La Baule+

la baule+ 24 // Mai 2022 La Baule + : Votre livre est un recueil de nouvelles amusantes qui se déroulent à La Baule. Pourquoi ce choix ? Eddie Bellier : La Baule est un lieu passionnant. Il s’y passe plein de choses. Pour un observateur affûté, c’est très amusant. Je vois La Baule comme une succession de lignes parallèles. D’abord, il y a les marais salants, puis la pinède et les belles villas, le remblai, avec une compétition féroce entre les automobilistes, les piétons, les cyclistes, les gens qui font du roller, ceux qui font de la trottinette ou du skate... Il n’est pas toujours facile de vivre ensemble. Enfin, il y a cette plage fabuleuse, surtout à marée basse, parce que c’est presque un stade olympique. On voit des gens marcher au bord de l’eau, des gens nager, d’autres qui font de la planche à voile… Dans une nouvelle, je présente un homme de 90 ans, qui ne peut plus faire de sport, mais il vit cette jeunesse sportive par procuration et cela le fascine. Vous présentez une analyse sociologique de La Baule, avec les oppositions sociales, mais aussi la superficialité de beaucoup de gens… La Baule est une ville bourgeoise. Mais il ne faut pas perdre de vue que pour que cette bourgeoisie puisse vivre, il faut qu’il y ait derrière des travailleurs pauvres, comme les caissières que la grande distribution appelle maintenant hôtesses de caisse pour essayer de revaloriser leur statut, plutôt que leur salaire. Il y a parfois une forme de superficialité qui peut se manifester. On voit bien les gens rouler dans des véhicules de luxe, mais en même temps c’est beau de voir ce type de véhicule. Le problème, ce n’est pas d’avoir une belle voiture, c’est la façon dont on se comporte au volant ! Vous écrivez que La Baule reste une belle endormie hors saison. La situation n’a-t-elle pas changé ? On retrouve un peu plus de dynamisme, mais La Baule reste quand même assez calme hors saison, alors que c’est très animé l’été. Vous vous moquez de temps en temps du caractère bourgeois de La Baule, mais vous semblez aussi indiquer que cette image disparaît un peu… Oui, je viens à La Baule régulièrement, je suis un bon Littérature ► Un recueil de nouvelles drôles et 100 % locales… Eddie Bellier : « L’écologie est une chose trop sérieuse pour la laisser aux mains des seuls bobos. » Eddie Bellier publie un recueil de nouvelles, La Baule-L’Epine, qui ont toutes pour cadre La Baule et la presqu’île de Guérande. Eddie Bellier est professeur de français. Il enseigne à Châteaubriant et il réside le reste du temps à La Baule, qui l’a inspiré pour l’écriture de ces 24 nouvelles. Il a commencé la rédaction de cellesci à l’issue du premier confinement en 2020. Tout à tour chroniqueur, témoin ou satiriste, cet enseignant décrit certaines turpitudes de notre époque avec décalage, souvent avec amusement, parfois avec agacement. Chaque récit raconte une tranche de vie dans un style incisif pouvant mélanger tendresse et ironie. Des marais salants jusqu’à la plage et l’estran, de la pinède bauloise et ses villas jusqu’à la promenade de mer, des mondes coexistent et parfois se croisent, de l’Antiquité à 2054, même si la plupart de ces histoires ont lieu de nos jours. « La Baule-L’Epine » d’Eddie Bellier est publié aux Éditions du Capitaine Flandin. Dédicaces à venir : Jeudi 26 mai, 10h-12h, tabac-presse Les Palmiers, avenue Lajarrige à La Baule. Vendredi 27 mai, à partir de 9h30, tabac presse Le Régalien 129, avenue Mazy à Pornichet. exemple. La sociologie de La Baule a évolué, avec davantage de classes moyennes, mais c’est purement subjectif. Le vélo occupe une place centrale dans votre livre. Pour quelles raisons ? D’abord, je commence en écrivant qu’un automobiliste sur quatre est un abruti. Malheureusement, on voit des comportements inadmissibles au volant, avec parfois des gens qui font des rodéos sur le remblai. Je pratique beaucoup le vélo et j’ai été agacé par un certain nombre de comportements discourtois. Dans la tête de beaucoup de gens, le vélo c’est pour les bobos. Mais c’est faux, c’est pour tout le monde. Clemenceau disait que la guerre est une chose trop sérieuse pour la laisser aux mains des militaires. L’écologie, c’est la même chose, c’est une chose trop sérieuse pour la laisser aux mains des seuls bobos. Donc, tout le monde peut pratiquer le vélo et apprécier le temps retrouvé. Les seniors sont souvent présentés comme des grognons et des râleurs… Chacun sait que l’on devient un peu plus acariâtre en vieillissant ! Mais je ne veux pas faire de généralités sur la vieillesse. Je ne parle pas des personnes âgées, les portraits ne sont pas négatifs. Je distingue la vieillesse qui est sagesse et la vieillesse un plus acariâtre qui donne libre cours à ses aigreurs lors des conseils syndicaux. Vous n’hésitez pas à lancer quelques réflexions politiquement incorrectes. Par exemple, vous rappelez que beaucoup de Français sont morts au XXe siècle pour avoir trop cru en ce qu’était leur identité, tout en soulignant que nombre d’entre eux pourraient aussi périr au XXIe siècle pour avoir ignoré cela… Dans cette nouvelle, c’est une femme âgée qui se souvient des bombardements à Saint-Nazaire. Elle réalise que la France et l’Europe se sont suicidées à deux reprises au XXe siècle et qu’il ne faudrait pas que la France et l’Europe se suicident une nouvelle fois au XXIe siècle en renonçant à leurs valeurs. Je crois qu’un sursaut est toujours possible quand on a conscience de ses racines et quand on est ferme sur ses valeurs. J’avoue avoir un peu de goût pour la provocation. On aura compris que vous n’êtes pas de gauche… Effectivement, je ne le suis pas ! Je ne suis pas social-démocrate, mais je suis quand même social, car je viens d’un milieu modeste et je sais ce que c’est que de travailler dur. Propos recueillis par Yannick Urrien.

RkJQdWJsaXNoZXIy MTEyOTQ2