la baule+ 14 | Décembre 2024 Cinéma ► Octogénaire, star du cinéma X français, il a été surnommé « Queue de béton » ! La Baule+ : Vous avez eu une notoriété mondiale dans le cinéma X. Comment devient-on acteur dans ce milieu ? Richard Allan : La vie n’est faite que de rencontres et c’est à l’occasion d’une rencontre que je suis tombé dans ce milieu très spécial. J’étais friand de soirées érotiques, et même un peu plus pour les initiés... Au cours d’une soirée, j’ai fait la rencontre d’une célèbre prêtresse de l’amour qui m’a vu à l’œuvre. À l’époque, j’avais monté une entreprise qui n’avait pas vraiment fonctionné. Je venais de revendre mes parts à mon associé et je cherchais du travail. Cette femme m’a dit que j’avais une drôle de santé et qu’elle voulait me présenter à un ami qui faisait des photos érotiques et un peu plus. Je savais ce que cela signifiait, puisque j’avais déjà vu des revues danoises ou suédoises, mais j’ai d’abord décidé de demander l’autorisation à ma femme, qui participait aussi à nos soirées. Lors du premier rendez-vous de travail, j’étais avec ma femme. Il y avait un photographe, le producteur, un assistant et un autre couple. Je tombe sur une fille aux yeux bleus et très mignonne. Or, tout d’un coup, c’est l’échec... En clair, je n’ai pas eu d’érection et je me suis remis en question. Pourtant, à force de faire des soirées, j’avais beaucoup de facilités dans ce domaine. Mais rien ne s’est passé. Le producteur m’a dit que ce n’était pas grave, que cela arrivait souvent la première fois, et j’ai été doublé. La seconde fois, j’ai compris qu’il fallait absolument que je sépare la tête et les jambes, en faisant un travail sur moi-même. Et à partir de ce moment, cela a fonctionné. Ensuite, un copain m’a présenté le metteur en scène Alain Payet, très connu dans le milieu, et j’ai Richard Allan : « On est dans une image brutale qui a complètement transformé la libido et la sexualité des enfants, et c’est très grave. » Richard Allan a été la star du cinéma X français dans les années 70 et 80. La presse l’appelait « Queue de béton » et il a tourné plus de 400 films pornographiques avec les plus grandes vedettes de l’époque, notamment Claudine Beccarie, Sylvia Bourdon, Béatrice Harnois, Erika Cool, Brigitte Lahaie ou Marilyn Jess. Ces films ont fait le tour du monde et certains d’entre eux continuent d’être considérés comme des grands « classiques » du cinéma pornographique. Aujourd’hui âgé de 82 ans, il porte un regard très sévère sur l’industrie pornographique, qu’il compare à de l’esclavage. Il déplore entre autres la violence de certains actes sexuels filmés, ainsi que les standards de beauté imposés aux femmes. Richard Allan a passé quelques jours de vacances à La Baule et nous l’avons rencontré à cette occasion. fait mon premier film qui s’appelait « La sucette magique ». J’étais déjà considéré comme une star dans le système lorsque Brigitte Lahaie est arrivée. La pornographie existe depuis la nuit des temps, mais pas le cinéma : étiez-vous des pionniers dans ce domaine ? Effectivement, nous faisions du cinéma 35 mm en technicolor, c’était une période d’essai en France. Au début, on faisait des inserts entre nos films et des films suédois. J’ai commencé en 1974. Après Alain Payet, j’ai fait des doublures pour le film « Les Jouisseuses » qui a ramené 30 millions de recettes. C’était énorme! J’étais déjà considéré comme une star dans le système lorsque Brigitte Lahaie est arrivée. Dans les médias, comme dans la profession, on vous surnommait «Queue de béton »… Oui, j’avais la réputation de l’homme qui avait toujours la capacité d’être facilement en érection. Ce surnom vient d’un journaliste. Il a assisté à un tournage où je devais tourner six films en une semaine. Avec un même décor, nous avions six dialogues, six costumes et six scènes différentes. Je passais d’une scène à l’autre très facilement et le journaliste m’a dit: « Ce n’est pas possible, tu as une queue en béton pour arriver à bander toute la journée ! » Il a sorti son article et, en plus, cela a donné l’idée d’un film, totalement nul mais qui a très bien marché. Au début, il y avait dans des cinémas des séances que l’on appelait « la séance de minuit» dans certains villages Le cinéma porno a toujours eu une mauvaise réputation avec des caricatures de spectateurs comme le travailleur immigré ou le gars qui est dans la misère sexuelle… Quel a été le rôle de Canal+ dans le développement du film pornographique ? Canal+, c’est en 1985. Au début, il y avait dans des cinémas des séances que l’on appelait « la séance de minuit» dans certains villages. Les spectateurs se présentaient, tout en surveillant que leurs voisins n’étaient pas là… Parfois, tout le monde se rencontrait, après tout, ce n’est pas honteux d’aimer les mêmes choses. La découverte du cinéma pornographique s’est faite ainsi. En 1985, Canal+ a commencé à diffuser des films, tout comme M6 à l’époque, qui diffusait pas mal de mes films, et cela nous apportait une rétribution financière. Cela a vraiment permis de faire décoller Canal+. Il ne faut pas oublier le rôle de la cassette vidéo, qui a permis à beaucoup de jeunes de découvrir la sexualité. En 1975, il y a eu la censure, avec la taxation des films pornographiques et de nombreux procès. Les budgets ont commencé à décliner à partir de 1978. Donc, Canal+ et M6 ont apporté un second souffle à ce secteur. Canal+ diffusait des films pornographiques, tandis que M6 proposait des films érotiques: quelle est la frontière?
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