la baule+ 26 // Mai 2023 Éducation ► Un professeur guérandais signe un roman satirique sur la morale dominante dans l’Éducation nationale Patrice Jean habite à Saillé, il est professeur au lycée Aristide Briand à Saint-Nazaire et il vient de publier « Rééducation nationale », un roman satirique sur les idéologies, la morale dominante et les théories pédagogiques de l’Éducation nationale. Patrice Jean est professeur de lettres modernes. Il a publié 7 romans, dont 4 aux éditions Rue Fromentin. Son dernier ouvrage, « Le parti d’Edgar Winger » (Gallimard) a reçu le Prix des Hussards en 2022. « Rééducation nationale » de Patrice Jean est publié aux Éditions Rue Fromentin. Patrice Jean : « Chaque fois qu’il y a une exposition ou une intervention, on a le sentiment que France Inter débarque ! » La Baule + : Votre livre a été écrit il y a six ans et il est édité seulement maintenant. Or, il est incroyablement d’actualité : aviez-vous vu poindre cette montée du wokisme ? Patrice Jean : C’était déjà un peu le cas à l’époque. Il manque cependant la question du télé-enseignement, qui est apparu avec la Covid. J’observe l’évolution de la société, mais si l’on prend « Rééducation nationale », il y a évidemment de l’exagération et de la caricature. J’avais envie de m’amuser pour aborder ce milieu que je connais bien, puisque j’enseigne depuis 30 ans. Je ne voulais pas écrire un témoignage, parce que cela existe déjà. Je ne voulais pas écrire un essai non plus. Mais, c’est vrai, tout ce qui est féminisme, antiracisme et développement durable, tout cela est extrêmement présent au sein de l’Éducation nationale. L’enseignement et l’éducation, ce n’est pas la même chose : vous aviez la vocation d’être un enseignant, or vous vous apercevez que vous êtes de plus en plus un éducateur… C’est vrai. Chaque génération se demande ce qu’elle va transmettre aux générations futures et il y a forcément de l’idéologie dans l’éducation. Il y avait l’idéologie avec les hussards noirs, mais ce n’était pas la même qu’aujourd’hui, il fallait que chaque enfant connaisse bien les tables de multiplication et les grands écrivains français. Aujourd’hui, l’idéologie s’est déplacée vers le développement durable ou l’antiracisme. Le corpus à transmettre est toujours discutable. Pour le bac, il y a maintenant un corpus obligatoire. Il y a quelques années, nous n’étions pas toujours d’accord entre collègues sur les auteurs à transmettre. Certains estiment que Molière est devenu beaucoup trop compliqué… Ce sont des choses que l’on peut entendre. Je ne suis pas du tout d’accord, c’est de plus en plus compliqué parce que c’est une langue qui est de plus en plus éloignée de celle des élèves, comme Balzac par exemple. Derrière Bruno, le héros du livre, y a-t-il du Patrice Jean ? Très peu. J’ai voulu prendre un personnage très différent de moi. Bruno a une trentaine d’années quand il entre dans l’Éducation nationale. Il est très enthousiasmé, ce qui était mon cas d’ailleurs. Mais je me suis rendu compte assez rapidement qu’il y avait des choses qui ne fonctionnaient pas. Il y a les programmes qu’il faut respecter, les parents pensent beaucoup aux examens... Après, il y a beaucoup d’idéologie. Bruno découvre la salle des professeurs et il a le sentiment d’être dans un club du VVF… C’est vrai. C’est le jour de la pré-rentrée et tout le monde est souriant et bronzé. Certains arrivent en tongs, mais c’est la pré-rentrée. Cela dit, les professeurs sont plutôt détendus vestimentairement parlant... Vous décrivez vos collègues comme étant tous des auditeurs de France Inter… C’est vrai que beaucoup de profs écoutent France Inter et il m’arrive aussi de l’écouter. Ce sont aussi des lecteurs de Télérama… Je ne voudrais pas donner l’impression de taper sur des collègues, car il y a quand même beaucoup de sérieux chez les professeurs. Ils ont vraiment à cœur de transmettre des connaissances et de faire pour le mieux. Il y a du dépit parce que, parfois, je n’arrive pas à transmettre l’amour que j’ai pour la littérature, mais c’est vrai qu’il y a aussi de l’idéologie. Je vais vous donner un exemple. Il y a une exposition sur les frontières dans mon collège et cette notion de frontières est très critiquée, parce que c’est fasciste... Chaque fois qu’il y a une exposition ou une intervention, on a le sentiment que France Inter débarque ! Par exemple, il y a un auteur, Laurent Gaudé, qui est un romancier très estimable. Il a écrit un livre sur les migrants, Eldorado, et il a été étudié dans beaucoup de classes, que ce soit en français ou en histoire. Vous présentez un syndicaliste, Didier Merluche, c’est une véritable caricature… Dans tous les établissements scolaires, il y a toujours des syndicalistes très remontés, toujours prêts à faire la grève, toujours pensant que la direction est mauvaise et qu’elle cherche à tromper tout le monde. Vous racontez que lorsque les professeurs doivent travailler sur un projet de voyage, ils décident de ne pas quitter la région des Pays de la Loire, pour éviter toute forme de discrimination, afin de ne pas écarter des élèves dont les familles n’auraient pas les moyens de financer un déplacement plus éloigné… La lutte contre la discrimination est essentielle dans l’Éducation nationale. D’ailleurs, le nouveau ministre, Pap Ndiaye, a fait de la lutte contre les inégalités scolaires son credo. Or, il a mis ses enfants à l’École alsacienne à Paris, une école privée très élitiste ! Ce n’est pas un reproche, mais cela m’amuse d’entendre claironner ce discours contre les inégalités scolaires, alors que dans sa propre vie il n’applique pas sa doctrine. On doit travailler sur la féministe Olympe de Gouges, or personne ne proteste, alors que son texte ne vaut pas grandchose sur le plan littéraire Racontez-nous le passage sur Malraux, qui est une histoire vraie… Dans les années 20, Malraux avait volé des petites statuettes dans un temple khmer au Cambodge,
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