La Baule+
14 // Avril 2021 En 1942, tout change. La baignade est interdite, les plages sont fermées, les lois antisémites sont promulguées… A.G : Effectivement. Il y avait un commissaire de police qui était très humain. Il est allé prévenir les quelques familles juives qu’il allait y avoir une rafle et qu’elles devaient partir. Malheureusement, un certain nombre d’entre elles n’ont pas voulu s'en aller car, quand on a une cinquantaine d’années, avec tous ses biens à La Baule, il est très difficile de partir à l’aventure tout d’un coup. Ces gens n’ont pas voulu partir et ils ont été ra- flés un peu plus tard. 1942 a marqué un tournant dans la guerre, parce que les Alle- mands ont vu que les choses étaient compliquées en Rus- sie et toute l’armée a senti que cette guerre n’était pas aussi évidente. C’était vrai aussi dans les sous-marins, car Hitler pensait que les sous-marins seraient un élé- ment clé pour gagner la guerre, en détruisant les car- gos qui apporteraient des armes et des équipements de- puis les États-Unis. Mais on a vu que les États-Unis se sont organisés et les sous- mariniers ont compris que la guerre était en train de bas- culer. À ce moment-là, ils ont compris qu’ils pourraient perdre la guerre. J’évoque la vie de ce jeune Français, in- terprète à la mairie, qui tra- vaille avec les militaires en charge des réquisitions, et une jeune femme étudiante des beaux-arts qui a envie de vivre sa vie et de s’éclater… Son envie de vivre dépasse la pulsion citoyenne consistant à prendre du recul par rapport aux Allemands. J’ai voulu mettre cela en parallèle avec la vie de ce sous-mari- bombes qui sont tombées sur L’Hermitage, mais qui n’ont pas explosé. Il y a même eu des blessés qui ont dû être évacués. Après cela, L’Her- mitage a très bien joué son rôle d’hôpital, en accueillant des blessés anglais et alle- mands, y compris les blessés de l’opération Campbeltown. D’ailleurs, les Allemands traitaient avec beaucoup de dureté les gens qui désobéis- saient, en particulier les ci- vils, mais ils avaient un res- pect des militaires. Les 80 morts anglais du Campbel- town ont été salués par une escorte militaire, avec une gerbe de fleurs. C’est assez étonnant de voir que ces gens qui se faisaient la guerre pou- vaient être au garde-à-vous l’un devant l’autre en se sa- luant le lendemain. Enfin, il y a le débarque- ment en Normandie, mais nos communes de la presqu’île sont oubliées… A.G : En réalité, il y a un ac- cord qui se fait. Pour les An- glais et les Américains, il est très pratique d’avoir 30 000 militaires allemands qui sont maintenus dans cette poche, alors que l'on a libéré tout le reste, car ces gars ne peuvent pas aller se battre. Pour les Allemands, il est beaucoup plus agréable de rester dans cette poche, sans risquer leur vie, plutôt que de se retrou- ver sur le front. Les Alle- mands avaient des consignes d’Hitler qui leur avait promis des armes merveilleuses, les Wunderwaffen, qui allaient permettre de retourner le cours de la guerre. Les Amé- ricains, en arrivant à Brest, ont vu qu’il était extrême- ment difficile de déloger les Allemands car, même battus, ils restaient des militaires compétents. Et les Améri- nier qui pense être le maître du monde au début de la guerre et qui se rend compte de la réalité au fur et à me- sure de la guerre. C.G : On connaît moins cette période. On a beaucoup en- tendu parler de la première époque fastueuse, avec de nombreuses images, mais il y a moins d’informations sur cette seconde période et il n’y a plus beaucoup de personnes qui peuvent vraiment nous raconter cela. Il y a énormé- ment de choses au musée de Batz-sur-Mer et l'on voit sou- vent des soldats allemands d’un certain âge venir en va- cances ici pour retrouver l’en- droit où ils ont vécu pendant des années. Je crois qu’il y avait une maison à La Baule où les femmes qui étaient en- ceintes des Allemands accou- chaient et ce sont des per- sonnes qui sont nées dans cette maison qui me l’on dit. A.G : Les Allemands étaient plutôt jeunes et en bonne forme physique, ils avaient envie de vivre. Il y avait en face des jeunes femmes dont les maris étaient prisonniers ou partis et elles étaient ou- vertes à l’envie de vivre… Pourquoi La Baule a-t- elle été épargnée par les bombardements ? A.G : C’est un mystère. D’abord, il n’y avait rien de purement stratégique à La Baule et il y avait une obses- sion qui s’est faite sur la flot- tille de sous-marins. Malheu- reusement, l’arsenal était extrêmement bien défendu et aucune bombe n’a jamais réussi à le détruire. Il était aussi important de détruire l’activité industrielle de Saint- Nazaire pour les alliés. De l’autre côté, il y avait La Baule, mais il y avait quand même près de 30 000 Alle- mands, avec beaucoup d’of- ficiers supérieurs, et l'on au- rait pu imaginer que les alliés décident de détruire partielle- ment La Baule. Les Alle- mands craignaient d’ailleurs que les Français débarquent par les plages et, dans la baie, un mur a été érigé pour em- pêcher le débarquement des chars ennemis. C.G : De nombreux décom- bres du mur de l’Atlantique sont encore sous le remblai, avec beaucoup de fer, notam- ment, ce qui posera d’ailleurs des problèmes pour la nou- velle réalisation de la prome- nade, parce qu’il va d’abord falloir faire des sondages et étudier de près ce qu’il y a en dessous. Les avions qui allaient à Saint- Nazaire passaient au-dessus de La Baule Il y a quand même eu quelques nuits d’an- goisses à La Baule… A.G : Les avions qui allaient à Saint-Nazaire passaient au- dessus de La Baule et per- sonne ne savait si une bombe allait tomber sur La Baule. Cette peur était liée à la pré- sence d’avions en escadrille, avec parfois plusieurs cen- taines d’avions. Il y a eu un bombardement à Nantes dans des conditions très dif- ficiles, puisque les Nantais n’ont jamais cru que les avions pourraient aller jusqu’au-dessus de chez eux. Il y a quand même eu des Caroline Glon : « De nombreux décombres du mur de l’Atlantique sont encore sous le remblai, avec beaucoup de fer, notamment, ce qui posera d’ailleurs des problèmes pour la nouvelle réalisation de la promenade.» Antoine George dédicacera son livre le vendredi 23 avril, entre 16h et 17h30, à la Librairie Lajarrige, 2 avenue Lajarrige à La Baule. cains se sont dit qu’il valait mieux laisser Lorient et Saint-Nazaire… Mais pendant cette pé- riode, les habitants ont connu l’enfer, avec la fa- mine et les tickets de ra- tionnement… A.G : C’était très loin d’être le paradis. La fin de la guerre a été très difficile, d’autant plus que le reste de la France avait été libéré. En plus, il a fait très froid, puisqu’il a même gelé en mai 1944... C.G : Il est important de sa- voir ce qui s’est passé à cemo- ment-là. Le plus vieil im- meuble de La Baule, le Bellevue, devait être un hôtel et il a été réquisitionné pour les réfugiés de Saint-Nazaire, comme beaucoup de maisons de La Baule, d’ailleurs. C’était la troisième réquisition, puisque ces maisons ont été réquisitionnées la première fois par les Allemands, ensuite par les Anglais, et enfin pour les réfugiés de Saint-Nazaire. Propos recueillis par Yannick Urrien. Caroline Glon et Antoine George dans le studio de Kernews 91,5 FM
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