la baule+ 6 // Mai 2022 Jean-Louis Courtois : « La guerre en Ukraine s’arrêtera un jour ou l’autre et on reprendra exactement les mêmes rapports que l’on avait avant avec les Russes. » Guerre ► Comprendre la psychologie de l’armée russe Jean-Louis Courtois, rédacteur en chef de Commando Magazine, est spécialiste des questions de sécurité et de défense. Expert agréé en balistique, il a été moniteur de tir de la police nationale et il est vice-président de la Compagnie nationale des experts agréés en balistique, armes et munitions près les Cours d’Appel et expert en balistique, armes et munitions près la Cour Pénale Internationale de La Haye. Ce résident secondaire baulois connaît bien l’armée russe, puisqu’il l’a accompagnée sur plusieurs théâtres d’opérations. Il nous permet de mieux comprendre la psychologie de ses soldats et de ses dirigeants. La Baule + : Avant de traiter de l’actualité, notons que vous vous apprêtez à publier une fiction intitulée « Le 36 Sang dessus dessous » dont l’action se déroule aux 36 Quai des Orfèvres, comme on peut le deviner, mais aussi à La Baule… Jean-Louis Courtois : J’ai publié un roman, «L’Héritage de la vengeance», il y a quelques années et ce nouveau roman policier est actuellement en lecture chez de grands éditeurs. Il sera publié au cours des prochains mois. C’est une fiction très proche de la réalité, puisque c’est la première fois que dans un roman, les laboratoires scientifiques de la police sont mis en échec dans leur recherche de preuves matérielles pour aider les magistrats. L’action se déroule à Paris, au siège de l’ancien 36 Quai des Orfèvres, mais effectivement aussi à La Baule et à Pornichet. L’armée russe est totalement différente des armées occidentales sur le plan mental Évoquons maintenant la guerre entre la Russie et l’Ukraine : peut-on craindre un risque d’escalade sur notre territoire ? Avant de vous répondre directement, je vais préciser que j’ai fait un certain nombre de déplacements avec les unités russes en Russie, mais aussi en Tchétchénie. Donc, j’ai côtoyé les militaires russes pendant un certain nombre de semaines et j’ai vécu de l’intérieur leur entraînement. Je connais aussi leurs états d’âme. L’armée russe est totalement différente des armées occidentales sur le plan mental. Elle a beaucoup d’officiers, très peu de sous-officiers, et beaucoup de soldats. Cela veut dire que l’on est encore dans un rapport entre les moujiks et les notables. Donc, il n’y a pas le tampon des sous-officiers comme c’est le cas dans l’armée française. Quand un ordre est donné, il y a une exécution directe, et les militaires russes sont laissées libres de leurs actions. Est-ce une force ou une faiblesse, ou encore une force dans certains cas et une faiblesse dans d’autres ? C’est une faiblesse de notre point de vue, mais ce n’est pas une faiblesse ressentie par l’armée russe, qui a une autre présentation et un autre vécu. Quand on parle de la Grande Guerre patriotique, il faut savoir qu’il y a eu un million de Russes qui ont été tués lors du siège de Stalingrad face à l’armée allemande. Donc, ce sont des gens qui sont habitués à se battre, qui sont habitués à réagir et qui ont une attitude face à l’ennemi qui n’est pas la même que la nôtre. Leur politique est celle de la terre brûlée : c’est ce que l’on constate actuellement en Ukraine, puisque les Russes ont l’habitude de faire des frappes d’artillerie très lourdes avant d’envoyer l’infanterie. C’est leur système de combat. Les ruines que nous voyons à longueur de journée à la télévision, ou sur les réseaux sociaux, c’est un système de combat qui est tout à fait russe. On détruit et on avance… Le Russe n’a pas le même ressenti face à la mort que nous Les Américains n’ont-ils pas fait la même chose au Vietnam et en Irak ? Mais leurs bombardements étaient aériens, comme en France au moment du Débarquement. Il ne faut pas oublier qu’il y a eu plus de tués par les bombardements américains en Normandie, que par les combats au sol. Chaque armée a une technique de combat particulière. Ensuite, le Russe n’a pas le même ressenti face à la mort que nous. Pour les Occidentaux, l’objectif est de toujours éviter la casse humaine. Les Russes n’ont pas cette attitude, ils envoient leurs hommes au combat, c’est leur manière de faire la guerre. À Stalingrad, les troupes de la Wehrmacht ont été bloquées devant le principal complexe industriel, celui d’Octobre rouge, qui fabriquait des tracteurs. Ils savent très bien qu’il y a des souterrains dans des complexes industriels, pour fabriquer des armes en cas de guerre, et la formation vient aussi des espions russes qui sont un peu partout. On peut faire un parallèle avec ce qui s’est passé à Marioupol. La France livre des armes à l’Ukraine, forme des militaires ukrainiens et, paraît-il, envoie même des militaires sur place. Quels sont les risques d’escalade ? Effectivement, il peut y avoir des répercussions sur le sol français, allemand ou italien. Je n’y crois pas dans un premier temps, mais c’est une possibilité. Pour l’instant, les Russes avancent en continuant leur petit bonPhoto non publiée dans l’édition Internet
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