La Baule+
la baule + Mai 2021 // 27 tradition, qui consiste à ne pas faire de l’autre un sus- pect mais un ami que l’on accueille, évidemment, elle est au cœur de bien des dé- bats politiques. J’ai le goût de l’autre, j’ai le goût de l’ailleurs, du voyage, pour aller découvrir d’autres pays, d’autres civilisations, d’autres cultures, d’autres hommes et femmes, d’autres origines. Et ce goût de l’autre est consubstantiel à la ri- chesse de l’humanité. Tout ce qui replie cette humanité sur elle-même, à travers ces murs que l’on érige, hier le mur de Berlin, aujourd’hui le mur du Mexique de Tru- mp, ou le mur entre Israël et les territoires palestiniens - que je suis allé visiter à plusieurs reprises et qui est fascinant de violence, si j’ose dire - ce sont des murs d’in- humanité. Le livre est un plaidoyer à la grecque de l’amour de l’autre et du res- pect des différences comme base du vivre ensemble de notre humanité. J’ai toujours les mêmes convictions qu’en 1981 Enfin, 1981-2021 : 40 ans plus tard, lorsque vous repensez à cette période, qu’est-ce qui vous revient le plus ? Il me revient une sorte d’éblouissement. Cela a été évidemment, comme pour tous les gens de gauche, les militants de gauche, les élus, les acteurs de la gauche, mais aussi le peuple de gauche, une date majeure dans l’histoire politique contemporaine, puisque la gauche était dans l’opposition depuis 23 ans et personne ne pensait que les Institutions de la Ve République pouvaient permettre la victoire de la gauche. Donc, 1981 a été un coup de tonnerre qui a bou- leversé l’histoire contem- poraine et nos vies. Cela a bouleversé la mienne à bien des égards. Cela a été pour moi un changement de vie, puisque je travail- lais déjà avec François Mit- terrand avant 1981 et je me suis retrouvé à l’Élysée avec lui. Donc, j’en ai un souve- nir ébloui mais, en même temps, sans nostalgie. La vie passe et d’autres sujets, d’autres actualités s’offrent à nous. J’ai toujours les mêmes convictions qu’en 1981 et qu’à 20 ans - là j’en avais 30 ou un peu plus - mais je n’ai pas changé du tout de convictions. Et je pense qu’il y a encore bien des combats à mener pour la République, pour la laï- cité, pour l’égalité, pour la justice sociale, pour les libertés... Tous ces com- bats me motivent toujours autant. Je me souviens de 1981 sans nostalgie, mais en tirant les leçons néces- saires : puisque cela a mar- ché à une époque, il fau- drait peut-être retrouver les voies de ce succès. Pour le moment, on essaie de gommer les différences et l’on s’ins- crit dans le « en même temps ». Cela a parfois des limites… Je pense que c’est une pa- renthèse dans l’histoire qui finira par se refermer. Je ne sais pas si cela prendra un quinquennat, voire deux, mais je suis convaincu que c’est une parenthèse qui se terminera. Propos recueillis par Yannick Urrien.
Made with FlippingBook
RkJQdWJsaXNoZXIy MTEyOTQ2