste toujours du bon côté… » (En option, mais beaucoup plus chers : les refrains assurés par Mme Van der Leyen en tenue de Claudette.) Foin de galéjade ! Soyons donc un peu charitables. Il semblerait que la raison de cet aménagement du look présidentiel soit dû à un mal d’œil, qu’on nous dit léger, ce dont nous nous réjouissons, bien évidemment. Irritation pour avoir versé trop de chaudes larmes sur l’état présent du pays, ou encore pour s’être mis le doigt dans l’œil bien profond en s’imaginant que MM. Poutine et Trump prêteraient vraiment attention à ses récriminations, le premier renonçant à son délire ukrainien, le second à son caprice esquimau. On ne saurait dire. Les motifs ne manquent pas. Mal d’œil, avancions-nous. J’en ai jeté un, d’œil, sur des rubriques médicales supposées traiter de ces sujets. Les causes, elles aussi, sont légion. J’ai renoncé à toutes les lire, de peur que ma vision ne s’altère, mes pupilles ne s’échauffent ou quelque chose du genre et que je me retrouve contraint de macroniser mon look. À 650 balles la plaisanterie, merci bien ! En fait, c’est en m’en remettant au simple bon sens que la vérité m’est apparue. En cette fin de règne, le président serait très seul. Vraiment seul au milieu de son grand palais. La solitude bien noire, voyez-vous. Alors, dans son désarroi, peut-être se sera-t-il dit qu’un compère loriot, c’est toujours mieux que pas de compère du tout… Régie publicitaire : Fabienne: 06 08 80 39 55 Hervé : 06 52 20 34 64 De la portée, de la confiance, du local

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