La Baule+

Avril 2021 // 9 Les médias sont-ils res- ponsables de cette ab- sence de culture écono- mique chez la plupart de nos concitoyens ? Il y a d’abord une culture scientifique. Entre la période d’après-guerre et la mienne, on a beaucoup fait de science. Il y avait une volonté de regarder les phénomènes, de les analyser, et il y a donc une connaissance intime de la science. Donc, on regarde l’économie avec une culture scientifique préexistante. La culture scientifique s’est ap- pauvrie au fil du temps et, quand je regarde le pro- gramme de mes petits-en- fants, je suis atterré ! Ils peu- vent avoir un diplôme à partir de rien, mais il y a une différence fondamentale dans l’approche scientifique des phénomènes. Quand vous regardez l’économie avec un regard scientifique, vous n’êtes pas dans l’émo- tion permanente, alors qu’aujourd’hui les gens sont acculturés et ils regardent l’économie de façon parfaite- ment émotionnelle. Cela cor- respond au mal du siècle, avec les réseaux sociaux, on est dans l’émotion perma- nente et l'on regarde les phé- nomènes qui nous entourent avec des tweets. Si jamais nous voulons rétablir les choses - cela va être long - il va falloir recommencer à faire de la science à l’inté- rieur des écoles publiques et privées. Il faut reprendre le goût d’isoler les paramètres avant de conclure. On voit cette difficulté avec l’affaire du confinement : au- jourd’hui, on a le choix entre le confinement et le non- confinement, c’est un choix stupide sur le plan scienti- fique. Il faut d’abord tester, tracer et isoler, et il faut comprendre comment se fait la transmission du virus, c’est-à-dire par les aérosols. On le sait maintenant. Il y a une seule solution pour le combattre : c’est l’aération et la purification de l’air. Après, on peut raconter ce que l’on veut… Au bout d’un an de pandémie, certains nous di- sent encore qu’il faut inter- dire les plages ! On est au pays d’Ubu, car s’il y a un en- droit où il y a de l’air et où, a priori, il n’y a pas de trans- mission, c’est bien la plage ! La pandémie est à son maxi- mum dans une atmosphère confinée, les aérosols restent dans l’air sur plusieurs di- zaines de mètres et c’est ce qui entraîne les contamina- tions. Il y a un dispositif scientifique d’explication sur la manière dont la pandémie se transmet et il faut que notre population le comprenne. Mais elle ne peut pas comprendre, puisqu’elle n’a pas eu d’études scienti- fiques. Donc, elle reste dans l’émotion. On a l’impression qu’en touchant le coude de quelqu’un dans la rue, ça va être affreux ! Il n’y a aucun sens à interdire les plages et autoriser le métro. (Suite page 10) Entretien exclusif avec Loïk Le Floch-Prigent : « Les gens sont acculturés et ils regardent l’économie de façon parfaitement émotionnelle.»

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