La Baule+
6 // Janvier 2021 La Baule + : Finalement, après avoir lu votre livre, ceux qui aiment Emmanuel Macron ne vont pas vraiment trou- ver de motifs de décep- tion, tandis que ceux qui ne l’apprécient pas ne seront guère surpris non plus…Vous ne faites pas trop bouger les lignes… Corinne Lhaïk : Je suis as- sez d’accord avec votre ana- lyse. Mon objectif n’était pas de faire bouger les lignes et d’influencer qui que ce soit. Chacun a son opinion sur Emmanuel Macron. Ma po- sition de journaliste me per- met d’accéder à certaines personnes et à certaines in- formations. Je veux donner à voir Emmanuel Macron qui est un personnage extrême- ment composite, avec de nombreuses facettes. Je suis allée investiguer du côté de chacune de ces facettes et cela donne un personnage très composite, où chacun peut retrouver le Macron Politique ➤ Une enquête pour savoir qui est réellement Emmanuel Macron Corinne Lhaïk : « Il évolue en fonction des intérêts du moment et il a fait toute sa carrière de cette manière. » C ’est incontestablement le meilleur ouvrage politique du moment. Corinne Lhaïk, journaliste à L’Opinion, vient de publier « Président cambrioleur » aux éditions Fayard. Emmanuel Macron se plaint souvent de ne pas être compris :« Les Français ne sa- vent pas qui je suis. » Ce livre est une enquête critique au cœur de sa personnalité, de son parcours et de sa manière de gouverner. Son goût de la séduction jette un doute sur son authenticité. Macron prend la couleur du bain où il est plongé, il est l’homme de sincérités successives et contradictoires à force d’être mul- tiples : quand est-il vrai ? À la fois récit de l’intérieur, biographie, por- trait, cet ouvrage raconte le prési- dent. Il approche de près la réalité d’un homme qui verrouille son in- timité. Corinne Lhaïk était l’invitée de Yannick Urrien sur Kernews. « Président cambrioleur » de Co- rinne Lhaïk est publié chez Fayard. qu’il aime et le Macron qu’il déteste. Un Macron parfois sympathique, parfois même affectueux avec les gens, ou un Macron détestable et mé- prisant. Un Macron de gauche et un Macron de droite. Toutes les facettes du personnage sont là et je me suis rendu compte qu’il fal- lait assumer ces contradic- tions et les décrire comme telles. Le caractère d’Emma- nuel Macron se ré- sume finalement par son fameux « En même temps »… Exactement. Il ne faut pas chercher à résoudre ses contradictions, à les atténuer ou les résorber. Elles font partie du personnage. Il est capable, après avoir vu une seule fois une personne, de lui rappeler une conversation datant d’il y a six ans Le titre de votre livre, «Président cambrio- leur», résume sa philo- sophie : il pique des hommes et il emprunte des idées un peu partout, les cambrio- leurs ne laissent pas d’adresse, et il est expert en détection des pas- sions. C’est simplement quelqu'un qui s’intéresse à ceux qui peuvent lui être utiles… Cambrioleur, parce qu’il est entré par effraction dans la vie politique. Et il continue ses cambriolages, puisqu’il va marcher sur les plates- bandes des autres. Tous les hommes politiques font cela. C’est ce que l’on appelle la triangulation. Mais, chez lui, c’est un système et il en fait son étiquette et sa raison d’être. Dernier cambriolage en date : il va picorer sur le terrain des écologistes avec l’annonce de ce référendum. Auparavant, il avait été sur le terrain de la droite, avec son projet de loi sur le sépa- ratisme. Il évolue en fonction des intérêts du moment et il a effectué toute sa carrière de cette manière. Il a beaucoup navigué au sein de la gauche, parce qu’il vient de la gauche, et il va piquer les hommes. Sa technique de séduction est assez impressionnante. Elle est d’abord très physique. Cela repose sur le regard, avec un regard bleu trans- parent, c’est un regard im- mobile qui vous perce et qui vous séduit. Après, c’est le tactile. Il vous prend avec la main, le bras, ou l’épaule, plus avec les hommes qu’avec les femmes, parce qu’il sait qu’il faut faire at- tention avec les femmes. En plus, c’est sa nature pro- fonde, il n’est pas du genre à dévisser la tête dès qu’il y a une femme qui passe. Après, il écoute beaucoup, il enre- gistre et il est capable, après avoir vu une seule fois une personne, de lui rappeler une conversation datant d’il y a six ans. Une fois qu’il a écouté, il cherche à convain- cre. Il veut convaincre. Il aime bien un peu de résis- tance, parce qu’à vaincre sans péril, on triomphe sans gloire. Mais il veut quand même avoir le dessus. Quand il voit que des gens font de la résistance, il abandonne à partir d’un moment, lorsqu’il sent que le terrain ne va pas mordre. Il ne rejette jamais les gens, mais il distancie la relation. Il ne rompt jamais, car s’il sent qu’il a besoin de la personne, il va la recher- cher. Quand il perçoit que l’autre est trop confiné dans son coin, il va le rechercher, car il n’aime pas les conflits personnels. Autant il aime les affrontements idéologiques, autant il déteste les conflits interpersonnels. Quand il sent que ça ne va pas bien, il envoie un SMS… Les propos sont parfois exacerbés. Par exemple, avec Jean-François Copé, il n’a pas une relation très personnelle. Ils se sont vus deux ou trois fois, mais il lui envoie SMS en lui di- sant: « Tu me manques ». Généralement, on ne dit pas cela à quelqu’un que l’on connaît à peine. Au moment de la campagne présiden- tielle, il avait 6000 noms dans son répertoire télépho- nique. Maintenant, il en a plus et il essaye de maintenir les contacts. Quand ce n’est pas possible, c’est Brigitte qui se charge d’être son ambas- sadeur spécial. Il a cette capacité de concentration, d’ignorer tout ce qui existe, en donnant à la personne le sentiment qu’il est seul au monde avec elle Cette manière de fonc- tionner rappelle le comportement de cer- tains députés qui labou- rent leurs circonscrip- tions depuis des décennies, de grands chefs d’entreprise, ou même d’artistes… Chez lui, c’est à un stade très élevé et il a une méthode de séduction qui n’est pas celle de l’homme politique clas- sique. Olivier Dussopt, minis- tre du Budget aujourd’hui, me dit que les hommes poli- tiques, quand ils passent de- vant une file de gens, serrent la main du premier en regar- GUÉRANDE - 02 40 62 00 35 - 06 86 00 32 14
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