la baule+ 32 // Mai 2022 Pascal Chaine : « Il est essentiel de réfléchir sur ce que l’on va faire à la retraite et il est important de s’engager avant de prendre sa retraite. » Société ► Un Baulois livre quelques conseils pour bien aborder sa retraite Le docteur Pascal Chaine, qui habite à La Baule, est spécialisé en neurosciences. Membre de la Société française de neurologie et ancien chef de clinique et neurologue à l’hôpital Lariboisière, il a accompagné durant trente ans ses patients. Aujourd’hui jeune retraité, c’est à leur demande que Pascal Chaîne a décidé d’écrire un livre pour partager ses observations et son expérience médicale. Il a vu ses patients partir à la retraite, il a écouté leurs angoisses et leurs joies, il les a suivis après ce changement de vie. C’est une étape qui peut faire peur, qui peut générer solitude, ennui et dépression… Alors, comment se préparer à sa retraite dans de bonnes conditions ? Tel est le thème de l’entretien qu’il nous a accordé à l’occasion de la sortie de cet ouvrage. « N’ayez plus peur de la retraite » du docteur Pascal Chaine est publié aux Éditions Privat. La Baule + : Beaucoup de gens savent qu’il faut continuer d’avoir des occupations lorsque l’on prend sa retraite. Ils se fixent des règles, mais on s’aperçoit qu’ils ne les respectent pas toujours. On voit aussi des personnes vieillir très vite dès qu’elles abandonnent toute activité… L’image du couple de retraités heureux qui va au golf et qui fait des voyages, c’est vraiment une minorité… Pascal Chaine : Justement, c’est ce qui m’a poussé à écrire ce livre. J’ai été confronté à beaucoup de patients qui venaient de prendre leur retraite et ces gens, qui n’avaient pourtant pas de problèmes de santé, ou de problèmes financiers, culpabilisaient. On observe cela beaucoup plus chez les hommes que chez les femmes. J’ai vu des gens déprimer à l’idée d’être inactifs. Chez les femmes, les choses se passent mieux, parce qu’elles sont sans doute moins investies dans le pouvoir ou dans leur profession. Les femmes trouvent de nombreuses nouvelles activités et elles sont contentes. Chez les hommes, c’est différent. Que pensez-vous de ceux qui estiment qu’il ne faut jamais s’arrêter ? Il faut continuer à être productif. On a enfin du temps libre, c’est important, mais il faut faire des choses et produire, que ce soit pour soi ou pour les autres. La moitié des maires en France sont des retraités, donc on peut faire des choses pour sa commune ou pour des associations. Il est important de maintenir un lien social et de produire. Il est essentiel de réfléchir sur ce que l’on va faire à la retraite et il est important de s’engager avant de prendre sa retraite. Parce que l’on ne se rend pas compte à quel point on peut devenir « hors circuit » dès lors que l’on est en retraite… Oui, il faut avoir cela en tête. Bien entendu, il ne faut pas partir sur des projets complètement fous, comme faire le tour du monde à la voile, car on peut être déçu. Mais, dans les années qui précèdent la retraite, il faut préparer ce que l’on veut faire et savoir avec qui. Il ne faut pas oublier que l’on est associé à son travail tout au long de sa vie Beaucoup de gens ne perçoivent pas à quel point leurs réseaux vont disparaître : on ne vous répond plus quand vous êtes à la retraite… Il y a une perte de pouvoir, une perte narcissique. On ne reçoit plus de mails, le téléphone sonne moins souvent. Cela concerne toutes les catégories de la population. Un artisan est toujours content d’expliquer à son apprenti comment il doit travailler, mais du jour au lendemain on s’aperçoit que l’on n’est plus rien. Il ne faut pas oublier que l’on est associé à son travail tout au long de sa vie et la première question que l’on vous pose est toujours : « Que faites-vous dans la vie ? » À partir du moment où vous êtes retraité, il y a une culpabilité. Il faut préparer ce changement d’image et se dire que l’on n’est pas rien, on reste soi. Je fais abstraction des métiers difficiles, mais il y a beaucoup de professions où l’on peut continuer de travailler très longtemps après l’âge légal de départ à la retraite… On voit cela chez les médecins, les architectes, les psychanalystes, les comptables... Il ne faut absolument pas que la retraite soit obligatoire. Malheureusement, pour les gens qui sont dans les entreprises ou dans les administrations, ils n’ont pas le choix. Ils ont l’impression d’être mis de côté par les plus jeunes et cela favorise un sentiment de déprime. La meilleure prévention de l’Alzheimer, c’est de toujours s’émerveiller ! Peut-on deviner l’espérance de vie d’une personne en fonction de son organisation au moment de son départ en retraite ? L’hygiène mentale et l’hygiène de vie sont essentielles. Je parle beaucoup de cela dans mon livre. La retraite nous permet d’avoir du temps pour soi, mais aussi pour s’occuper de sa santé, sans que cela devienne obsessionnel. La retraite arrive à 60 ou à 65 ans, c’est un âge où l’on est plus vulnérable. J’insiste beaucoup sur les changements de santé, la nécessité de faire un bilan de santé et, surtout, faire de la prévention. Par exemple, il faut savoir reconnaître les signes d’un infarctus. Si quelqu’un n’arrive plus à parler pendant deux minutes, cela ne vient pas du ciel, il doit consulter très vite. J’observe aussi que les femmes sont beaucoup moins douillettes que les hommes. Pour les infarctus, les femmes appellent beaucoup plus tard quand il s’agit d’elles-mêmes que quand il
RkJQdWJsaXNoZXIy MTEyOTQ2