La Baule+

la baule + 22 // Octobre 2021 Résultat : vous vendez déjà 100 000 places dans toute la France pour votre nouveau spectacle ! C’est incroyable ! On a mis l’affiche avec la date, sans promotion, et on en a ven- du 100 000. D’ailleurs, je ne suis même pas un fan des ré- seaux sociaux, je ne fais pas en sorte d’avoir des millions d’abonnés. Mon spectacle « Vends deux pièces à Bey- routh » avait extrêmement bien marché. Donc, j’avais très peur. Je me souviens, quand on était au bureau, on voyait les places partir sur notre propre billetterie, on recevait des mails toutes les secondes, cela ne s’arrê- tait pas... C’était à la fois un immense soulagement, mais aussi une immense peur, parce qu’il fallait être à la hauteur. Il n’est pas facile de rester discret, de refuser des interviews, de nombreuses émissions de télévision... Il y a plein de choses que l’on me propose au quotidien et que je ne veux pas faire, mais je veux être intègre. Face à tout cela, franchement, je ressens beaucoup d’amour. Je me dis que le public a compris et qu’il me fait confiance. Enpréparantnotreinter- view, je me suis fait cette réflexion en pensant à ces comiques comme Jean Yanne, Pierre Des- proges, Coluche, Bour- vil, Louis de Funès ou Jean-Marie Bigard, tous avec une gueule particu- lière. Est-il plus difficile de faire rire lorsque l’on a un physique de beau gosse ? Si vous regardez ma car- rière, j’ai complètement mis de côté mon physique. Je l’ai enlevé de l’équation car je me considère d’abord comme un comédien et un acteur. Par définition, si l’ac- teur incarne avec énormé- ment de profondeur ce qu’il dit, je crois que l’on oublie le physique. Je suis tellement habité par ce que je raconte sur scène que le physique importe peu. D’ailleurs, j’ai refusé énormément de rôles au cinéma, car c’étaient tou- jours des rôles de beau gosse ou de gentil voyou. Mais maintenant on vient me chercher pour des rôles un peu plus cool. Je vais tour- ner un film l’été prochain avec un rôle plus en profon- deur, en sortant du rôle de l’humoriste. La vérité n’existe pas, qu’elle est mouvante et qu’elle peut changer du jour au lendemain Dans vos spectacles, on observe que vous avez une grande culture générale des sujets que vous traitez : par exemple, sur ce que vous avez fait autour des pays arabo-musul- mans… C’est obligatoire pour trai- ter les sujets avec respect. Je voulais traiter du conflit israélo-palestinien et tout le monde m’a dit que c’était impossible. Mais il faut le faire avec beaucoup de res- pect, donc en s’informant auprès de gens que cela concerne directement. Il faut étudier l’histoire, ren- contrer des gens de tous les camps, même des gens avec lesquels vous n’êtes pas d’accord, parce qu’il est important d’avoir un propos objectif. Nous avons tous des failles et des choses qui nous énervent plus que d’autres. Mais quand je traite d’un sujet, mon rôle est-il de donner mon avis sur scène, ou de m’approcher au maxi- mum de ce que l’on pourrait appeler une vérité ? En plus, je crois que la vérité n’existe pas, qu’elle est mouvante et qu’elle peut changer du jour au lendemain. Pour avoir les propos les plus justes pos- sible, il faut être ouvert aux gens qui ne sont pas d’ac- cord. Donc, il est important de ne pas s’exciter sur un nouveau sujet et crier sur In- ternet avec les loups. Quand il y a de la passion sur un dé- bat, il faut le dépassionner. C’est ce que l’on fait dans la vie : quand les gens sont très énervés, on leur propose de redescendre et de reprendre la conversation un peu plus tard… Je suis arrivé sur des sujets avec beaucoup d’a priori et, en creusant, je me suis aperçu que j’avais tort. Par exemple, sur le conflit israélo-palestinien. J’ai ren- contré des soldats israéliens et j’ai rencontré des soldats palestiniens, or je n’ai vu que des victimes dans les deux camps. Mon propos a été de dire que les victimes étaient dans les deux camps. Personne n’a raison ou ils ont tous raison car, à partir du moment où l’être humain se retrouve dans une situa- tion qui n’est pas normale, il n’y a plus de vérité. Mettre des gens les uns en face des autres avec des armes, ce n’est pas normal, donc à partir de ce moment-là il n’y a plus de vérité. On ne se pose pas la question de sa- voir pourquoi on en est ar- rivé là. Dans mon nouveau spectacle, ce qui est drama- tique, c’est que je décrivais le système de santé français en disant : « Si un jour il y a un drame, on va être à terre! » Quelques mois après, la vie m’a donné raison et on s’est retrouvé à terre. On a dû équiper des salles de réa- nimation avec des masques de plongée Decathlon ! Si le rayon aquatique de Decath- lon est vide, ta grand-mère meurt... Et on est en France! Quand j’écris un spectacle, je veux d’abord faire explo- ser de rire les gens. Ils ne viennent pas voir une confé- rence ou un cours, ils sont face à un humoriste. Mais je veux aussi garder un propos intelligent en vulgarisant le sujet pour que tout le monde puisse le comprendre. Je ne suis pas allé à l’école, je n’ai même pas le bac. Donc, je ne vais pas aller faire un cours de sciences, d’histoire ou de médecine aux gens… Lorànt Deutsch n’est pas un historien, mais c’est l’un des plus grands pédagogues sur l’histoire de France… Je suis assez d’accord, mais cela reste un spectacle. Cer- tains me disent après le spectacle que j’ai abordé tel ou tel sujet en oubliant tel rapport avec l’Iran ou tel fait historique, je sais, mais ce n’est pas un cours de géopo- litique, c’est un spectacle. Je suis obligé de faire des rac- courcis et des ponts. L’im- portant est que les gens re- partent avec quelque chose de juste. Propos recueillis par Yannick Urrien. Jérémy Ferrari : « Il n’est pas facile de rester discret, de refuser des interviews, de nombreuses émissions de télévision...» Elle vit et chante près de vous ! La seule radio locale ou régionale dont l’audience progresse ! Auditoire global : 20,8% de la population Saint-Nazaire : 27 500 auditeurs (Audience globale Médiamétrie – Médialocales 2020-2021) Une audience qualitative : 25,4% des auditeurs de Kernews sont des CSP+ (Chefs d’entreprise, cadres, professions intellectuelles) Source Habitudes d’écoute Médiamétrie – Médialocales Saint-Nazaire Septembre 2020 – Juin 2021

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