La Baule+
10 // Avril 2021 Votre dernier livre, «Pour une France indus- trielle », est un mani- feste qui s’adresse à nos élus, or beaucoup de ces propositions auraient pu être émises de la même manière il y a dix ou vingt ans… Oui, ce n’est que du bon sens, c’est dramatique ! Je dis que si jamais l’argent ne va pas à l’industrie, c’est qu’il y a un problème. Nous avons au- jourd’hui une épargne gigan- tesque en France, mais cette épargne ne va pas à l’indus- trie parce que ce n’est pas ré- munérateur. C’est l’idée la plus simple. Notre industrie n’est pas rémunératrice parce qu’elle est rackettée sur le plan fiscal, puisque, gros- sièrement, nous avons le double d’impôts des autres, notamment par rapport à nos concurrents allemands, italiens ou espagnols. On a également des problèmes avec les charges sociales, car nous avons une protection sociale beaucoup plus impor- tante que dans les autres pays. C’est la raison pour la- quelle les gens qui viennent de l’extérieur veulent tous ar- river en France ! Nos points forts, c’est l’électricité moins chère grâce au nucléaire et un crédit impôt recherche. Malheureusement, on est en train de raboter nos points forts. On fait de l’éolien et du solaire, par conséquent, on a augmenté de 40 % le prix de l’électricité depuis quelques années et, à chaque séance budgétaire, on dit que le cré- dit impôt-recherche c’est mal parce qu’il y a des gens qui s’en mettent plein les poches. Par ailleurs, on n’agit abso- lument pas sur l’imposition. Il est clair que les impôts de production nous mettent en situation de non-compétiti- vité par rapport à toute l’Eu- rope et qu’il aurait fallu les supprimer. Nous devons trai- ter toutes ces difficultés en faisant en sorte que le capital investi dans les entreprises soit rémunérateur. Mais comme on répète depuis quarante ans aux gens qu’ils ne doivent pas investir dans l’industrie, il faut leur mon- trer qu’ils pourront gagner de l’argent. C'est ce qu’avaient fait Jacques Rueff et Antoine Pinay, et c’est un peu ce qu’a essayé de faire René Monory ensuite avec les PEA. Main- tenant, on est en train de se demander si l'on est attractif pour savoir si les Saoudiens sont attirés par la France ! Mais nous avons assez d’ar- gent pour mettre notre ar- gent dans notre industrie. Il faut à peu près 300 milliards pour remettre l’industrie en selle. Alors, pour le plan de relance, on choisit les entre- prises dans lesquelles on va mettre de l’argent. Mais qui choisit ? Quel est le processus mental qui conduit à dire qu’il y a des gens super intel- ligents qui seront capables de choisir les entreprises qui vont marcher ou non ? Moi, je ne sais pas ce qu’est l’ave- nir ! Est-on vraiment sûr que l’éolien c’est l’avenir ? Je ne le pense pas. Idem pour l’hy- drogène. Je ne le pense pas. On peut avoir des opinions différentes mais, comme j’ai cette opinion, cela montre bien qu’il peut y avoir d’autres opinions et que l’avenir fantasmé par cer- tains n’est pas forcément ce- lui qui va arriver. On revient sur les vaccins. Sanofi avait dans l’idée que l’avenir c’était sa technique, mais il s’est trouvé que les biotechnolo- gies ont montré que l’avenir c’était sans doute l’utilisation de l’ARN, c’est-à-dire une photocopie de l’ADN qui per- met à l’organisme d’agir. On ne transforme pas l’ADN : on fait une photocopie. C’est une idée géniale, qui n’a pas mar- ché pendant un certain temps et puis, soudain, on a commencé à voir qu’elle pou- vait peut-être nous aider contre le cancer. Et quand la Covid est arrivée, les cher- cheurs ont dit que cette tech- nique était bien adaptée. Donc, il est nécessaire de mettre l’argent là où sont les gens compétents qui prépa- rent l’avenir. Or, pour retrou- ver cela, il faut du bon sens. Si vous donnez beaucoup d’argent à un âne, il ne va rien en faire. Lorsque le nu- cléaire s’est développé en France, il ne s’est pas déve- loppé parce que le général de Gaulle a dit qu’il fallait faire du nucléaire, il s’est déve- loppé parce qu’il y avait des gens qui travaillaient dans l’atome depuis longtemps et qui lui