La Baule+
10 // Janvier 2021 Littérature ➤ Le journaliste nous fait partager son amour de la Bretagne Patrick Poivre d’Arvor : « Depuis une cinquantaine d’années, la Bretagne est un pays qui s’est formidablement bien pris en main, avec une vraie grande fierté. » J ournaliste et critique littéraire, Patrick Poivre d’Arvor est une figure incontournable du pay- sage médiatique et éditorial français. Auteur de romans, d’essais et de biographies, son œuvre est saluée par des prix littéraires prestigieux. À l’occasion de la sortie de son der- nier livre, « La Bretagne au cœur», nous évoquons sa vision des médias, de la littérature, et bien entendu, de la Bretagne, dans cet entretien réalisé au Croisic. « La Bretagne au cœur » de Patrick Poivre d’Arvor est publié aux Édi- tions du Rocher. La Baule + : Que pensez- vous de tous ces débats autour de la liberté d’ex- pression, des appels au boycott quand des pro- pos ne plaisent pas, ou lorsque des éditoria- listes de France Inter de- mandent un contrôle des invités sur une chaîne comme CNews, jugée trop à droite ? Patrick Poivre d’Arvor : J’ai commencé sur France In- ter, en gagnant un concours qui s’appelait Envoyé spécial, il y a cinquante ans, puisque c’était en 1971. Je suis resté à France Inter pendant trois ans et demi. Il était inimagi- nable de demander aux gens ce qu’ils pensaient politique- ment les uns les autres et cette radio avait une audience deux fois supérieure à celle d’Europe 1 et de RTL réunies. Les gens préféraient ce média parce qu’ils avaient envie d’avoir de l’information. Je n’aime pas quand l’informa- tion est viciée par du commentaire et que les choses ne sont pas claires. Il doit y avoir des informations, mais à côté une rubrique commentaires, qui donne le point de vue de la personne, plus que du journal d’ailleurs. Je n’aime pas le mélange des genres. Cela se voit malheu- reusement de plus en plus souvent lorsque, dans des in- terviews, les questions sont des affirmations qui permet- tent de deviner la sympathie de l’intervieweur. Je pense qu’il ne faut jamais savoir quelle est la couleur politique de celui qui vous interviewe. Depuis des décennies, le jour- nalisme consiste à donner les points de vue des uns et des autres, et c’est aux lecteurs, aux auditeurs ou aux télé- spectateurs, de se faire leur opinion. S’agissant des Fran- çais, le bon sens l’emporte toujours. Malheureusement, peu de gens s’intéressent à ce qui se passe dans le reste du monde. Depuis une bonne dizaine d’années, on s’aper- çoit que nos intérêts sont très repliés sur nous-mêmes, avec beaucoup de frilosité et peu d’ouverture sur le monde. La nécessité d’être im- partial n'est-elle pas aussi liée à la puissance du média ? Quand vous étiez quasiment en situa- tion de monopole dans votre domaine, le journal de 20 heures, avec des di- zaines de millions de té- léspectateurs, cela néces- sitait forcément une impartialité totale. Au- jourd’hui, face à la mul- tiplication des chaînes, chacun veut parler plus fort que l’autre… Oui, mais quand je présentais le journal, j’avais des concur- rents, notamment France 2, France 3, ou même BFM et LCI, qui existaient déjà à ce moment-là. Donc, je n’étais pas dans une situation de pur monopole. Si les gens venaient nous écouter, plutôt que les concurrents, c’est parce qu’ils trouvaient sans doute leur bonheur. On n’oblige jamais les gens à écouter telle ou telle station de radio ou à lire tel ou tel journal avec un pistolet sur la tempe. Dans vos derniers ro- mans, notamment
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