La Baule+

la baule+ Mai 2022 // 7 homme de chemin. Il ne faut pas oublier que la guerre au Donbass se déroule depuis huit ans. Les Russes ont encore des moyens, même si l’armée russe n’est plus l’armée rouge d’antan. Mais il faut savoir que c’est une armée qui a toujours eu des problèmes d’approvisionnement et des problèmes de logistique. Pour vous donner un exemple, lorsque l’on envoyait les combattants à Stalingrad, ils étaient toujours deux, l’un avec un fusil et l’autre avec des cartouches. Si l’un des deux était tué, l’autre prenait le fusil et les munitions. Peut-on comparer le mental russe au mental arabe, qui pourrait se résumer de la manière suivante : on admire toujours le plus fort et le plus belliqueux, quand on est attaqué, on fait bloc, même si l’on a tort, et l’on n’aborde pas la mort de la même manière que nous. Acceptez-vous ces parallèles ? Ce sont des parallèles que je peux accepter. Il y a très peu de temps, on a vu à la télévision des groupes tchétchènes qui criaient « Allah Akbar», ce qui montre que nous avons dans l’armée russe un certain nombre de combattants musulmans. Ce n’est pas l’essentiel, évidemment. Il y a toujours eu des régiments musulmans dans l’armée russe, comme il y a eu des régiments musulmans dans la SS allemande. Il est normal de retrouver toutes les composantes de la population russe dans l’armée russe. La population russe fait corps, comme l’armée, avec son dirigeant, au nom de la fierté russe. C’est sur ce point que beaucoup de gens se rapprochent de Poutine en cette période. C’est un effet psychologique normal, c’est l’effet du clan. C’est quelque chose d’ancestral. Je ne crois pas aux débordements en Europe Revenons au risque d’escalade : si notre attitude belligérante énerve trop les Russes, peut-on craindre un missile ciblé sur une base ou une caserne française ? Si nous ripostons en tirant sur une base russe, ils vont répondre. Donc, cela peut très vite monter… Pendant la Seconde Guerre mondiale, il y a eu l’armée Vlassov, du nom du général soviétique qui s’est rallié à Hitler et qui a combattu avec les Allemands. Il ne faut pas oublier aussi qu’il y a un passif entre les Ukrainiens et les Russes. C’est pour cette raison que les Russes parlent beaucoup des nazis, puisqu’il y a quelques mois encore, il y avait dans Kiev des défilés avec des gens qui étaient très proches des idées du Troisième Reich. Maintenant, sur les risques de guerre directe, je n’y crois pas. Ce n’est pas l’intérêt des Russes, ce n’est pas l’intérêt de l’OTAN, ce n’est finalement l’intérêt de personne. Les Russes ne parlent d’ailleurs pas de guerre, mais d’une opération spéciale, et nous parlons d’un conflit de très haute intensité, pour ne pas mettre en avant le mot guerre. Donc, je ne crois pas aux débordements en Europe. Globalement, la Russie a besoin de l’Europe, et l’Europe, quoi qu’on en dise, a besoin de la Russie. Il y a un élément important: le conflit ukrainien met en avant l’influence des réseaux sociaux, or cela n’existait pas lors des deux guerres du Golfe. Aujourd’hui, on a une diffusion énorme de l’image, on peut montrer des extraits de telle ou telle chose. C’est aussi un domaine que l’on doit aborder avec beaucoup de précautions. (Suite page 8)

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