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la baule + 16 // Juin 2021 Festival du Cinéma et Musique de Film ► Hommage au compositeur le plus récompensé aux César Philippe Sarde : « La musique est un personnage supplémentaire et invisible qui apporte une dimension supplémentaire au film. » L ’édition 2021 du Festival du Ci- néma et Musique de Film de La Baule, qui se déroulera du 23 au 27 juin, rendra hommage à Philippe Sarde à l’occasion de ses cinquante ans de carrière. Philippe Sarde est l’auteur de plusieurs centaines de musiques de film et il est aussi le compositeur le plus récompen- sé aux César, avec dix nominations, pour les musiques originales de Baroc- co (1977), Le Juge et l’Assassin (1977), Le Crabe-tambour (1978), Une Histoire simple (1979), Tess (1980), La Guerre du feu (1982), Les Innocents (1988), La Fille de d’Artagnan (1995), Nelly et Mr Arnaud (1996), Le Bossu (1998) et La Princesse de Montpensier (2011). Phi- lippe Sarde est également l’auteur de « La Chanson d’Hélène », avec Romy Schneider et Michel Piccoli, extraite du film Les Choses de la vie, que tous les critiques considèrent encore comme l’une des plus belles mélodies du ciné- ma français. Philippe Sarde sera en concert au Palais des congrès Atlantia de La Baule le 26 juin prochain. La Baule + : Vous serez à La Baule pour le Fes- tival du Cinéma et Mu- sique de Film… Philippe Sarde : Oui et cela me fait plaisir de faire un festival dédié à la mu- sique de film, car la mu- sique donne le souvenir des films et la musique permet à l’auditeur de se rappeler les images et les acteurs qui l’ont touché. Je ne sais pas s’il existe une étude scientifique pour mesurer l’impact d’un film sans la mu- sique : au moment où le meurtrier tue la victime ou lorsqu’un couple se retrouve après des années de séparation, l’impact émotionnel se- rait-il identique sans l’apport de la musique ? La musique peut jouer un rôle émotionnel très fort si elle est construite, non pas pour souligner ce que l’on voit, mais ce que les person- nages ressentent. La mu- sique apporte une émotion unique. Elle apporte, avec un non-dit, une émotion desti- née à faire ressentir au spec- tateur un sentiment qu’il ne voit pas. La musique de film véhicule des sentiments de non-dit en renforçant le rôle du gentil ou du méchant. Il n’y a que la musique de film qui permette cela. C’est pour cette raison qu’elle est popu- laire et qu’elle va plus loin que l’image. Aujourd’hui, il y a de moins en moins de mu- siques créées pour des films, des tubes connus sont simplement repris … C’est le problème ! C’est dommage, car un tube ne permet pas d’amplifier un sentiment ou une action propre au film. Un tube n’est pas fait pour cela, alors que la musique est un per- sonnage supplémentaire et invisible qui apporte une dimension supplémentaire au film. L’utilisation d’un tube n’apporte pas cette même pulsion. En plus, une musique de film peut vivre très longtemps après le film, parce qu’elle n’est pas datée, alors qu’un tube, même s’il est très connu de toutes les générations, est automati- quement daté. Mettre un tube, c’est simplement faire de l’illustration. Une musique de film est vraiment intemporelle Une musique est exclu- sive d’un film et un film est aussi exclusif d’une musique. Pourrait-on ressortir, quelques dé- cennies plus tard, une même musique pour accompagner un autre film ? On pourrait le faire si les sentiments que doit véhicu- ler la musique sont proches du film. Mais cela ne fonc- tionnerait pas avec une chanson, car une musique de film est vraiment intem- porelle. La musique de La Guerre du feu pourrait très bien s’adapter à un scénario apocalyptique après une catastrophe nucléaire ou une pan- démie, avec des popu- lations abandonnées dans les rues… Exactement, alors que la musique de La Guerre du feu était faite pour illus- trer des hommes préhisto- riques... Vous voyez bien le grand écart que l’on peut faire avec une musique qui fonctionnerait sur un nou- veau sujet. On est peut-être à l’opposé avec le sujet du premier film, mais la mu- sique peut fonctionner en apportant une émotion. Les sujets sont peut-être oppo- sés, mais les sentiments sont quand même assez proches. C’est pour cette raison que je pense que les musiques de film ne vieillissent pas vraiment, contrairement à un tube qui marque une époque, et il est ensuite très difficile d’oublier cette époque. Si la musique est in- temporelle, je peux vous as- surer qu’elle ne vieillira pas, si le sujet est assez similaire et s’il y a de l’émotion qui s’en dégage. Vous avez composé La Chanson d’Hélène, avec Romy Schneider et Mi- chel Piccoli, c’est sans doute l’une des plus belles musiques du ci- néma français, alors que vous n’aviez qu’une vingtaine d’années… Est-ce comme le cadeau d’un ange gardien, ou une empreinte divine, marquant le chemin de votre vie ? C’est le premier film que j’ai fait, Les Choses de la vie. Il fallait une mélodie qui soit extrêmement émouvante et La Chanson d’Hélène est sincère parce qu’elle nous rappelle les sentiments de toujours. En plus, Romy Schneider n’était pas une chanteuse, mais une comé- dienne. J’ai eu la chance de rencontrer Claude Sautet qui m’a fait confiance. Il a su écouter ce qu’un jeune homme ressentait en décou- vrant quelques phrases du scénario, sans même voir le film, et c’est en lisant ces quelques phrases que j’ai eu l’intuition de créer ce climat qui est devenu le thème des Choses de la vie. Pourtant, vous auriez pu être influencé par la mode yéyé de l’époque… Ce qui m’a sauvé, c’est de ne jamais faire de la variété... Un musicien de film doit absolument essayer de faire quelque chose qui n’est pas à la mode et qui ressemble à autre chose qu’à de la variété ou à ce que l’on entend à la radio. La musique a une em- preinte et elle reste vivante pour toujours quand elle est réussie. J’ai eu la chance de travailler sur des thèmes in- temporels. Photo: Justin Prinz - Festival La Baule

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