ont dit que l’on pour- rait faire mieux. C’est la même chose pour le spatial. Il faut que des gens soient ca- pables de mettre leur tête sur le billot. C'est de cette ma- nière que le monde avance. Ce n’est pas un grand intel- lectuel qui déclare quelque chose en promettant l’argent de l’État, évidemment il y aura toujours des candidats pour avoir l’argent de l’État, par conséquent vous avez des effets d’aubaine consécutifs à une décision technocra- tique. On critique beaucoup Jeff Bezos, fondateur d’Ama- zon, parce qu’il ne paye pas suffisamment d’impôts, ou parce qu’il gagne trop d’ar- gent, mais il ne faut pas ou- blier qu’il a galéré pendant dix ans en empruntant de l’argent à ses copains. Si l'on n’apprend pas à galérer, on ne peut pas réussir ! Les gens ont l’impression qu’il y a une manne céleste qui va s’abat- tre sur un sujet et que ce sujet va être saisi par des gens in- telligents qui vont réussir. Ce ne sont pas les éoliennes qui vont nous sauver ! Au sujet de cette France industrielle, n'avez-vous pas mal au cœur lorsque l'on a des champions, comme Vallourec, qu’on laisse se faire dépecer par un fonds de pension américain ? J’en suis malade ! On ne peut pas à la fois vouloir des en- treprises qui tournent autour du pétrole en disant que le pétrole c’est mal. Il faut es- sayer de voir ce que sera la place du pétrole et du gaz dans les prochaines années. Mais quand vous avez des parlementaires qui disent qu’il n’y aura plus de moteurs thermiques et qu’il faut combattre le pétrole, vous n’avez pas de raison pour que les gens qui font des tuyaux pour l’industrie du pétrole et du gaz réussissent à s’en sor- tir. Effectivement, Vallourec, qui travaillait dans ce do- maine, s’est retrouvé les fers aux pieds et n’a pas réussi à s’en sortir. Mais il y aura en- core du pétrole dans cent cin- quante ans ! Vraisemblable- ment, une grande partie des véhicules circuleront avec de l’électricité, mais on ne peut pas à la fois ne pas vouloir du nucléaire et ne pas vouloir du pétrole, ce n’est pas pos- sible. Il va falloir choisir en- tre les deux, parce que ce ne sont pas les éoliennes qui vont nous sauver ! Je suis souvent allé à La Baule faire de la pêche à pied Enfin, puisque nous sommes à La Baule, vous avez écrit un guide de la pêche à pied et vous savez que nous avons le plus grand ré- servoir de coques… Effectivement, vous avez un très bel estran ! Je suis sou- vent allé à La Baule faire de la pêche à pied et j’ai publié un guide de la pêche à pied en Bretagne. Propos recueillis par Yannick Urrien. Loïk Le Floch-Prigent : « On ne peut pas à la fois ne pas vouloir du nucléaire et ne pas vouloir du pétrole, ce n’est pas possible. » L a Ville de La Baule annonce une augmentation significative de la capacité vaccinale du cen- tre de vaccination. Franck Louvrier, maire de La Baule, confirme que dès le début du mois d’avril, la plateforme de vaccination pourra administrer jusqu’à 1000 premières doses de vac- cin Pfizer par semaine : « En paral- lèle, nous assurons également les se- condes injections. » Conformément aux directives gouvernementales, les personnes concernées par cette nou- velle phase de vaccination sont : toutes celles de 70 ans et plus sans comorbidité ; les personnes âgées de 50 à 69 ans inclus souffrant d’une ou de plusieurs comorbidités avec des facteurs de «risques de formes graves de Covid-19» (attestation mé- dicale ou ordonnance à présenter le jour du rendez-vous) ; toutes les per- sonnes vulnérables de plus de 18 ans ayant une «pathologie à très haut risque de forme grave de Covid-19» (attestation médicale ou ordonnance à présenter le jour du rendez-vous) et les personnels de santé et profes- sions du domaine médico-social de plus de 18 ans. L’accès à la plate- forme, située au sein du complexe sportif Jean Gaillardon - place des Salines, continue pour les popula- tions concernées uniquement sur rendez-vous, pris en ligne sur les sites sante.fr ou doctolib.fr. La Baule triple le cadencement de son centre de vaccination
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