La Baule+

la baule+ 28 // Mai 2022 Alexandra Lamy : « La comédie est un genre qui fait vraiment peur aux artistes parce que, si personne ne rit dans la salle, il n’y a rien de pire. » Cinéma ► Rencontre avec la comédienne au Château des Tourelles La Baule + : Les gens vous apprécient en tant que comédienne, on ne sait pas trop ce que vous pensez et vous n’êtes pas clivante. Cette description vous convient-elle ? Alexandra Lamy : J’adore! J’essaye de faire mon métier du mieux que je peux et puis j’ai la chance de pouvoir en vivre. Les gens sont toujours sympathiques avec moi, j’ai toujours une image qui est apparemment agréable... Donc, tout cela est plutôt chouette. Malgré l’expérience que vous avez, lorsque l’on vous connaît, on a le sentiment que vous n’êtes jamais blasée... Parce que c’est une passion: j’ai tellement voulu faire ce métier depuis que je suis toute petite ! C’est formidable d’être libre, avec des réalisateurs différents, dans des rôles différents et dans des genres différents. Chaque âge est intéressant quand on est artiste. J’ai adoré jouer des comédies romantiques lorsque j’étais plus jeune et, maintenant, on nous propose des rôles qui ont vraiment de la matière. C’est vrai, pendant une certaine période, les femmes ont été un peu des pots de fleurs et il fallait se contenter de donner les bonnes répliques. Mais aujourd’hui, il y a de vrais rôles de femme. On est même en tête d’affiche avec des rôles que nous devons vraiment défendre, c’est une chance. Pourtant, dans l’histoire du cinéma, il y a toujours eu des femmes qui se sont imposées… C’est vrai, dans les années 70 et 80, on avait des femmes comme Romy Schneider ou Simone Signoret qui avaient des rôles à défendre. Mais, tout d’un coup, dans les années 90, les femmes sont devenues secondaires et il y a eu moins de rôles pour elles. Aujourd’hui, les femmes ont changé et elles ont beaucoup de choses à raconter. Il y a de nombreuses femmes qui travaillent, donc on les voit peut-être un peu différemment. Il y a quelque temps, elles devaient se contenter d’être des femmes au foyer, je ne dis pas que ce n’est pas bien, parce que c’est quand même un boulot énorme, mais généralement les femmes devaient se contenter de ce genre de rôle. Maintenant, les choses changent. On n’imaginerait pas Jodie Foster dans un rôle subalterne… Oui, mais c’est différent de l’autre côté de l’Océan Atlantique. En France, on a toujours besoin de mettre les gens dans des cases, alors qu’aux États-Unis les acteurs passent toujours sans aucun problème de la série au cinéma. Chez nous, cela a été très difficile, j’en sais quelque chose ! On a besoin de mettre les gens dans des tiroirs. Lorsque je suis arrivée à Paris, je venais du théâtre et l’on m’a dit que, comme je venais du théâtre privé, je ne ferais jamais de théâtre subventionné… Si l’on fait de la comédie, on ne peut pas faire de drame et si l’on fait du cinéma populaire, on ne peut pas faire de cinéma d’auteur… On a vingt ans de retard par rapport aux Américains dans ce domaine. Si vous regardez n’importe quelle grande star aux États-Unis, vous pouvez constater qu’elle peut passer sans aucun souci de la série au cinéma. Lorsque vous évoquez la femme qui s’impose au cinéma, il ne faut pas oublier que c’est Alice Guy qui a été la première réalisatrice de cinéma. Elle a connu une belle carrière aux États-Unis. Elle a réussi à s’y imposer, alors que c’était beaucoup plus difficile en France. J’ai l’impression que dans les pays anglo-saxons, si une femme est à une place, c’est parce qu’elle mérite d’être à cette place, alors qu’en France on doit se battre. Heureusement, les choses s’ouvrent, nous avons des actrices et des réalisatrices extraordinaires. Maintenant, je ne suis pas féministe, on doit simplement plaider pour la parité. Si je suis avec un acteur à égalité dans un film, comme c’est un milieu d’hommes, on parlera plus facilement à l’acteur qu’à l’actrice Avez-vous ressenti des injustices dans ce domaine au cours de votre carrière ? Non, mais il y a toujours un truc : par exemple, si je suis avec un acteur à égalité dans un film, comme c’est un milieu d’hommes, on parlera plus facilement à l’acteur qu’à l’actrice. Et quand on parle de nous, c’est toujours à propos du physique. Mais tout cela est en train de s’ouvrir avec les nouvelles générations. Quelle image avez-vous de notre région ? Je suis venue tourner un film avec Claudia Cardinale dans la région, c’est vraiment une grande dame. Je connais surtout très bien la Vendée. J’étais dans une petite compagnie de théâtre avec le papa de ma fille, Thomas Jouannet, et nous avons beaucoup joué en Vendée. Donc, nous n’étions pas très loin de la Loire-Atlantique. Je suis bretonne par mon grand-père et je connais donc bien les différences entre la Loire-Atlantique, la Bretagne, la Vendée et toutes les polémiques… À l’époque, on ne gagnait pas d’argent, on faisait tout, on allait jouer dans les écoles, dans les maisons de retraite, dans la rue... C’était génial. C’est la meilleure école, parce qu’il faut être encore meilleur que si l’on est déjà connu. Avec une vedette, le public a un préjugé favorable, il est content de voir une personnalité qui passe à la télévision et il va rire, même si l’acteur n’est pas très drôle... Mais pour un inconnu, il est beaucoup plus difficile de faire rire… C’est certain, il faut se donner à fond quand on n’est pas connu. Mais même si vous êtes connu, il y a une pression. Quand on me dit que je dois prendre le rôle parce que je suis une femme très drôle, c’est une sacrée pression et j’ai toujours peur que les gens soient déçus. La comédie fait vraiment peur. C’est très difficile, on doit toujours être bon dans une comédie. Quelqu’un qui fait du drame a beaucoup plus de mal à passer à la comédie que l’inverse. Après, on est toujours obligé de mettre un mot derrière le terme de comédie, puisque l’on parle de comédie sociale, de comédie romantique ou de comédie musicale… On peut dénoncer des choses extrêmement fortes dans une comédie. Charlie Chaplin a bien su le faire. En réalité, je pense que la comédie est un genre qui fait vraiment peur aux artistes parce que, si personne ne rit dans la salle, il n’y a rien de pire. C’est affreux de voir une comédie qui n’est pas drôle. Qu’allez-vous faire au cours des prochains mois ? D’abord, j’ai joué dans « Le Test » avec Philippe Katerine, qui est sorti à la fin de l’année dernière. La période est difficile et je pense que le public a un peu perdu l’habitude d’aller au cinéma depuis la crise sanitaire. Ce n’est pas facile de le faire revenir, car Le Relais Thalasso Château des Tourelles reste l’adresse préférée de nombreuses vedettes du cinéma et de la chanson qui aiment venir se réfugier à Pornichet pour se détendre pendant quelques jours. Lors de son dernier séjour, Alexandra Lamy n’a pas manqué de faire la promotion du soin de bains de boues marines sur ses différents réseaux sociaux. C’est une femme épanouie et très heureuse de se trouver à Pornichet que nous avons rencontrée.

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