la baule+ 20 | Août 2024 Marine Jacquemin : « Je n’ai vu que des souffrances inutiles à travers des guerres absurdes. » Comprendre le monde ► Elle a couvert les grands conflits au péril de sa vie Marine Jacquemin est grand reporter, réalisatrice et productrice. Elle a couvert tous les conflits de la planète depuis 1989 pour la chaîne TF1. Elle a assisté à la chute du Mur de Berlin, qui allait redessiner complètement le monde à venir (les révolutions à l’Est, la fin du pacte de Varsovie, puis l’Irak, l’Afghanistan, le Rwanda, la Tchétchénie…). 70 pays parcourus et des milliers de reportages. Dans son dernier livre, elle lève le voile pour nous faire découvrir les coulisses d’un monde aussi passionnant qu’impitoyable, dans lequel elle a su se frayer un chemin. Son récit n’élude pas ses combats intimes : endométriose, cancer, harcèlement... Celle qui n’a jamais pu être mère a pu soulever des montagnes pour construire, il y a vingt ans, un hôpital pour enfants à Kaboul, dans un Afghanistan occupé par les talibans. Il est toujours debout. « Mes Guerres. Confidences d’une grand reporter » de Marine Jacquemin est publié aux Éditions de l’Observatoire. La Baule+ : Au départ, il y avait cette douleur personnelle, puisque vous ne pouvez pas avoir d’enfant, et vous avez décidé de vous engager dans des terrains difficiles. Vous avez été confrontée à la mort de votre équipe, au Liban, en raison du tir d’un char israélien. Vous auriez pu décider de faire marche arrière, mais vous avez continué sur cette voie… Marine Jacquemin : J’étais un peu Marie-Chantal au pays des kalachnikovs à l’époque... J’étais venue par amour rejoindre l’homme que j’aimais au Liban, nous ne pouvions pas avoir d’enfant et il a décidé de s’expatrier pendant un an pour réfléchir et respirer. Je n’avais jamais couvert de guerre et un ami me propose de descendre au Sud Liban pour voir la guerre. C’était l’époque où les chars israéliens désertaient le pays. La veille, il y a eu un attentat. On arrive sur une route, le char est au bout et il tire. Je vois ces trois hommes, que je devais aider dans leur reportage, exploser devant moi. Le preneur de son tombe en morceaux et c’est un choc terrible. Le soir même, je rentre à Beyrouth et un ami me propose de rejoindre une fête, car il est nécessaire de noyer sa tête. Je me retrouve dans un appartement haussmannien, dans Beyrouth, que vous avez connu, avec cette ville scindée en deux entre le côté chrétien et le côté musulman. C’est d’ailleurs cette fête qui a déclenché votre vocation… Absolument. Il y avait des snipers tout au long de cette frontière et j’arrive dans un appartement haussmannien, avec des tableaux de maître, mais il y a plus de façades ! Je vois ces jeunes, avec des kalachnikovs, en train de flirter, rigoler, picoler, et cela me choque. La fille qui reçoit - elle est devenu ma grande amie - me dit :« Si tu fais cette tête toute la soirée, ce n’est pas la peine de venir. Ici, on sombre en riant. » Le lendemain matin, elle vient me voir et me dit : « Et si tu avais raison?» Elle avait 24 ans, et elle avait commencé la guerre à 14 ans. Nous sommes à quatre heures de Paris ! On a beau regarder les choses et les guerres à la télévision, il faut comprendre que ces gens vivent la même vie que nous et que ce ne sont pas des sauvages, contrairement à ce que certains disent. Ce jour-là, elle me dit qu’elle veut la paix, qu’elle veut venir en France, qu’elle veut toutes les cartes, carte bleue, carte grise, carte vitale… Je suis aimantée par tout cela. Moi qui suis une mère en deuil, une moitié de femme, il fallait que j’aille voir les femmes de ces pays. Au départ, c’était juste pour me guérir, mais c’est devenu très vite une passion absolue. Pas une drogue. La guerre, c’est le plus grand théâtre du monde Ce fut aussi un enseignement sur la manière dont l’être humain se comporte en temps de guerre, car il est capable du meilleur comme du pire… Chez nous, on a dénoncé ses
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