La Baule+

Janvier 2021 // 11 «L’Ambitieux » ou « La Vengeance du Loup », on se demande quelles sont les frontières entre la fic- tion et la réalité, comme si vous semiez des petits cailloux pour nous ame- ner à nous interroger sur ce mélange… J’ai toujours aimé ça. Au fond, c’est une façon de don- ner mon opinion sur le monde, sur la comédie hu- maine qui nous entoure et, en même temps, je brouille les pistes. Je trouve assez agréable, en tant que roman- cier, de pouvoir utiliser cette forme romanesque, plutôt que la forme de l’essai, car les essais se démodent très vite. Quand vous relisez Alexandre Dumas, Maupas- sant ou Balzac, qui parlaient merveilleusement de l’ambi- tion ou du pouvoir, vous vous apercevez que tout cela existe toujours, peu importe l’époque. Les choses sont éternelles, d’une certaine fa- çon, et le roman permet cela. Certains éditeurs s’in- terrogent sur l’avenir du livre, en travaillant sur des formats plus courts et l'on assiste au même débat que pour la presse il y a quelques années. Qu’en pensez-vous ? Contrairement à ce que je pensais un certain moment, le livre tient bien le coup. Le livre résiste. Or, ce n’était pas gagné. De temps en temps, il y a d’énormes succès de li- brairie, c’est bien. On ne peut pas reprocher à Musso, Chat- tam ou Levy d’avoir trouvé de bonnes recettes éprou- vées, mais il y a par ailleurs d’autres types de littérature, comme l’exofiction, qui a eu son heure de gloire. Il y a eu aussi les biographies pour ra- conter la vie de tel ou tel per- sonnage qui fait partie de l’imaginaire collectif. Finale- ment, il y a beaucoup de choses très variées et l’édi- tion s’en sort bien. Les gens ont toujours besoin de lire. La lecture résiste, mais le format papier aussi… Je n’ai jamais cru à la tablette ou à la liseuse. C’est utile pour un certain nombre de gens qui se déplacent et qui ont besoin d’avoir plusieurs livres pendant leur déplace- ment, mais rien ne remplace l’odeur du papier. Toutefois, je lis Le Monde sur ma ta- blette car je n’ai pas les mêmes pudeurs pour un journal. Je reçois beaucoup de livres et j’aime encore dé- couvrir l’objet livre. C’est un enchantement à chaque fois. Qu’est-ce qui provoque le déclic qui fait que vous ayez envie de lire un livre, puis d’en parler ? Il faut dire la vérité. C’est souvent très subjectif. On va vers tel ou tel auteur, parce qu’on le connaît, parce qu’on l’a lu, et surtout parce qu’on n’a jamais été déçu. On va vers telle ou telle collection ou tel ou tel éditeur parce que l’on sait qu’il ne publie pas des choses qui ne sont pas au niveau. Après, vous avez vos propres amis, la quatrième de couverture qui a son im- portance, qui vous donne en- vie, ou non, de rentrer dans un livre, vous avez le titre, la première page… Toutes ces choses sont très importantes. Parfois, il y a des accroches rebutantes. En même temps, j’écoute beaucoup ce que mes amis me disent. Un livre peut avoir sa chance dans l’autoédition Que pensez-vous de l’auto-édition ? Pendant longtemps, elle a été méprisée. Il y a eu des erreurs de non-édition, il y a des édi- teurs qui ont laissé passer tel ou tel livre entre les trous de la raquette, donc un livre peut avoir sa chance dans l’autoé- dition et il y a quelques exem- ples de vrai succès. De toute façon, je dis toujours aux gens qui veulent écrire qu’ils doivent le faire, mais qu’en- suite ils ne doivent pas s’ac- crocher à l’idée de la publica- tion, parce que les gens ne pensent qu’à cela. Cela peut leur pourrir la vie, car ils at- tendent des réponses d’édi- teurs qui ne viendront jamais ou qui leur enverront des let- tres types. Mais le simple fait d’écrire, ne serait-ce qu’à une centaine d’exemplaires, c’est une façon de dire à ses proches : « Vous savez qui je suis désormais ». Vous aimez bien surpren- dre, mais là où vous ne nous surprenez pas, c’est dans votre dernier livre, qui est consacré à votre amour de la Bretagne… Je récidive... J’avais déjà fait un « Que sais-je ? » sur la Bretagne, à la demande du patron des Presses Universi- taires de France, qui était un homme que j’appréciais beaucoup. Ensuite, j’ai fait un livre