La Baule+
la baule + Juin 2021 // 15 Christophe Barratier, « Envole-Moi » est un nouveau succès. Vous faites peu de films, mais ils sont toujours très qualitatifs et il est diffi- cile de vous identifier… Christophe Barratier : Je n’ai pas de thématique pré- déterminée, puisque j’essaie toujours d’écrire des scéna- rios avec des personnages qui ressemblent à ce que je ne suis pas ou, peut-être, à ce que je voudrais être… Claude Sautet disait que l’on choisit toujours un film en fonction d’un sujet. On veut raconter une histoire, mais à l’intérieur il y a un secret qui nous concerne et que l’on découvre après. Il ne faut pas chercher à le percer avant. Il y a des réalisateurs qui se contentent d’être eux- mêmes, mais je ne m’inté- resse pas assez à moi-même pour considérer que je suis un sujet... Par conséquent, j’essaie toujours de raconter des histoires qui sont au-de- là de moi, en étant dans une perspective d’universalité. J’aime présenter des personnages qui font des actes que je trouve admirables On reproche beaucoup au cinéma français d’être très politisé et idéologisé, mais votre dernier film présente de belles valeurs sans chercher à donner des leçons à la société… Ch. B : J’ai mes opinions politiques, je ne cherche pas à les mettre en scène et, surtout, je n’entends pas faire un cinéma de prosé- lytisme ou de propagande. Mais je ne suis pas contre, puisque Costa-Gavras est l’un de mes modèles. Mon oncle, Jacques Perrin, avait produit « Z » quand j’étais petit. C’était un beau film politique, l’histoire d’un député socialiste assassi- né par un complot des mé- dias grecs en 1968. Certes, pas le sujet le plus attirant pour la planète... Il n’em- pêche que c’était un succès mondial. Cela m’a marqué. Cet homme est arrivé à al- ler jusqu’à Hollywood avec une affiche en noir et blanc et un film qui s’appelait « Z» ! Tout cela m’a marqué, comme mon père qui était l’assistant de Jacques Demy, sur « Les Demoiselles de Ro- chefort » et j’ai une photo où je suis dans les bras de Gene Kelly alors que j’avais deux ans... Pour revenir à mon dernier film, il est vrai aussi que j’aime présenter des personnages qui font des actes que je trouve ad- mirables, mais peut-être que je n’ai pas le courage de les faire.... J’aime aussi faire des films qui nous surprennent, où l’on ne sait pas très bien ce qui nous attend à chaque coin de scène. Je ferais vo- lontiers une comédie, mais je ne crois pas que le ciné- ma soit distrayant unique- ment parce que l’on rit car, lorsque l’on est ému et que l’on sort bouleversé d’une salle, c’est aussi une vertu. Cela ne change pas la vie, mais cela peut changer notre regard pendant quelques précieuses minutes. Florestan La Torre, vous êtes baulois et vous vous occupez de la pro- grammation d’OCS, qui a la réputation d’être très élitiste… Florestan La Torre : Ce sont toutes les séries HBO. Donc, il y a un côté très qua- litatif et tous nos films sont diffusés en version originale. Ch. B : Je ne suis pas d’ac- cord, puisque vous avez la série « The Outsider » : c’est comme si l’on disait que la série « Hélène et les garçons » est une série po- pulaire et que « The Outsi- der » est une série élitiste. Je défie quiconque, même quelqu’un qui n’a aucune culture cinématographique, de commencer à regarder « The Outsider » et de ne pas aller jusqu’à la fin. Donc, la qualité peut être populaire… F.L.T : D’ailleurs, c’est notre politique pour le fes- tival de La Baule. Effecti- vement, je connais bien La Baule et j’y passe toutes mes vacances avec mes enfants, qui profitent de toutes les infrastructures de la station. On a une belle exposition pour La Baule Le festival se déroule à présent à la fin du mois de juin : est-ce une vo- lonté de montrer un vi- sage plus balnéaire de la station aux profes- sionnels du cinéma ? Ch. B : C’est vrai, le confi- nement a été un mal pour un bien. On a dû annuler l’édition de l’année dernière, avec le concert. Je rappelle que nous avons accueilli les plus grands compositeurs, de Michel Legrand à Fran- cis Lai, en passant par Lalo Schifrin, Éric Serra et Vla- dimir Cosma. Nous nous sommes dit que La Baule, c’était quand même l’image du soleil et de la luminosité, alors que l’on voyait toujours nos actrices dans des photos nocturnes. Nous avons donc préféré revenir à la lumi- nosité. Nous avons agrandi l’équipe avec l’arrivée de Florestan, François Mergier, Marc-Etienne Schwartz ou Claire Uhlhorn-Frachon, qui sont tous attachés à La Baule tout en étant des profession- nels du cinéma. Nous avons donc préféré ouvrir la saison et, en se plaçant au mois de juin, on a une belle exposi- tion pour La Baule. On aura de belles photographies et l’on peut être aussi un dia- pason de la saison à venir. F.L.T : La Baule a aussi tous les ingrédients pour faire un grand festival, l’environne- ment naturel estmagnifique… Philippe Sarde est à l’honneur ce mois-ci et il est sans doute l’auteur de la plus belle chanson du cinéma français… Ch.B : C’est « La Chanson d’Hélène » pour le film « Les Choses de la Vie ». Claude Sautet avait fait le pari de prendre ce jeune type assez atypique, assez rond, avec un physique moyen-orien- tal, qui dépareillait un peu dans le milieu des compo- siteurs. Il aimait bien les plaisirs de la vie et, tout d’un coup, il s’est mis au piano pour jouer cette musique et Claude Sautet a sursauté en disant : « C’est absolument ce qu’il me faut dans mon film ! ». Philippe Sarde ne s’est pas beaucoup montré en public depuis une dizaine d’années. Il a arrêté de tra- vailler pour le cinéma, à part pour Bertrand Tavernier et quelques amis, alors qu’il a fait tous les grands films du cinéma français dans les années 70 et 80. C’est quelqu’un qui méritait vrai- ment d’être honoré. Quels sont vos critères de programmation pour ce Festival de La Baule ? F.L.T : Le maître mot, c’est le cinéma populaire. Nous voulons des films qui s’adressent au plus grand nombre. La musique est évi- demment très importante, puisque c’est l’ADN du fes- tival. Les films doivent avoir un lien avec la musique, soit dans le sujet, soit dans l’uti- lisation de la musique dans l’œuvre. Dans mon métier, je suis en lien permanent avec tous les producteurs et distributeurs de films, c’est vrai qu’il y a une passerelle évidente entre mon métier et la programmation du Fes- tival. Nous avons des films que nous avons découverts pour OCS et qui naturelle- ment pouvaient se retrouver au sein du Festival. Et, à l’in- verse, j’ai aussi découvert des films, à l’occasion du Festi- val, qui peuvent rentrer dans la programmation d’OCS. Je précise que nous allons pro- jeter des avant-premières, donc des films qui ne sont pas encore sortis en salles. Mais nous aurons aussi le plaisir de revoir sur grand écran des films comme « Les Choses de la Vie ». Entretien avec Christophe Barratier, cofondateur du Festival, et Florestan La Torre, programmateur du Festival et responsable éditorial d’OCS Florestan La Torre et Christophe Barratier dans le studio de Kernews
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