la baule+ Août 2024 | 21 voisins, mais vous avez aussi vu des gens s’enivrer jusqu’au bout de la nuit en faisant la fête… La guerre, c’est le plus grand théâtre du monde. Des héros anonymes sont entraînés dans lamort et dans l’horreur par une poignée d’hommes. C’est ce qui m’a toujours choquée. J’ai couvert beaucoup de guerres et c’est toujours une poignée d’hommes qui entraînent des jeunes comme des chairs à canon. Je voulais comprendre cela. Aujourd’hui, ce sont des généraux de plateau, qui sont toujours dans la théorie, qui commentent la guerre… Le fait de n’avoir pas été formée à cela vous a-t-il amenée à avoir un regard différent ? J’ai eu beaucoup de chance. On était déjà à l’époque des cassettes et des cartes numériques, j’ai vécu toutes les époques jusqu’à l’iPhone. J’ai fait le même travail jusqu’à l’année dernière. J’aimais rentrer dans la vie des autres, pas dans la géostratégie ou la géopolitique. Je voulais comprendre l’autre, parce que l’autre c’est nous. Il ne faut pas se faire d’illusions, demain, nous pouvons être l’autre puisque la guerre est à nos portes. J’ai voulu prendre le téléspectateur par la main et me mettre cul-de-jatte à la place des culs-de-jatte, combattante à la place des combattantes et violée à la place des violées. Je rentrais dans leur vie, j’avais froid comme eux, j’avais faim comme eux, j’avais peur comme eux… J’avais l’impression que leur tendre mon micro faisait qu’ils n’allaient pas mourir isolés, en exil de notre monde. Mes reportages d’une à deux minutes, qui me prenaient 24 heures, étaient souvent regardés entre la poire et le fromage. L’écriture de ce livre vise aussi à rendre hommage à ces gens. C’est une sorte de transmission. Votre démarche vise à comprendre l’autre. Or, aujourd’hui, on veut obliger l’autre à penser comme soi, parce que l’on croit que l’on est dans le camp du bien et de la raison, tandis que les autres ont toujours tort et sont dans le camp du mal. N’est-ce pas une sorte de prétention occidentale ? Totalement. Je n’ai rien contre les Américains, mais derrière toutes ces guerres, il y a souvent la CIA qui pense imposer notre démocratie. On l’a vu avec l’Irak, la première guerre, puis le mensonge d’État avant la deuxième guerre. C’est une prétention incroyable, car chacun a sa croyance et il faut la respecter. Ce que je n’aime pas, dans les religions, c’est que certains hommes outrepassent la croyance. Je n’ai qu’une croyance universelle, un même Dieu pour tout le monde et le même devenir dont on ne sait pas grandchose. Qui sommes-nous pour imposer à l’autre ce qu’il doit faire ? Il n’y avait pas d’armes de destruction massive et c’était un mensonge d’État Et ce qu’il doit penser… C’est vrai. Il y a des guerres qui s’imposent, mais il y a aussi des guerres absurdes. Ne serait-ce que l’embargo contre l’Irak. On dit que c’est une sanction et c’est faux. L’embargo contre l’Irak, tel qu’il a été appliqué, était vraiment une arme de guerre. Saddam Hussein et ses fils n’en avaient strictement rien à faire et c’étaient les populations qui morflaient. Le pire, c’était le pavillon des cancéreux à Bagdad. Les enfants auraient dû être soignés. On leur livrait les médicaments, mais ils ne sont jamais arrivés. Idem pour la deuxième guerre du Golfe. Je ne vais pas rappeler qu’il n’y avait pas d’armes de destruction massive et que c’était un mensonge d’État. J’ai vu pendant des années les inspecteurs de l’Unscom (Commission spéciale des Nations Unies chargée de désarmer l’Irak) vraiment fouiller dans tous les coins de l’Irak, à la recherche de ces armes, qui n’existaient pas. (Suite page 22)
RkJQdWJsaXNoZXIy MTEyOTQ2