La Baule+
la baule + 38 // Juillet 2021 Cinéma ► Rencontre avec l’acteur à l’occasion du Festival du cinéma et musique de film de La Baule Patrick Chesnais : « On se reconnaît toujours dans son personnage. » L ’acteur Patrick Chesnais est à l’af- fiche d’une nouvelle comédie intitulée «C’est quoi ce papy ? ! » qui sortira en salles le 11 août prochain. Le film ra- conte l’histoire d’Aurore (Chantal Ladesou), la plus déjantée des mamies, qui fait une chute spectaculaire lors d’une danse endia- blée. Elle perd la mémoire et se retrouve en convalescence dans une maison de repos. Elle ne parle que d’un mystérieux Gégé… qui pourrait être son amour de jeunesse et lui faire retrouver toute sa tête. Ses sept pe- tits-enfants décident de faire le mur pour faire évader leur grand-mère. Ils partent à travers la France à la recherche de celui qu’ils croient être leur Papy (Patrick Ches- nais). Mais, quand Mamie rencontre Papy… La famille n’est pas au bout de ses surprises ! Patrick Chesnais est venu présenter ce film dans le cadre du Festival du cinéma et mu- sique de film de La Baule qui s’est déroulé entre le 23 et le 27 juin dernier. Nous l’avons rencontré à cette occasion. La Baule + : Il y a plu- sieurs grilles d’inter- prétation dans votre nouvelle comédie «C’est quoi ce papy ?! ». D’abord, on pense à son amour de jeunesse, qui nous hante inconsciem- ment, même quand on le rejette, puisque dans le film vous êtes tou- jours amoureux malgré 40 ans de séparation… Patrick Chesnais : C’est un angle, ce filmest unmille- feuille, avec différents para- mètres qui s’additionnent, mais qui s’agrègent bien ensemble. Il y a les enfants d’abord, qui sont les mo- teurs de ce film et qui vont faire en sorte que leur ma- mie retrouve son amour de jeunesse. Le deuxième ver- sant, c’est effectivement les retrouvailles, l’amour per- du, mais aussi l’amour de la jeunesse perdue, celle d’une rupture douloureuse, mal- gré des sentiments forts, et cet aspect du film ne fait pas perdre l’aspect léger et drôle qu’il a dans son ADN. 45 ans d’amour perdus, connaissez-vous un tel exemple ? Oui. Le problème de mon personnage dans le film, c’est qu’il ne s’est pas re- mis de cette période. Nous avons tous eu un amour de jeunesse et un amour dou- loureux. Mon personnage s’est installé en pleine cam- pagne et il n’a plus bougé. Ce n’est pas un paysan, c’est quelqu’un qui fait de la mu- sique et de la moto, c’est un citadin à la campagne. Peut- être qu’il était malheureux au départ, mais il est resté sur place. 45 ans après, son ancien amour décide de le rejoindre. Le choc de la ma- ladie d’Alzheimer a fait re- monter à la surface quelque chose qui était enfoui et qui était probablement le mo- ment le plus important de sa vie, à savoir cet amour perdu. C’est toujours émou- vant. Mais quand ce sont des personnes d’un certain âge qui retrouvent ce désir, c’est encore plus émouvant. L’autre aspect de cette comédie, c’est cette pho- tographie de la France du XXIe siècle avec l’an- tiraciste, l’antispéciste, la croyante, le jeune de droite, le gauchiste, le militant gay… D’abord, tous les personnages ne sont pas caricaturaux… Oui, parce que tous les en- fants sont charmants et on va dire que c’est tendance... Sous Napoléon, il y avait cette mode des Incroyables et des Merveilleuses. C’est toute la jeunesse qui refu- sait de prononcer les « r » dans les phrases et l’on di- sait les « Incoyables et les Meveilleuses ». C’était un truc politique pour se dé- terminer. Aujourd’hui, il y a ce vent incroyable qui vient des États-Unis mais, quand ils vont grandir, cela va vite être oublié, car ce sont des garçons et des filles tout à fait normaux, malgré leurs caractéristiques. Ce ne sont pas des foudres de guerre idéologique ou politique. Cela fait partie de l’am- biance générale. Il y a 20 ans à peine, ce film aurait paru sur- réaliste, puisque cela n’existait pas. Or, au- jourd’hui, tout le monde comprend ces codes… Oui, mais avant il y avait d’autres choses, comme les beatniks ou les hippies. C’est un peu la même chose. C’était une mode sociolo- gique et c’est passé. On devient le personnage que l’on est Votre personnage est celui d’un ex-rebelle : vous reconnaissez-vous en lui ? On se reconnaît toujours dans son personnage. Le personnage devient un peu de vous et vous allez aussi vers le personnage. J’aime bien la musique rock, mais ce n’est pas suffisant pour être rebelle ! Mon person- nage est un type qui a du cœur, sous une apparence un peu fermée : c’est un peu mon fonds de commerce... Donc, probablement que je dois être un peu comme ça dans la vie. On devient le personnage que l’on est. Mon personnage peut pa- raître un peu beauf et un peu chasseur, mais c’est du second degré, car il a une distance avec cela. À la fin du film, il y a un clin d’œil sur le confine- ment… Au moment du tournage, il fallait respecter les gestes barrières et c’était compli- qué. On a même eu un clus- ter et il a fallu arrêter le tour- nage pendant une semaine, puisque 12 membres de l’équipe ont été touché. Pas gravement, heureusement, mais on vivait toujours avec cette menace de la maladie ou de l’arrêt du film. Propos recueillis par Yannick Urrien.
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