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la baule+ Mai 2022 // 25 Décidément, rien ne nous sera épargné. Voilà bien que, maintenant, en complément du bulletin météo de certaines chaînes TV, on nous gratifie d’une carte de France répertoriant les départements où la densité de pollen seHumeur ► Le billet de Dominique Labarrière La Cité de la peur rait particulièrement forte. «Alerte pollen », voilà l’intitulé ouvertement anxiogène de cet instant télévisuel. Le message est clair : Tous aux abris, le pollen débarque ! On ne nous refait pas encore le coup des masques, probablement parce qu’on n’est pas certain d’en avoir assez, mais sans doute la tentation est-elle grande. Peut-être, de surcroît, des officines s’étant illustrées dans la mise au point et l’exploitation ô combien profitable de vaccins anti-covid planchent-elles sur des formules tout aussi remarquables et lucratives anti-pollen ? Certes, il y a des allergies et des gens qui en souffrent, mais il ne semble pas que cela concerne l’ensemble de la population. En vérité, ceux qui, malheureusement pour eux, sont vulnérables n’ont nul besoin que la télé les informe pour être au courant. Leur nez qui coule, leurs yeux qui piquent, leurs éternuements, leur gêne respiratoire ne leur laissent aucun doute sur l’apparition du phénomène, cela bien avant qu’on vienne leur fourrer la carte de tous les dangers sous les yeux. Quant à ceux qui s’en trouvent épargnés, il n’est pas exclu qu’ils finissent un jour ou l’autre par se demander s’ils ne sont pas bizarres. « La déferlante pollen est au plus haut dans mon département et je ne constate aucun des symptômes décrits. Je m’inquiète. Suis-je normal, docteur ? » En outre, puisqu’il paraît que la dimension psychosomatique aurait une certaine part dans l’apparition de ces pathologies, en brandir si complaisamment la menace ne risque-t-il pas d’avoir pour effet d’aggraver les choses ? Étrange société tout demême que la nôtre où on semble se complaire à agiter les peurs à tout propos et hors de propos. Le débat politique des élections présidentielles en a été une illustration : l’autre, le camp d’en face n’est pas une alternative, mais une menace. L’apocalypse populiste ou mondialiste, réactionnaire ou progressiste est entre nos mains, du moins celle qui glisse le bulletin dans l’urne. Attention, danger ! Votez, mais votez la peur au ventre! Un vote de travers et c’est la fin du monde, d’un monde en tout cas. Où est la raison dans une telle hystérisation de la donne ? Et nous ne parlerons pas de la sinistrose qu’on nous a inoculée à hautes doses, avec rappel en continu, au plus fort de la pandémie. Oui, qu’estce donc qu’une société qui, chaque soir, s’emploie à livrer le nombre des décès plutôt que celui des guérisons ? Spécificité française, en l’occurrence. En effet, il faut s’interroger sur cette fascination du morbide, sur le recours quasi systématique au spectre des peurs. La peur est un outil psychologique d’asservissement. Cela est bien connu. Qu’est-ce que littéralement le terrorisme sinon la peur - la terreur - poussée à son paroxysme, érigée en système de domination et d’infantilisation des peuples ? Les raisons objectives d’avoir peur - et il y en a, cela est indéniable - devraient nous suffire. Il faut savoir les regarder en face. Or, il n’est pas certain que, devant le florilège de trouilles artificielles qu’on nous assène, nous soyons encore assez lucides pour nous plier à cet exercice de salubrité. La grande boussole en passe d’orienter la moindre de nos pensées, de nos actions est bien, en effet, celle de la crainte. Nous devons avoir peur de l’air que nous respirons, de ce que nous avons dans nos assiettes, de l’inconnu potentiellement positif - méfiance instaurée désormais dès l’enfance, dès l’école - peur de notre passé de monstres colonisateurs, esclavagistes, peur du mâle dominant violeur potentiel que nous sommes, peur d’en être la victime si l’on est une femme, peur d’être de tel sexe plutôt que de tel autre. Nous voilà interdits de sérénité, interdits de bien être au monde. Mais j’arrête là. J’ai peur d’exagérer. Revenons à l’alerte pollen. Or, qu’est-ce que la pollinisation, sinon la vie qui renaît ? Le beau miracle cyclique de la renaissance vitale. Tremblez, tremblez ! Nous disent les cartes d’alerte, la vie est de retour ! George Orwell, en 1946, dans un article au titre improbable: « Quelques réflexions sur le crapaud ordinaire », écrivait ceci : « Si nous étouffons tout le plaisir que nous procure le processus même de la vie, quel avenir nous préparons-nous ? » Bonne question. Nous devrions méditer ces mots d’un rude bon sens et apprendre enfin à préparer avec lucidité et entrain notre avenir. Ne serait-ce que pour nous épargner d’en avoir peur.

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