La Baule+

Avril 2021 // 13 Baule, qui voulait créer un bordel au début de la guerre en prévision de l’arrivée des soldats allemands, ce qui permettrait de faire monter les affaires… Il y avait aussi des maisons un peu plus légères, notamment sur le remblai C.G : La maison dans la- quelle je suis a été réquisition- née par les Allemands, L’Her- mitage était un hôpital et l'on peut voir de nombreuses pho- tos de soldats allemands qui faisaient leur gymnastique sur la plage, avec beaucoup de gens qui continuaient de se promener sur le remblai, comme si de rien n’était. C’est un paradoxe avec la guerre qui se passait derrière. On est dans l’image encore extraor- dinaire de la fête. Il y avait aussi des maisons un peu plus légères, notamment sur le remblai et en dessous de La Coupole, où il y avait une partie de la Kommandantur. Il y avait même un dancing. Pour vous, La Baule est une femme, une belle es- clave qui a séduit l’enva- hisseur, sans pudeur… Dans ce contexte, il ne fallait pas attendre une grande histoire de résis- tance à La Baule… A.G : C’est ce que je pense. La Baule a séduit les Alle- mands qui sont arrivés en guerriers, le couteau entre les dents. Ils se sont rendu compte qu’ils étaient dans un lieu privilégié qui était fina- lement hors du temps et en dehors de la guerre. Il était plus question de se battre, mais de prendre du bon temps. Quand les Baulois ont comparé leur sort à celui de leurs voisins nazairiens, ils ont considéré qu’ils avaient de la chance et que les choses se passaient finalement assez bien, malgré les contraintes liées à l’Occupation. C.G : Beaucoup de maisons étaient des résidences secon- daires. Les gens habitaient loin et ils ont laissé faire sans se poser trop de questions. C’est pour cette raison qu’à la fin de la guerre, lorsque les gens ont pu récupérer leur maison, ils y étaient moins attachés et c’est ce qui a fait que les ventes de maisons se sont développées. C’est en partie ce qui a contribué à la création des immeubles sur le remblai. Il devait y avoir une partie du mur de l’Atlan- tique aussi et, quand il est tombé, des pans de maisons sont tombés et elles n’étaient plus du tout habitables. Vous précisez dans votre livre qu’il est important de ne pas juger cette époque, car nous ne pou- vons pas la comprendre et nous n’étions pas là… A.G : Oui. La difficulté des Baulois était identique à la difficulté des Français et elle s’est amplifiée à la fin de la guerre avec la poche. Je fais cette précision par rapport à la position des maires. Dans les années 80, on a rapide- ment assimilé les maires à des collaborationnistes. Or, en réalité, à La Baule, le maire venait d’être élu et il a pris les choses comme il pou- vait. Il était pris, d’un côté, entre le maréchal Pétain qui fixait des règles et, de l’autre, les Allemands qui en fixaient d’autres… On a un peu trop rapidement assimilé la posi- tion des maires à une posi- tion de collaborationnistes, notamment le maire de Saint-Nazaire qui a été reçu par le maréchal Pétain. Mais le maréchal recevait le maire parce que sa ville avait été détruite à plus de la moitié, et non pas parce que l’élu lo- cal voulait lui rendre un hommage particulier. Il y avait une nécessité de gestion des villes. La Baule était pleine de soldats allemands qui étaient très bien payés Votre livre est une fic- tion, mais vous précisez bien que toutes les bases sont réelles. Et vous dé- crivez des restaurants pleins tous les soirs… A.G : La Baule était pleine de soldats allemands qui étaient très bien payés. En plus, c’était de l’argent français, puisque c’était aux Français de financer l’Occupation. Le mark allemand était suréva- lué et les soldats allemands avaient beaucoup d’argent qu’ils pouvaient dépenser. Ils avaient envie de faire la fête et les Baulois en ont profité aussi. Cependant, comme partout, il y avait des tickets de rationnement et des diffi- cultés quotidiennes, il y avait évidemment deux mondes différents entre le monde de la fête et celui du quotidien. Au début de la guerre, la bai- gnade était autorisée et il y avait beaucoup de monde sur les plages. C’est au milieu de la guerre que la baignade a été interdite. Quand on a commencé à mettre les as- perges de Rommel pour em- pêcher le débarquement, les gens ont continué à essayer de profiter de la plage jusqu’au dernier moment. C.G : Une partie des troupes était aussi à Escoublac, au manoir de Ker Allan, et toutes les armes étaient en- treposées dans le pigeonnier. Si vous allez visiter ce ma- noir, vous avez encore sur la porte des inscriptions en al- lemand, à la craie, puisque c’est resté en l’état. Pour autant, il ne faut pas penser que toute la ville ait été dans l’insouciance et dans la collaboration. Il y avait quandmême un esprit de résistance, car tous les Baulois avaient une radio cachée pour écouter la BBC… A.G : Oui, les contraintes étaient fortes. Il fallait affi- cher sur la porte de sa maison le nom des personnes qui y étaient, de façon que les troupes allemandes soient en mesure de vérifier qui était là et pour quelles raisons. Il y avait effectivement une résis- tance, mais elle était moins orientée vers des faits d’armes, elle faisait plutôt du renseignement. Quand un vieux destroyer est venu per- cuter la porte de la cale de Saint-Nazaire, le renseigne- ment français a pu expliquer très exactement qui était pré- sent et les points où il y avait des soldats allemands. D’ail- leurs, ce double jeu a quand même été assez drôle parce que le colonel Félix - de son vrai nom Jacques Chombart de Lauwe - qui est devenu le patron des FFI, habitait à Herbignac, dans une pro- priété magnifique qui a été réquisitionnée par les troupes allemandes. Au rez-de-chaus- sée et au premier étage, il y avait les Allemands et, au deuxième étage, il y avait la famille du colonel Félix qui faisait de la résistance… C’était assez cocasse... (Suite page 14) Antoine George: « Quand les Baulois ont comparé leur sort à celui de leurs voisins nazairiens, ils ont considéré qu’ils avaient de la chance. »

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