La Baule+
la baule + 8 // Juin 2021 Covid-19 ► La crise sanitaire contribue à faire déclasser l’Occident face à la Russie et la Chine Général Dominique Delawarde : « Le budget de défense de l’Iran est maintenant équivalent à celui de la France en parité de pouvoir d’achat. » O fficier de l’Armée de Terre et ancien Saint Cyrien, le général Delawarde a notamment été chef du renseignement de la Force des Nations Unies au Liban, commandant du 7e Bataillon de Chasseurs Alpins, puis du 5e Régiment d’Infanterie de Montagne à Sarajevo, lors de la guerre de Bosnie, Officier de liaison auprès de l’enseignement militaire supérieur américain aux USA, et Chef du bureau «Situation-Renseignement-Guerre électronique » à l’état-major interar- mées de Planification opérationnelle. Il a terminé sa carrière en qualité de Chef d’état-major du Commandement des 24 écoles de formation de l’Armée de Terre (CoFAT). La Baule+ : Vous venez de mener une étude ap- profondie sur la stra- tégie de vaccination des pays et les consé- quences géopolitiques de cette situation sur les grands équilibres mon- diaux. Qu’en est-il ? Général Delawarde : Le vaccin Pfizer est numéro un. Le Spoutnik arrive en seconde position et, si l’on regarde les populations des États qui ont accepté les vaccins russes et chinois, on s’aperçoit que le vaccin russe a une excellente pénétra- tion, avec près de 3 milliards d’habitants et à peu près au- tant pour le vaccin chinois. Il y a beaucoup de pays en Afrique et en Amérique du Sud et, évidemment, les pays asiatiques. Comment expli- quez-vous ce degré de confiance des popu- lations mondiales à l’égard du vaccin russe ? Est-ce parce qu’on ne leur propose pas autre chose, ou est-ce parce qu’elles ont réellement confiance ? Nous sommes désinformés par nos médias qui critiquent tout ce qui est chinois et tout ce qui est russe… On pense toujours que les Chinois et les Russes ont plusieurs lon- gueurs de retard sur nous et que nous sommes en avance sur tout. On oublie que les Chinois ont réalisé de grandes performances. Ils ont été sur la face cachée de la Lune, le professeur Raoult rappelle qu’ils sont très en avance dans le domaine médical, et les membres de l’OMS qui ont visité ce pays au tout début de la pandé- mie ont été stupéfaits de voir les installations dont disposaient les Chinois. On a toujours un temps de retard dans la perception des pro- grès qui ont été accomplis par les Chinois et les Russes. C’est surtout une percep- tion occidentale des choses. Les pays qui ont connu les Russes et les Chinois de- puis bien longtemps, et qui traitent avec eux depuis longtemps, leur font de plus en plus confiance. Il faut bien dire que les Occidentaux n’ont pas tellement brillé dans la gestion de cette épi- démie et que les taux de perte étaient importants avec les stratégies de crise adoptée par les États occidentaux. Donc, la confiance dans l’Oc- cident est plutôt en baisse et la confiance dans les nations eurasiatiques s’inscrit plutôt à la hausse. J’aimerais m’attarder surunpaysparticulier: le Maroc. On aurait pu pen- ser qu’il suivrait aveuglé- ment la stratégie fran- çaise. Or, c’est l’inverse, puisque le Roi Moham- med VI a, dès le départ, préconisé la distribution de l’hydroxychloroquine à toute sa population et, pour la vaccination, le vaccin russe et le vaccin chinois ont été privilé- giés, alors que ce pays était naturellement tour- né vers l’Ouest. Comment comprenez-vous cette si- tuation ? Vous avez raison d’évoquer ce pays : sur le plan des ré- sultats, en taux de mortalité, ils se sont beaucoup mieux débrouillés que nous, comme tout le reste de l’Afrique, à l’exception de l’Afrique du Sud. La plupart des pays africains ont utilisé les trai- tements précoces à base de chloroquine ou d’ivermec- tine, plutôt que le vaccin. En matière de vaccins, ils ont fait preuve de pragmatisme et ils ont regardé ce dont ils dispo- saient en termes de finances, parce que les vaccins occiden- taux sont plus chers que les vaccins chinois ou russes. Il y a aussi une question de prix, il ne faut pas l’occulter com- plètement. D’ailleurs, tous les pays du nord de l’Afrique sont relativement attachés à la Russie, notamment l’Algérie qui achète ses équipements militaires en Russie. L’Égypte est un cas intéressant car, après une période de bonnes relations avec les Occiden- taux, ce pays est en train de se retourner du côté de l’Eu- rasie. L’Égypte a clairement changé son fusil d’épaule. Tous ces pays ont observé les pays occidentaux et cette crise aura un effet sur la crédibilité de l’Occident. Les bilans dé- sastreux qui ont été enregis- trés un peu partout, surtout en Amérique du Nord et en Europe de l’Ouest, donc dans les pays de l’OTAN, auront une influence. On pensait que ces États étaient solides, capables de résoudre tous les problèmes, on a vu que non. Finalement, on a vu qu’un pays beaucoup plus modeste, comme le Maroc, s’est beau- coup mieux débrouillé que nous. Tous ces pays ont uti- lisé l’hydroxychloroquine, y compris l’Inde qui a distribué des kits à toute sa population. On nous dit que l’Inde est en train de flamber, mais c’est à un niveau qui n’a rien à voir avec le nôtre, rapporté à la population : 200 000 morts en Inde, c’est dérisoire, quand on compare au bilan français de 100 000 morts. Les forces armées de ces pays, que l’on a longtemps méprisées, s’équipent à très haute cadence Cette crise sanitaire va avoir des répercussions à très long terme sur la sphère d’influence glo- bale d’une nation comme laFrance, sur le planéco- nomique comme cultu- rel… Donc, nous sommes déclassés…
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