La Baule+

la baule + 12 // Octobre 2021 La Baule + : Vous aviez publié l’année dernière « Enracinés ! », un titre qui sonne comme une clé de sol qui donne le ton des débats qui agitent la France entre les enracinés et les déra- cinés : est-ce la nouvelle fracture française ? Gabrielle Cluzel : Oui, le clivage est politique, mais aussi civilisationnel. C’est celui entre les enracinés et ceux qui ne le sont pas. C’est là-dessus que vont se jouer les prochaines présiden- tielles, mais aussi là-dessus que se nouent et se dénouent de nombreux enjeux. Les enracinés n’ont pas bonne presse aujourd’hui, mais je revendique en être une et je veux honorer la mémoire de ceux qui ont été enracinés avant nous, pour la trans- mettre à mes enfants. Si je devais mettre une épitaphe sur ma tombe, ce serait merci à mes parents pour ce qu’ils m’ont transmis et merci à mes enfants pour ce qu’ils transmettront. Tout simplement. Vous avez également publié il y a une dizaine d’années « Méfiez-vous de la France bien éle- vée!» en évoquant ce pays sage, qui ne fait pas de bruit, mais qui peut un jour s’énerver. Cette France bien éle- vée ne vous a-t-elle pas quand même un peu déçue au cours de ces derniers mois, parce que c’est celle que l’on n’entend pas et qui ne semble guère avoir en- vie de se plaindre ? Déçue, je ne sais pas, mais il est vrai qu’elle est un peu longue à se réveiller ! Quand elle montre les crocs, elle peine à se faire entendre. Je disais qu’elle avait un moteur diesel, qu’elle était longue à se mettre en route, mais qu’on ne pourrait plus l’arrêter ensuite. Il ne s’agit pas de savoir si elle a lu les œuvres complètes de la ba- ronne Staffe pour apprendre comment on met ses cou- verts à poissons et comment faire un plan de table entre un cardinal et un général. Ce n’est pas le sujet. La France bien élevée, il y en a dans tous les milieux et dans toutes les sociétés. D’ail- leurs, cela rejoint le sujet Idées ► La journaliste dénonce les contradictions des féministes Gabrielle Cluzel : « La femme est la tragique victime d’une vaste mascarade féministe. » G abrielle Cluzel est l’une des vedettes féminines de la rentrée médiatique, puisque l’on retrouve la rédactrice en chef de Boulevard Voltaire sur de nom- breux plateaux de radio et de télé- vision. Elle figure également dans l’équipe de chroniqueurs d’Europe 1 et de CNews. Le grand public l’a connue pour ses ouvrages polé- miques comme « Méfiez-vous de la France bien élevée » (Éditions Mordicus), « Adieu Simone ! Les dernières heures du féminisme » (Éditions Le Centurion) et « Enra- cinés ! » (Artège). des enracinés. Cette France bien élevée partage un cer- tain savoir-vivre, des mœurs communes, avec une fine pointe de charité, puisque nous sommes une terre chrétienne, et c’est ce qui a débouché sur des mœurs que nous partageons, que nous soyons chrétiens ou non. C’est un logiciel com- mun qui nous permet de vivre ensemble, pour re- prendre une expression à la mode. C’est vrai que cette France bien élevée est silen- cieuse par essence. Elle ne fait pas de bruit, alors on la tond, on lui tape dessus, on est autoritaire avec elle... On voit comment on a verrouillé 67 millions d’habitants chez eux pendant le confinement et, maintenant, on leur de- mande un pass sanitaire, alors qu’à côté dans les ban- lieues c’est la fête... On ima- gine bien que les masques n’y sont pas tous bien portés et que les pass sanitaires ne sont pas tous à jour... Donc, il y a ce sentiment d’injus- tice et de deux poids deux mesures. On est fort avec les faibles et faible avec les forts. Tout cela finit par in- digner cette France bien élevée qui, j’en suis certaine, se lèvera un jour, même si aujourd’hui elle reste encore en retrait. Le féministe veut faire de la femme un homme comme les autres... Vous évoquez les der- nières heures du fémi- nisme dans « Adieu Si- mone ! ». Aujourd’hui, ce féminisme s’exprime sur un ton très agressif à travers notamment la cancel culture… Qu’en pensez-vous ? Il n’a de féministe que le nom, car si le cruciverbiste aime les mots croisés, le perfection- niste aime la perfection et le terroriste aime la terreur, on a le sentiment que le fémi- niste n’aime pas la femme! Tout ce qui est constitutif de la femme, ce qui fait son identité, est toujours décrié. Le féministe veut faire de la femme un homme comme les autres... D’ailleurs, ce n’est pas une exaltation de la femme, puisque le fémi- nisme pousse à l’indifféren- ciation des sexes. Donc, cette doxa est tout le contraire de ce que devrait être un fé- minisme bien compris. Par ailleurs, le féminisme porte pour moi cette tare originelle qui était celle de l’œuvre de Simone de Beauvoir, qui était inféodée à Jean-Paul Sartre : c’est-à-dire que le féminisme doit rentrer au chausse-pied dans le magis- tère de gauche. Pour cela, on doit sacrifier la femme sur le thème du catéchisme de gauche et on n’hésite pas à le faire. On peut donner mille exemples. Assez récemment, il y a l’Afghanistan et je suis frappée de voir des femmes réputées féministes, comme Cécile Duflot ou Sandrine Rousseau, parler de « soro- rité sans frontières » et ré- clamer au chef de l’État «un droit d’asile inconditionnel des femmes afghanes et de leurs proches». Qui sont ces proches ? Les frères, les pères, les cousins, les voi- sins? Ceux qui les ont persé- cutées ? Défendre la femme et en même temps remettre en cause le dogme immigrationniste, c’est évidemment impossible pour nos féministes Grosso modo, c’est tout l’Afghanistan… Voilà, c’est tout l’Afghanis- tan que l’on voudrait im- porter, avec sa conception, certes exotique mais moyen- nement romantique, des relations hommes-femmes qui n’est sans doute pas miscible dans notre culture et qui jauge la vertu des femmes à l’aune de leur te- nue, ce qui représente un danger pour la condition féminine occidentale et qui, a minima, devrait susciter une réflexion et des inter- rogations. Mais non, il ne se passe rien, parce que dé- fendre la femme et en même temps remettre en cause le dogme immigrationniste, c’est évidemment impos- sible pour nos féministes. Il y a un deuxième point amu- sant, s’il n’était pas tragique: quand je vous explique que les féministes ne défendent pas les femmes, mais l’indif- férenciation des sexes, c’est la part belle qui est faite ac- tuellement aux transgenres. On ne peut plus parler de femmes qui ont leurs règles, mais de personnes qui ont leurs menstrues. Sinon, ce serait discriminatoire pour les transgenres. En effet, maintenant les femmes n’ont plus forcément leurs règles... Cela me rappelle la phrase de Chesterton qui disait qu’il viendrait un temps où l’on serait brûlé sur les bûchers pour avoir dit que deux et deux font quatre. On n’en est pas loin, puisque l’on est déjà brûlé sur les bûchers médiatiques. De la même façon, dans les hôpitaux anglais, il ne faut plus parler de maternité ou de lait maternel ! C’est toute la mère, dans sa vocation de mère, qui est occultée. De la même façon, on accueille

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