La Baule+

la baule+ 18 // Octobre 2023 L’Allemagne est le fer de lance de cette politique, d’abord en liaison avec la Russie, elle fait la promotion du modèle intermittent couplé au gaz, et depuis le sabotage des gazoducs, elle promeut l’utilisation d’énergies intermittentes très faibles avec le gaz naturel liquéfié américain. La plupart des associations écologistes antinucléaires sont de véritables mercenaires qui font des opérations de guerre informationnelle pour détruire nos capacités de production nucléaire, afin de favoriser, d’une part la filière de gaz russe ou américaine, mais aussi pour favoriser la filière nucléaire russe. John Kerry, un personnage important de l’administration américaine, est récemment venu en Roumanie pour expliquer que les États-Unis allaient créer un guichet unique de déploiement des petits réacteurs modulaires américains, pour remplacer les centrales au charbon dans les pays de l’Est. Les tensions internationales sont à leur comble pour la bataille de la distribution du gaz et pour un affaiblissement de notre société via les éoliennes. Il ne faut pas se leurrer : dans un contexte guerrier, on ne va pas construire des canons, des sous-marins et des porteavions avec des éoliennes ! Nous sommes entourés de militants qui nous répètent que tout est de la faute de laRussie et qu’il faut compter sur les Américains. En face, il y a ceux qui critiquent les États-Unis en alléguant que c’est le mondialisme qui veut affaiblir la France et que le salut viendra de la Russie… Vous êtes plus pragmatique en soulignant que nous n’avons pas d’amis et qu’il aurait fallu rouler pour notre industrie nucléaire, alors que les États-Unis et la Russie ont tout fait pour nous affaiblir… Exactement. Nous n’avons pas d’amis dans le domaine énergétique. Nous avons potentiellement des partenaires, les Américains et les Russes. Mais c’est comme dans le monde des affaires, on peut être partenaires et adversaires. Nous sommes seuls. La France est grande, elle a un passé historique puissant. C’est le pays qui a inventé l’énergie nucléaire. Donc, il ne s’agit pas d’être pro-russe, ou pro américain, ces deux pays ont été les alliés de la France dans l’histoire, on ne va pas nier cela et je dis simplement qu’il faut rééquilibrer la relation géopolitique. On demande à la France d’armer l’Ukraine, mais qui a récupéré le marché des neuf réacteurs nucléaires en Ukraine ? C’est Westinghouse et c’est Joe Biden qui a signé le contrat avec Zelinsky. Sur le sol européen, ce pays nous demande en permanence des armes, mais ce pays signe avec les États-Unis. Bruno Le Maire nous a dit que nous allions faire une guerre économique totale à la Russie et, quelques mois plus tard, la facture de gaz est passée de 120 milliards à 400 milliards d’euros. Les États-Unis ont réglé leur problème d’indépendance énergétique, tout comme la Russie, alors que l’Europe se retrouve dans la nécessité d’importer 55 % de sa consommation d’énergie. Cette situation met l’Europe à genoux. En menant ces opérations de guerre économique, il y a une riposte de la Russie qui bloque le robinet du gaz et qui nous fait payer très cher cette situation. Il y a une véritable inflexion du gouvernement sur la question du nucléaire La situation est-elle en train d’évoluer ? Oui. Il y a une véritable inflexion du gouvernement sur la question du nucléaire. Agnès Pannier-Runacher a créé le club de l’alliance nucléaire, avec 16 pays, pour répondre au club des renouvelables de l’Allemagne. Donc, quand ils veulent s’en donner la peine, ils répondent à cette guerre de l’énergie. Quand on cherche à avoir des interlocuteurs dans le domaine de l’intelligence économique à un haut niveau, il n’y a personne. On ne se bat pas. Lionel Jospin et Dominique Voynet ont fait d’énormes dégâts pour notre politique énergétique. La fermeture de Superphénix, mangeur de déchets des autres réacteurs nucléaires, s’est faite dans le cadre d’un accord électoral. Un truc de coin de table, signé dans un bistrot, en supprimant un dispositif permettant de faire de l’électricité avec les déchets des autres centrales nucléaires... Selon l’Office parlementaire des choix technologiques, les combustibles de nouvelle génération permettent d’assurer l’indépendance de la France sur le plan énergétique pendant plusieurs milliers d’années. Nous avions cette avance considérable, à travers Superphénix. Ce prototype a été fermé et, pendant ce temps, la Russie en a construit deux. Aujourd’hui, Bill Gates, a reçu des milliards du département américain à l’énergie, qui lance un réacteur à neutrons rapides de nouvelle génération aux États-Unis. La trahison est parfaitement identifiée. Vous accusez les O.N.G. d’être des mercenaires énergétiques qui, au nom du climat, emmènent les cerveaux dans une cour de récréation… Donc, on va devoir payer tout cela pendant des décennies… Je conteste fortement la logique décroissante, qui est très dangereuse ! Il y a beaucoup d’O.N.G., notamment Greenpeace, Les Amis de la Terre, WWF, qui sont au cœur de la politique antinucléaire européenne depuis les années 70. Il suffit d’aller sur le site Internet de la fondation Rockfeller pour vérifier cela. La fondation Rockfeller a été créée par les magnats du pétrole et l’on retrouve tous les financements qui ont été faits à Greenpeace, Les Amis de la Terre ouWWF. Ce sont des O.N.G. qui agissent en justice pour demander que le nucléaire ne fasse pas partie de la taxonomie verte. Il y a toute une opération de guerre informationnelle, à travers le financement d’O.N.G. et d’officines spécialisées. L’École de guerre économique a établi dans un rapport que des officines allemandes recevaient des fonds du gouvernement allemand pour mener des opérations de dénigrement du nucléaire en France. On comprend que l’Allemagne ne veut pas que la France développe son nucléaire, puisque c’est une électricité pas chère. Greenpeace explique sur son site Internet que les éoliennes sont comme un bouquet de fleurs pour la transition énergétique ! Il faut bien comprendre que c’est la double face d’un même combat : d’un côté, on dénigre le nucléaire pour le détruire et, de l’autre, on impose des énergies intermittentes pour faire en sorte d’affaiblir les pays et les rendre dépendants au gaz russe ou au gaz américain. Propos recueillis par Yannick Urrien. Fabien Bouglé : « Nous n’avons pas d’amis dans le domaine énergétique.»

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