La Baule+

la baule+ Août 2024 | 23 construction de cet hôpital directement avec les talibans… Sur le terrain, on n’a pas le droit de prendre parti. Mais, à un moment donné, on ne peut pas se cacher les yeux de tout. C’est pourquoi j’ai décidé de construire un hôpital. Je voulais adopter un enfant, or malheureusement il a sauté sur une mine. Mon traducteur m’a emmené devant un hôpital en me disant: « C’étaient les hospices de Lyon qui ont construit cet hôpital, on va le reconstruire ensemble. » Hélas, les talibans sont arrivés et il a été pendu. Mais il avait semé une graine. Muriel Robin avait vu un reportage extrêmement puissant sur la fabrication des briques par des petits enfants. Une petite fille meurt les poumons étouffés par la poussière des briques et Muriel me demande ce que l’on peut faire. On a donc décidé de construire cet hôpital. Il est dirigé par La Chaîne de l’Espoir, avec des équipes qui vont à Kaboul, au péril de leur vie. Il a tenu et il a déjà sauvé des milliers d’enfants. Il y a quelques semaines, les talibans sont venus dans l’hôpital, ils voulaient le prendre en charge. Une femme formidable leur a tenu tête en leur disant : « Faites ce que vous voulez, mais si vous prenez l’hôpital, vous n’y arriverez pas». Il fallait que les femmes restent au travail. Donc, il y a encore 23 ou 24 femmes au travail et tout cela est très fragile. Malheureusement, il n’y a plus la suite, de relève, puisqu’il n’y a plus d’élèves. L’hôpital n’a jamais aussi bien fonctionné que jusqu’à présent. Quel a été votre rapport avec le chef des talibans pour obtenir la construction de cet hôpital ? Je suis arrivée vers lui en lui disant que j’étais une femme qui veut aider les enfants et les femmes d’Afghanistan, qui est l’un des pays les plus pauvres du monde. Il avait accepté de me recevoir, grâce à un copain palestinien. Il ne m’a jamais dit oui, mais on a pu le construire. Notre hôpital n’a jamais sauté. Je pense qu’il me survivra et c’est mon bonheur. C’est pour cela que j’invite chaque lecteur à se demander ce qu’il peut faire pour l’autre. Dans votre livre, vous évoquez aussi le harcèlement à l’égard des femmes… Je parle d’une époque où le harcèlement moral était encore possible. Cela existe toujours. On parle beaucoup du harcèlement sexuel, en revanche, le harcèlement moral est un poison vicieux. À ce moment-là, j’étais faible. Je n’ai pas envie de jeter un nom en pâture. Je veux dire qu’un homme, ou une femme, peut harceler une femme, ou un homme. C’est une question d’individu et de pouvoir. Tout le monde me disait : « Comment une femme aussi forte que toi peut-elle être menacée par un tel homme?» Malheureusement, oui. J’ai vu de grands patrons se laisser emporter. Cela vient sournoisement et quand on s’aperçoit qu’il s’agit vraiment d’un harcèlement, c’est trop tard, on est emporté dans l’histoire. Finalement, j’ai démissionné. J’ai aussi voulu donner un peu de ma vie privée dans ce livre, parce que c’est important vis-à-vis des jeunes. L’endométriose, le cancer ou le harcèlement moral, cela existe toujours. J’ai donc voulu livrer une réflexion. Ce livre se lit comme un roman. J’ai voulu que cet ouvrage soit léger comme un roman, mais tout est documenté. Enfin, vous connaissez bien La Baule… J’adore cette région. J’ai fait beaucoup de recherches d’épaves avec mon amoureux de l’époque. On a retrouvé Le Soleil Royal, Le Superbe, on a été fouiller sur le site de la Bataille des Cardinaux, au large du Croisic. J’ai œuvré avec une bande de plongeurs formidables. Cela fait partie des meilleurs souvenirs de ma vie. Maintenant, j’aimerais beaucoup avoir une petite maison à La Baule, mais c’est trop cher pour moi ! Propos recueillis par Yannick Urrien.

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