Février 2026

la baule+ 8 | Février 2026 Réseaux sociaux > Pourquoi Facebook, Instagram et les réseaux ne rapportent plus grand-chose… François Gombert : « Les gens quittent Facebook parce qu’il ne s’y passe plus rien. » François Gombert est un spécialiste de la communication digitale et il a accompagné des grands groupes, notamment Kering, Puma, E.Leclerc, Andros ou Coca-Cola. Il a également piloté la stratégie de communication globale de la Région Île-de-France. Il dirige aussi un MBA dédié au Management de la crise et à la Réputation. Nous abordons avec lui un sujet d’actualité : la fin de l’économie de l’attention. Les algorithmes des réseaux pilotés par l’IA ne s’intéressent plus aux achats ou à l’attention, mais aux réactions nerveuses. Pour lui, « dans ce système, se taire n’est pas un retrait. C’est un acte de sabotage. » En effet, les IA prédictives (Meta, TikTok) sont des monstres statistiques voraces. Elles exigent un signal continu pour modéliser votre futur. C’est pour cette raison que l’agressivité est encouragée. Face à cela, en pratiquant le vide de données - scroller sans interagir, naviguer sans pattern – on devient très vite invisible car le silence est le seul cryptage que l’IA ne peut pas casser. Or, le silence est maintenant de plus en plus recherché par les internautes, notamment les jeunes. Le cerveau ne peut pas activer simultanément le Réseau de Saillance (détection d’alertes/dopamine) et le DMN (Default Mode Network ou Réseau du Mode par Défaut). Or, le DMN est l’unique siège de la créativité, de la synthèse et de la construction autobiographique. Il faut savoir que le scroll infini est conçu pour éteindre le DMN. On se retrouve donc avec des gens incapables de nommer leurs propres émotions parce qu’ils ont sous-traité leur intériorité à des flux externes. François Gombert souligne que la surveillance est devenue l’impôt des pauvres et l’opacité le privilège des riches. La Silicon Valley se protège : les cadres de la Tech envoient leurs enfants à la Waldorf School of the Peninsula, qui a comme particularités d’avoir zéro écran, de travailler sur du support papier et de favoriser l’interaction humaine. Actuellement, le confort suprême est le dumbphone de luxe (comme le Punkt MP02) ou la retraite silencieuse. Ainsi, les classes populaires sont connectées, notifiées et tracées, tandis que les élites s’octroient le droit à l’indifférence, l’anonymat, la tranquillité, la sérénité… Dans ce contexte, François Gombert nous livre un conseil : « Utilisez l’outil sans travailler pour lui ; consommez sans signer ; soyez présent, mais illisible. » La Baule+ : Le slogan de votre agence est : « En communication, tout objectif flou mène à une connerie précise.» Comment vous est venue cette phrase ? François Gombert : J’ai commencé à travailler jeune. J’avais 24 ans et je me suis retrouvé face au vice-président d’une très grande entreprise mondiale de bière et de spiritueux. Mon patron m’a demandé de présenter la stratégie numérique du groupe Kronenbourg et le vice-président en charge du marketing n’a pas dit un mot pendant la présentation. C’était déjà déstabilisant. À la fin, il m’a dit : « En communication, tout objectif flou mène inévitablement à une connerie précise. » Il m’a ensuite demandé de revenir la semaine suivante. Mais cette phrase ne m’a jamais quitté. On nous explique que les réseaux sociaux représentent un danger pour la santé mentale des mineurs et qu’il faut les interdire aux moins de 15 ans. Peuvent-ils aussi constituer un danger pour la santé mentale des adultes ? Les réseaux sociaux, cela peut être très bien, comme très dangereux. Interdire les réseaux sociaux, ce n’est pas comme interdire la drogue. On sait que les effets de la drogue sont très dangereux et très négatifs pour la santé. Les réseaux sociaux peuvent quand même permettre à des personnes d’apprendre des choses ou d’avoir d’autres opinions. Encore faut-il savoir sortir de sa bulle de filtre. Effectivement, si vous suivez des gens qui ont toujours le même avis, vous allez penser comme eux et vous allez vous enfermer dans cette bulle de filtre. Pour les adultes, c’est parfois problématique, il faut savoir s’en servir. Sinon, on peut écrire beaucoup de bêtises, avec même de la haine et des menaces, et les gens ne mesurent pas toujours ce qu’ils font. Beaucoup d’adultes ne mesurent pas du tout l’ampleur que peuvent prendre certaines de leurs déclarations sur les réseaux sociaux. J’ai un jeune ado de 12 ans et je n’ai pas attendu Emmanuel Macron pour comprendre la nécessité d’interdire les réseaux sociaux aux moins de 15 ans! Mon fils ne va pas sur les réseaux sociaux. Il a simplement des boucles WhatsApp avec ses copains et nous surveillons cela en tant que parents. Tout parent devrait prendre conscience de cela. Mais on a connu le même problème avec la télévision, puis avec Internet… Ce qui se cache derrière cette mesure, c’est un flicage global Ce qui se cache derrière cette mesure, c’est un flicage global. Si l’on considère que les Français sont tous des veaux, on rentre dans une espèce de régime dictatorial. On est dans une sorte de paternalisme dictatorial délirant. Par exemple, avec la facturation électronique à la fin de l’année, on va savoir, pour une boîte qui vend des téléphones, qui a acheté le téléphone, avec son numéro d’identification, et tout va aller à la DGFIP ! C’est un flicage absolu. Cette interdiction des réseaux sociaux aux mineurs n’est-elle pas un prétexte pour demander une carte d’identité à tous les utilisateurs? Ensuite, on va vraiment pouvoir contrôler chaque Français… Je ne peux pas vous dire cela, parce que je n’en sais rien. Mais je le crains. Je redoute qu’il y ait cette idée derrière tout cela. Mais cela n’a pas commencé avec les réseaux sociaux, cela a commencé avec les sites pornographiques. Finalement, les grands sites X mondiaux ont préféré fermer boutique en France, plutôt que de répondre aux injonctions de l’État français. Il y a 40 ans, unmilitant communiste pouvait s’abonner à L’Humanité en toute confidentialité, de la même manière qu’un militant Front national pouvait s’abonner à Minute. Aujourd’hui, le nombre d’intermédiaires dans le numérique fait que la discrétion a complètement disparu… Il existe des requêtes pour demander à une IA, ChatGPT, Gemini, ou surtout Claude, qui devient vraiment très puissante, pour qui vote telle ou telle personne et ce qu’elle pense. Tout cela provient de bases de données qui sont aux États-Unis. On ne sait pas à quoi servent ces données et si elles sont vendues ou non. Demain, la justice française pourra demander toutes les conversations d’une personne avec une Intelligence artificielle pour ajouter cela à un dossier. Cela peut évidemment être très justifié, notamment dans le cas du terrorisme ou de la pédopornographie. Mais il me paraît très inquiétant que l’on puisse rapporter des conversations privées, ou des conversations avec un robot, comme si l’on parlait à son miroir. Ce sont des conversations que l’on a finalement avec soi-même. J’ai un peu plus de 40 ans et je m’aperçois que nous n’avons jamais eu aussi peu de liberté. Tout

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