La Baule+

la baule + 22 // Août 2021 La Baule+ : Dans le monde traditionnel, si une œuvre d’art est convoitée chez les ache- teurs, sa cote augmente. Si personne ne veut acheter votre tableau, il ne vaudra rien, mais si un milliardaire est prêt à l’acquérir pour 100 000 €, cela signifie qu’il vaudra déjà 100 000 €… On parle d’une œuvre physique que l’on peut mettre dans le coffre de sa voiture, alors qu’il ne s’agit pas de crypto art… Art ► Comprendre le phénomène du crypto art John Karp : « Il faut distinguer le fait d’avoir un objet esthétique chez soi et le fait d’en être propriétaire. » C ’est un nouveau pas de géant vers la digitalisation du monde de l’art : pour la première fois, une œuvre entièrement numérique s’est vendue chez Christie’s, célèbre maison de vente aux enchères, pour la somme record de 70 millions de dollars. John Karp souhaite démocratiser la compré- hension des NFT, du crypto art et de la blockchain et il vient de publier NFT Révolution, un livre tiré à 300 exem- plaires avec chaque édition numéro- tée, puisqu’il est commercialisé sous la forme d’une carte NFT Collector. Ce livre a été vendu sur des sites spécialisés d’amateurs d’art et l’objectif de cet en- tretien vise surtout à vous présenter le crypto art. L’annonce de la sortie de cet ouvrage permet donc d’évoquer avec lui ce mouvement du crypto art pour mieux le comprendre. John Karp : L’art digital existe depuis le début des ordinateurs et il s’est beau- coup développé au cours de ces dernières années. Toutes les personnes qui maîtrisent l’informatique ont commen- cé à créer des supports nu- mériques artistiques qui se consomment sur ordinateur. Ces artistes ont voulu vivre de leur art et tout le monde s’est demandé comment acheter une œuvre qui, par définition, est copiable par des millions de personnes et qui n’a pas d’emplace- ment physique. À partir de là, on a vu apparaître la blockchain, qui est une tech- nologie fiable, infalsifiable et traçable, qui a permis l’émis- sion des NFT, qui sont les titres de propriété d’un bien digital. Un marché s’est créé il y a quatre ans et ces je- tons ont permis d’échanger la preuve indiscutable que vous êtes bien le proprié- taire d’une œuvre sur Inter- net. Quand vous achetez un appartement, la preuve de la possession n’est pas parce que vous êtes à l’intérieur, mais c’est le titre de proprié- té notarisé. La blockchain est en quelque sorte le grand notaire de l’Internet et la technologie est tellement fiable que des millions de personnes s’échangent des titres de propriété. Donc, le titre de propriété me permet de confirmer que j’ai acheté telle œuvre, tel jour et à telle heure, à tel propriétaire et à quel prix. Ce titre me donne exactement les mêmes at- tributs qu’une propriété physique puisque je peux le louer, le vendre, le mettre en garantie dans un crédit, et même le détruire si je le souhaite. Cela rend possible l’émergence d’un nouveau marché. Un artiste, Beeple, publie une œuvre chaque jour sur Twitter depuis plu- sieurs années et, depuis l’an dernier, il a pu vendre ses œuvres à des collection- neurs. En mars dernier, son œuvre représentant un patchwork de son travail a été vendue 69 millions de dollars chez Christie’s. Dans le monde physique, les collectionneurs protègent l’œuvre originale et présentent chez eux des copies Une œuvre d’art consti- tue aussi un signe exté- rieur de richesse, donc on l’expose dans le sa- lon. Dans ce contexte, on va ouvrir son ordina- teur en disant que l’on a acheté ce tableau numé- rique plusieurs millions de dollars et l’invité va venir avec sa clé USB pour copier le tableau très facilement… Je connais un collectionneur d’art traditionnel qui acheté deux pièces exceptionnelles, qui sont dans son coffre à la banque. Déjà, dans le monde physique, les collec- tionneurs protègent l’œuvre originale et présentent chez eux des copies. Il faut distin- guer le fait d’avoir un objet esthétique chez soi et le fait d’en être propriétaire. Il y a des milliers d’affiches de Mona Lisa qui sont sur le marché et il y a même des peintres qui vendent des re- productions identiques de Mona Lisa pour quelques centaines d’euros… Donc, vous pouvez avoir dans votre salon un tableau re- présentant Mona Lisa, mais tout le monde saura que cela ne vaut pas grand-chose… Il y a une distinction entre la capacité d’afficher et la capacité d’être propriétaire. Il y a toujours des gens qui sont très contents d’avoir des faux sacs à main mais, au fond d’eux, ils n’auront pas la même jouissance que s’il s’agissait d’un original. Dans le monde physique, vous pouvez avoir des copies qui ne valent rien : ce qui compte, c’est l’authenticité. C’est un peu comme pour les cryptomonnaies Un acheteur vient d’ac- quérir une œuvre numé- rique pour 69 millions de dollars : cela signifie que cette œuvre est déjà cotée à ce prix et l’on re- trouve ainsi les mêmes paramètres que pour le marché de l’art tradi- tionnel… Exactement, c’est la même chose. Ce sont les collection- neurs qui font le prix. Si un grand collectionneur s’inté- resse à un artiste, la cote de l’artiste monte très vite. Le crypto art est un phénomène très récent. Le mouvement s’est accéléré à lafinde l’année dernière. C’est un phénomène essentiellement américain et asiatique. En Europe, on est plus prudent car on aime bien ce qui est physique. C’est un mouvement très jeune. C’est un peu comme pour les cryp- tomonnaies. On est dans un mouvement de gens qui souhaitent être vraiment propriétaires de leur argent En quoi le crypto art est-il aussi une révolu- tion politique, au-delà des aspects culturels et économiques ?

RkJQdWJsaXNoZXIy MTEyOTQ2