de photos sur la Bre- tagne, ce que l’on appelle un beau livre, et là j’ai voulu faire, à la demande des Édi- tions du Rocher, un livre plus personnel sur ma Bretagne, celle que j’aime et celle que je parcours, dans tous les do- maines, que ce soit sur le plan littéraire, géographique, gas- tronomique ou des paysages. Qu’est-ce que la Bre- tagne ? Est-ce une ré- gion touristique comme une autre, ou cela va-t- il bien au-delà ? Cela va bien au-delà. Je cite beaucoup Xavier Grall, parce que j’aimais beaucoup cet au- teur un peu méconnu, et que l’on avait connu pour demau- vaises raisons, parce qu’il avait une querelle avec Pierre-Jakez Hélias sur « Le Cheval d’or- gueil ». Il avait écrit en réac- tion « Le Cheval couché », qui était un pamphlet d’une vio- lence inouïe, mais extrême- ment bien écrit. Mais Xavier Grall est un très grand auteur et il a toujours dit que la Bre- tagne était multiple et très di- verse. On ne peut pas la résu- mer en quelques objectifs, mais c’est quand même une terre de poésie, une terre d’aventure... Beaucoup de gens sont partis un peu partout dans le monde, parce qu’ils en avaient le désir ou parce qu’ils y ont été obligés. C’est la raison pour laquelle vous trouvez toujours un Bre- ton dans tous les ports du monde. C’est important parce que cela veut dire que c’est un pays qui a toujours cru en lui- même, même s’il en a bavé, notamment au XIXe siècle. Depuis une cinquantaine d’années, la Bretagne est un pays qui s’est formidablement bien pris en main, avec une vraie grande fierté. J’ai dîné au Croisic avec Gilles Servat et Jacques Bruneau, adjoint au maire, et Gilles Servat m’a dit qu’il n’aurait jamais ima- giné, il y a cinquante ans, que la Bretagne allait devenir ce qu’elle est. À l’époque, c’était une terre de pur folklore. Maintenant, ce folklore a irri- gué le sang de beaucoup de gens et, quand vous interrogez les Français sur leur percep- tion de la Bretagne, elle arrive souvent en première ou en deuxième position. C’est aussi l’une des régions les plus visi- tées. On a vu, avec la crise du Covid, que beaucoup de gens sont venus en Bretagne l’été dernier, c'est très bien pour le tourisme. En plus, il y a de fortes chances qu’ils revien- nent l’été prochain. En évoquant la Bre- tagne, vous avez parlé de terre et de pays, mais pas de nation… Je pense qu’il faut dépasser tous ces clivages. J’ai tou- jours été vigoureusement pour la fusion de la Loire-At- lantique dans la région Bre- tagne. C’est une terre qui existe. On a tendance à dire un territoire ou un terroir, mais la Bretagne c’est beau- coup plus que tout cela. Il y a d’abord beaucoup de lé- gendes et cela aide à ce que la Bretagne soit éternelle. Qu’est-ce qui fait qu’un Breton a son cœur qui bat différemment quand il retrouve sa terre ? Pendant le premier confine- ment, je suis resté à Paris, croyant faire un geste ci- vique. Je n’avais qu’une en- vie, c’était d’aller en Bre- tagne. D’ailleurs, le surlendemain du déconfine- ment, je me suis précipité pour aller me baigner sur ces plages qui étaient sottement interdites à la baignade tout au long du premier confine- ment. C’était une absurdité technocratique totale. Enfin, quel message sou- haitez-vous faire passer à travers ce livre ? LesBretons n’ont pas besoinde message, ils avancent quoiqu’il arrive, sans demander en per- manencedes subsides de-ci de- là. Ils ont bien compris que c’était par eux-mêmes qu’ils trouveraient la clé. Il y a d’ail- leurs énormément d’industriels bretons qui ont très bien réussi. Monmessage à l’ensemble des Français, c’est de venir décou- vrir ce peuple qui est unpeuple très attachant, qui respecte votre liberté et votre intimité, et vous serez obligé de revenir parce que, si vous venez une fois, vous reviendrez obligatoi- rement. Propos recueillis par Yannick Urrien. SARL PAIN 02 40 23 94 98 www.painpaysage.com Un SAVOIR « VERT » (conception, réalisation, entretien) depuis plus de 40 ans Depuis 1977 Suivez nous sur Patrick Poivre d’Arvor : « Contrairement à ce que je pensais un certain moment, le livre tient bien le coup. »

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